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Michel-Edouard Leclerc : « L’économie française a la grippe mais n’a pas la peste. »

La rédaction - Good Morning Business - bfm, le 13/10/2008
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Le président des centres Leclerc s'exprime sur la crise financière actuelle et ses répercussions sur les grandes surfaces ainsi que sur la consommation.
M.-E. Leclerc, interviewé le 10 octobre 2008 par S. Soumier dans Good morning Business
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M.-E. Leclerc, président des centres Leclerc. -  - M.-E. Leclerc, président des centres Leclerc.
Stéphane Soumier : Vous êtes au cœur des arbitrages de consommation. Je vais être très franc, on a eu l’idée de vous appeler jeudi matin : on avait un CAC 40 qui gagnait 3 % et l’on se disait que l’on était sur une journée de répit. Aujourd’hui, on est à nouveau sur une accélération boursière. Est-ce que vous sentez ces à-coups, vous qui êtes au plus près des arbitrages de consommation ?
Michel-Edouard Leclerc : Je dirais que l’économie française a la grippe mais n’a pas la peste. C’est-à-dire que l’on a un effet de diminution de pouvoir d’achat qui touche la consommation, qui devient négative ces derniers mois. Il n’y a pratiquement pas de croissance.
En revanche, la crise financière n'atteint pas encore les Français. On est sur le train de la décélération de la croissance depuis deux ou trois ans, mais il n’y a pas encore un impact direct sur la consommation de toute cette profusion d’annonces catastrophiques outre-Atlantique.

Il y a quand même des mouvements invraisemblables sur les matières premières, que l’on n’a d’ailleurs presque pas le temps de raconter, tellement ils le sont. Est-ce que dans les prix que vous présentent aujourd’hui les industriels, vous sentez quelque chose ?
Les industriels sont en train de nous envoyer leurs tarifs pour la campagne 2009. On a un délai légal pour clôturer les négociations qui est février 2009. A jour, on a reçu 50 % des tarifs. La hausse moyenne proposée par les industriels est de 5,7 %, mais c’est une hausse avant négociations. Je ne désespère pas de ramener ça à 2 %, toutes choses égales, d’ici à la fin de l’année, par la négociation, par l’obtention de compensations aussi.
Je ne crie pas au loup du côté d’un regain d’inflation. Pour le moment, je dirais même que l’on est plutôt dans une phase de décélération de l’inflation. Il ne faut pas oublier que le marché des céréales s’est quand même retourné, puisque le blé d’Eure-et-Loir est passé à -34 %.

C’est bien de le dire, parce que ce sont des indicateurs que l’on n’a pas le temps de suivre...
Sur le lait, il y a des tensions actuellement entre les producteurs et les transformateurs laitiers. L’objet de cette tension, c’est la répercussion de la baisse. Les agriculteurs aimeraient garder un réservoir de marges et le marché, aujourd’hui, se retourne aussi sur le lait. Le sucre est à la baisse, d’au moins 4 %. A côté de ça, il y a d’autres marchés qui flambent, comme le cacao par exemple. Le marché du pétrole descend. Les marchés sont erratiques, c’est ce qui est difficile pour les industriels. En amont du front de vente, derrière le comptoir, il y a des industriels qui ne savent pas trop et qui sont attentifs par rapport à l’évolution du coût de leur approvisionnement.
Je reste assez confiant en ce qui concerne l’inflation pour deux raisons : la première, c’est qu’il y a une partie des matières premières qui retourne à la baisse et donc il va y avoir des répercussions pour les consommateurs et c’est à nous de jouer notre jeu. La deuxième est que je me suis battu contre la réforme d’une loi française qui était à l’origine d’une surinflation à la française, appelée la loi Galland, j’avais convaincu le président Sarkozy de m’en occuper.

Elle est surnommée la Loi Leclerc, qui va entrer en vigueur...
Je l’assume mais c’est trop d’honneur. C’est d’abord le président de la République qui s’était engouffré là-dedans. Je pense très sincèrement qu’au-delà de tout clivage politique, cette loi va nous donner des moyens.

Un mot sur les conditions de crédit...
Sur le fond de la consommation, très faible croissance voire décroissance dans le monde des hypers, même si Leclerc, Système U, quelques hard discounters s’en tirent bien. C’est la morosité mais ce n’est pas la crise.

Et le crédit ?
Pour le moment les banques sont réticentes, je pense que ça va d'abord toucher les PME avant d'atteindre la consommation. Pour le moment, les banques sont tétanisées, et donc c’est plutôt là-aussi un facteur d’incertitude sur l’avenir, plutôt que d’une crise. Je ne joue pas à Mme Lagarde, à dire que tout est beau et que tout va bien, mais j’insiste là-dessus : il y a une crise financière énorme outre-Atlantique, mais il n’y a pas encore un effondrement de la consommation en France.
M.-E. Leclerc, président des centres Leclerc. -
Crédit :
M.-E. Leclerc, président des centres Leclerc.



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