Geoffroy Roux de Bézieux : « on donne un coup de pouce immédiat à la trésorerie d’entreprise »
La rédaction - Le Grand Journal - Grégoire Favet - bfm, le 13/10/2008
Le président de l'Unedic s'explique sur ses actions en faveur des PME en cette période de crise.
Geoffroy Roux de Bézieux est interviewé par Grégoire Favet le 13 octobre 2008.
Grégoire Favet : L’idée c’est de reporter l’appel de cotisations de deux mois pour les entreprises de moins de dix salariés, et d’un mois pour les entreprises de dix à cinquante salariés. Situation exceptionnelle, décision exceptionnelle, on ne s’interdit plus rien ?Geoffroy Roux de Bézieux : Effectivement, c’est tout à fait ça. On est dans une situation que personne n’a connu jusqu’à présent, en tout cas ma génération. Il faut donc essayer d’imaginer des systèmes qui, immédiatement, soulagent les trésoreries des PME, parce que les PME c’est de l’emploi et que dans le système actuel, je peux en témoigner, on n’a plus ni son ni lumière des banques, donc, pour ceux qui ont contracté des découverts ou des emprunts avant la crise, ils peuvent encore s’en sortir, mais pour ceux qui ne l’avaient pas prévu ou qui ne l’avaient pas vu venir, tout renfort de trésorerie ou tout argent qui sort un peu plus tard est le bienvenu. Ça permet au moins de se retourner. Le gouvernement a annoncé un plan de 22 milliards d’euros qui est évidemment bienvenu, mais qui va mettre du temps à se mettre en place, puisque ça passe par les banques. Là, on donne un coup de pouce immédiat à la trésorerie d’entreprise. C’est un coup de pouce, ce n’est évidemment pas ça qui va résoudre la crise, mais c’est un exemple et un symbole important.
L’Unedic est dans son rôle ?
Oui et non. Non au sens où ce n’est pas son rôle traditionnel, puisque l’Unedic n’est pas une banque, mais elle collecte quand même trente milliards d’euros de cotisations par an, et la santé des entreprises et des PME est importante, puisque c’est l’emploi de demain. Si, avec ce coup de pouce, on évite des défaillances d’entreprises donc des chômeurs, on est dans notre rôle. Il faut le savoir, on dépense à peu près 600 millions d’euros par an, qui ne sont pas des indemnisations, mais qui sont des formations, des primes amabilités, pour les demandeurs d’emplois. Je crois que l’on peut dépenser une dizaine de millions d’euros de frais financiers pour donner un coup de pouce quand les entreprises et les PME sont exsangues et risquent de mettre la clé sous la porte.
Deux questions techniques sur cette mesure : le coût estimé pour l’Unedic, sachant que c’est une avance finalement que vous faites aux PME, et le moyen de financier cette mesure pour l’Unedic ?
Le coût, si toutes les entreprises qui sont concernées, prennent cette facilité de paiement, ça nous coûterait une dizaine de millions d’euros de frais financiers, ce qui est beaucoup d’argent dans l’absolu, mais où l’on regarde la capacité d’emprunt qu’on a qui est assez faible, puisqu’aujourd’hui, nous, on peut emprunter. En fait, nous donnons une espèce de facilité de paiement jusqu’à un milliard et demi à toutes les TPE et les PME françaises.
Pour les chefs d’entreprises qui ont déjà envoyé leur chèque, vous allez attendre avant de les encaisser ?
Oui, mais normalement ils n’ont pas dû envoyer leur chèque puisque dans l’appel à cotisations qui part lundi, on a mis une lettre pour expliquer qu’ils peuvent bénéficier de cette mesure, de façon à ce que les gens soient avertis. Il y aura des gens qui vont payer à l’heure, d’autres qui n’auront pas besoin, des virements automatiques qui sont en place, il y a un certain nombre de choses. Je précise un point important : il y a ce que l’on appelle des commissions de recours gracieux qui existent aujourd’hui et on leur a demandé de se réunir plus rapidement que d’habitude et de regarder avec bienveillance les demandes de dérogation ou de retard de paiement.
Le cas des entreprises de cinquante salariés : vous êtes chef d’entreprise, vous connaissez évidemment très bien ce milieu ; j’ai l’impression que cette crise peut faire avancer la cause des PME en France ?
Ça serait effectivement un effet indirect et positif. Pour le moment on n’en est pas là, on en est tout simplement à se demander ce qui va se passer la semaine prochaine et à gérer nos fins de mois. J’ai une grosse PME, j’avais un découvert promis, mais pas contractualisé du million d’euros en début de mois, je ne l’ai plus, je fais avec. Je pense que l’on est des centaines, voire des milliers de chefs d’entreprises dans cette situation là. On en est là. Peut-être qu’à long terme ça aura des effets positifs mais à court terme, on n’est pas sûr de les voir. Il faut donc trouver des solutions intelligentes et efficaces. J’espère d’ailleurs que cette mesure, qui est une première dans l’histoire de l’Unedic, donnera des idées à d’autres organismes, paritaires, qui collectent. La TVA est un des éléments de trésorerie, en crédit ou en débit, très important. L’état peut encore emprunter, même s’il est très endetté, nous ne le pouvons plus. Donc à titre très temporaire, il faut réfléchir à tout ce qui peut être évité ce qui pourrait être tragique. Ce qui pourrait l’être c’est que des entreprises qui sont saines sur le plan de l’activité déposent le bilan parce qu’elles n’ont plus accès au système bancaire.
Ce n’est pas le débat aujourd’hui, mais ça pose la question de l’activation des fonds de l’Unedic ?
Là, on est sur des petits montants, mais ça ouvre le débat dans ce domaine là.
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