Hedwige Chevrillon : On peut sauver des vies, c’est à portée de main, en tout cas, c’est l’objectif de cette opération Train du cœur. J’imagine que vous êtes assez occupé en ce moment Pierre Carli ?
Pierre Carli : Oui, on est sur les starting-blocks pour cette opération.
L’objectif de cette opération menée par l’association RMC-BFM c’est que l’on peut tous sauver des vies. Ce Train du cœur part donc de Paris demain matin et s’arrêtera dans treize villes de l’Hexagone ?
Isabelle Weill : Voilà, on va notamment partir sur Strasbourg, sur Marseille et sur Bordeaux. On va rencontrer les maires, les collectivités locales ainsi que tous les chefs d’entreprises. On va leur expliquer qu’il est utile et, surtout, vital d’installer des défibrillateurs dans des lieux qui accueillent le public. Il faut sensibiliser la population aux gestes qui sauvent. Donc, il faut effectivement apprendre à faire des massages cardiaques, apprendre à utiliser un défibrillateur. Cette opération a justement pour but de sensibiliser toute la population.
C’est notamment le rôle du Samu. On est un peu rattrapé par l’actualité avec cette histoire de gestes qui sauvent. Que s’est-il passé dans la Drôme, vous avez des précisions ?
Pierre Carli : Non, je n’ai pas de précisions. On est là dans le domaine d’un cas individuel, mais il y a quand même un élément qui est très fort là-dedans.
Un médecin du Samu mis en examen pour un homicide volontaire, ce qui est très grave, ensuite, il est relâché...
Pierre Carli : A ma connaissance, il n’est pas mis en examen pour homicide volontaire, le médecin, d’après ce que j’ai compris, serait témoin assisté à l’heure actuelle. On revient donc complètement dans quelque chose qui est normal, lorsqu’il y a un problème médical. Tout ceci est un peu surprenant, en termes d’organisation. Le message qui est important c’est que l’on est dans le contexte d’une personne qui est tombée brutalement, qui a fait un arrêt cardiaque brutal.
Or, vous savez il n’y a qu’une seule façon de sauver des gens comme ça, quel que soit leur âge, c’est d’intervenir très rapidement. C’est-à-dire dans les premières minutes, donner l’alerte tout de suite, commencer le massage cardiaque et aller chercher le défibrillateur. Dans une histoire comme celle qui est racontée, dont on voit la fin difficile, où il va y avoir une expertise, on va demander si le médecin a fait les bons gestes, il va y avoir une analyse judiciaire. La présence d’un défibrillateur, c’est probablement quelque chose qui aurait changé considérablement la vision de cette affaire.
On rappelle qu’il y a environ 40 000 décès provoqués chaque année en France par un accident cardio-respiratoire. Qu’y aura-t-il dans ce Train du cœur ?
Isabelle Weill : On va avoir une exposition pédagogique sur trois voitures, pour justement expliquer comment fonctionne un cœur. Grâce au professeur Carli, nous avons eu un contenu spécifique d’un très haut niveau. Il y aura des démonstrations de massages cardiaques, pour utiliser un défibrillateur. On explique aussi les conditions d’arrêt cardio-respiratoire, aussi bien dans la ville que dans l’entreprise.
Ensuite, on va sensibiliser la population, on va leur dire d’apprendre, de prendre conscience qu’il faut faire des massages cardiaques tout de suite, et ensuite de prendre un défibrillateur s’il y en a un à leur disposition. La première chose à faire c’est d’appeler, puis de masser et de défibriller. Ce sont les trois gestes clés. Voilà le message que nous voulons faire passer avec le professeur Carli.
Ce n’est pas évident parce que cela fait un peu peur ?
Pierre Carli : Justement, on ne veut plus que ça fasse peur. On veut que les gens qui nous écoutent sachent que les meilleurs services spécialisés en réanimation, le Samu, les pompiers, on ne peut rien s’il n’y a pas quelqu’un qui nous appelle et qui commence les premiers gestes. C’est fondamental.
