Fabrice Lundy: Hors CAC 40, Bonduelle, grand spécialiste de la production et de la commercialisation de légumes. Bonduelle qui perd 3,5 %, à 55,09. Vos résultats annuels, avec un résultat opérationnel courant de 100 millions d’euros, en progression de 40 %, le tout dans un contexte de crise, de baisse du pouvoir d’achat et d’augmentation des matières premières. Expliquez-nous ?
Christophe Bonduelle : Tout à fait, vous avez très bien résumé. Historiquement, nous passons un cap symbolique, avec 100 millions d’euros de résultat opérationnel courant, donc une progression tout à fait importante de 40%, qui était prévue, mais tout de même supérieure à aux prévisions. Ce résultat a été obtenu malgré un climat de consommation qui n’est pas excellent, notamment dans l’Union européenne.
Je vous rappelle que nous ne sommes pas que dans l’UE, nous sommes maintenant fortement implantés en Europe orientale notamment, en Russie, au Kazakhstan, en Ukraine, et en Amérique du Nord depuis cette année. Dans ces zones-là, on ne constate pas les baisses de consommation que l’on a connues ici depuis le printemps.
Finalement, vous tirer vos bons résultats principalement grâce à l’Europe centrale et à l’Europe de l’Est ?
Grâce et malgré, en ce qui concerne l’Union européenne, l’ambiance de consommation n’est pas excellente, et j’ai envie de rappeler qu’en février,·nous avons subi un incendie, une destruction totale d’un site italien, notre plus gros site. Ça n’a évidemment pas arrangé nos ventes sur cet exercice-là dans cette zone-là.
Une ambiance de consommation un peu particulière, est-ce que justement vous avez pu noter des changements de consommation des Français ? Est-ce que, par exemple, il y a eu un report sur le hard discount et les marques distributeurs ?
J’ai envie de vous répondre que Bonduelle a ceci de particulier, que c’est la moitié des résultats en Union Européenne, et l’autre moitié hors de l’Union européenne, mais c’est aussi à peu près la moitié de notre chiffre d’affaires qui est fait sous nos marques à nous, et l’autre moitié qui est faite sous les marques de nos clients ou dans le hard discount.
Les tendances de consommation, particulièrement d’Italie, de France et d’Espagne, c’est un report de consommation plutôt vers ces marques-là, mais il se trouve que Bonduelle y est très présent. On est aussi bien dans le grand public que dans la restauration, sous nos marques et sous celles de nos clients, très internationaux.
On dresse un tableau apocalyptique de ce qui se passe sur les marchés mais, finalement, un chef d’entreprise comme vous, à la tête du premier européen de la conserve et du deuxième européen du surgelé, comment voyez-vous les choses ?
La première chose que j’ai envie de vous répondre, c’est qu’avant cette crise de consommation que l’on vit ici, et beaucoup moins ailleurs, il y a eu une crise financière, et que dans un métier qui nécessite pas mal de capitaux comme le nôtre, puisqu’il y a des stocks importants de conserves comme de surgelés, quelque part on a eu de la chance d’avoir reclassé notre dette totalement, à moyen terme ou même sur du long terme, avec des placements privés aux Etats-Unis sur les compagnies d’assurances, par exemple.
Tout ça pour dire que nous avons sur le plan financier une sérénité totale. Cela étant dit, maintenant, en ce qui concerne nos perspectives, malgré cette ambiance de consommation locale, nos perspectives sont d’avoir une progression de notre chiffre d’affaires à périmètre constant de 3 à 4% dans l’année qui vient. Deuxièmement, compte tenu de l’équation financière, la structure financière et la maturité de notre dette, nous voulons être en position de peut-être pouvoir saisir des opportunités, qui pourraient, vu l’ambiance, se présenter.
Pas plus inquiet que ça ?
Non, preuve en est d’ailleurs, que j’ai annoncé ce matin que, sur le nouvel exercice, même si on a battu nos records de rentabilité sur l’année précédente, la vision que l’on en a c’est sur l’année en cours et c’est de faire au moins aussi bien.
Malgré la crise, vous continuez à la tête de Bonduelle, dans toutes vos activités, et à la limite vous ne vous empêchez pas de regarder ce qui se passe pour acheter, comme vous l’avez fait d’ailleurs l’an dernier, avec un grand groupe canadien de conserves et de surgelés. Vous nous disiez tout à l’heure que, finalement, grâce à l’Europe de l’Est, l’Europe centrale se porte bien pour Bonduelle. Vous êtes bien implanté dans les pays de l’Est, d’ailleurs les coûts de production y sont évidemment inférieurs à ceux de la France, grosse rentabilité là-bas. Le processus de fabrication, est-ce que vous envisagez de plus en plus de faire produire en Europe de l’Est, voire un peu plus loin, comme en Chine ?
D’abord, il ne faut pas se tromper. Nos implantations à l’Est, sur le plan industriel, les usines ne réexportent pas vers l’Europe de l’Ouest. Ce sont bien des usines que nous avons implantées là-bas, dans un marché local. Quand vous faites Russie, Kazakhstan, plus Ukraine, c’est 250 millions d’habitants, c’est presque autant que l’Union européenne, donc à peu près autant d’estomacs. J’ai d’ailleurs annoncé ce matin, compte tenu des usines saturées par rapport à des développements importants là-bas, la construction de l’usine en Ukraine pour l’été 2010.
Il y a 250 millions d’estomacs dans cette région, il y en a plus de 1 milliard un peu plus loin à l’Est. Où en êtes-vous avez la Chine, où Bonduelle n’est pas très présent ?
Pas très présent pour le moment, on ne peut pas non plus ouvrir tous les fronts géographiques en même temps.
C’est un problème de mentalité ?
C’est un problème de prudence, on est une entreprise familiale qui veut aller à son rythme de croissance, qui n’est pas si ridicule que ça. On a un certain nombre de fronts géographiques et technologiques qui sont ouverts à l’Est et en Amérique du Nord. On est également présent en Amérique du Sud. L’Asie n’a pas une tradition de consommation de nos produits en tant que tels. Un jour viendra, où il nous faudra y aller, mais ce n’est pas d’actualité, pour le moment.
A propos d’habitudes alimentaires, une belle progression pour le surgelé, un peu moins bien pour la conserve. La conserve n’est-ce pas un peu dépassé comme activité, comme façon de consommer ?
Par les temps qui courent, les conservent, ce n’est pas si mal. Preuve en est d’ailleurs que les marchés ne régressent pas du tout, ils augmentent juste moins vite que les surgelés.