C’est-à-dire qu’on a la technique, les moyens, on a tous les éléments qu’il faut pour aller au succès, mais les premières minutes, on ne peut pas les remplacer et c’est le rôle de la personne qui est à côté de la victime. Elle doit appeler le 15 quand quelqu’un devant elle s’effondre, qu’il tombe comme une masse, qu’il ne bouge pas, qu’il ne répond pas, qu’il ne respire pas… C’est quelqu’un qui est mort sauf si vous faites quelque chose.
Le problème est justement de savoir ce quelque chose, d’où cette formation, ce que vous essayez d’initier à travers ce Train du cœur...
Isabelle Weill : Tout à fait. Ce qu’il faut savoir, c’est qu’un défibrillateur, maintenant, c’est un médecin dans la boîte. Il a un autodiagnostic, et ensuite, si la personne n’est pas en arrêt cardiaque, et que vous avez peur et que vous allez appuyer sur le bouton qui va notamment délivrer le choc électrique, il ne se passera rien. S’il n’y a pas d’arrêt cardiaque, si c’est un autre malaise, il ne se passera rien.
Donc, la pire des choses qui puisse vous arriver c’est de sauver cette personne et c’est ce qu’il faut se dire. C’est d’une facilité déconcertante à utiliser. On me l’a mis dans la main. Au bout de deux minutes, j’avais compris le système, pour poser les patchs, puisqu’il y a un dessin. Vous suivez le dessin, vous écoutez la voix. J’ai essayé sur moi, je n’étais pas en arrêt cardiaque, j’ai appuyé sur le bouton et je suis toujours là.
Combien coûte un défibrillateur ?
Isabelle Weill : Ça coûte à peu près 1500 euros.
Ça représente une somme, donc, on ne peut pas en avoir un chez soi. ? L’objectif est d’en mettre dans les entreprises et dans les lieux publics ? C’est ça que vous recherchez à travers le Train du cœur ?
Isabelle Weill : Oui. Il faut quand même savoir que ça coûte moins cher qu’un écran plasma, donc pourquoi pas en avoir un chez soi aussi. On a bien des extincteurs dans les entreprises et dans les lieux qui accueillent le public, je pense que c’est la même chose, il faut avoir des défibrillateurs dans des lieux accueillant le public.
Qu’en pensez-vous Pierre Carli ?
Pierre Carli : C’est exactement ça. Ce que nous cherchons, avec cette campagne, c’est qu’une manne suffisante de personnes soit au courant. C’est très important, parce que ça va permettre d’avoir la bonne réaction. Le problème, c’est qu’à l’heure actuelle, non seulement il n’y a pas de défibrillateur installé, mais comme vous l’avez dit, les gens ont peur et ne savent pas très bien quoi faire.
Il faut donc que l’on ait une attitude très simple. On ne demande pas à la population de faire notre travail de professionnels, on leur demande, pendant les quatre premières minutes avant que l’on arrive, de faire vraiment ce qui va sauver la vie.
On voit bien qu’il y a un problème de responsabilités. Imaginez que quelqu’un fasse un geste et que la personne décède, comme ce qui s’est passé dans la Drôme !
Pierre Carli : La réponse est non. Quand une personne tombe devant vous brutalement comme une masse, qu’elle ne bouge pas, qu’elle ne vous répond pas, qu’elle ne respire pas ou qu’elle respire comme un poisson tombé hors de l’eau, elle ne peut pas être dans un état pire ou plus catastrophique que celui-là. Elle est potentiellement morte. Donc, tout ce que vous allez faire sera mieux. Si en plus vous le faites bien, ça sera vraiment beaucoup mieux.
Isabelle Weill : Vous lui sauvez la vie.
Donc ça vaut le coup. Isabelle Weill, si on veut en savoir un peu plus sur le Train du cœur, où peut-on se renseigner ?
Isabelle Weill : On a un site Internet www.associationrmcbfm.fr, sur lequel nous avons une quotidienne du train. Tous les jours, nous allons tourner des images pour présenter les entreprises qui s’engagent, en province, parce qu’il n’y a pas que Paris. Les entreprises vont venir sur le Train, vont venir s’engager, vont signer des chartes d’engagement. Et tous les jours, nous allons les mettre en avant sur le site.
RMC et BFM ce sont des radios, une télévision, qu’est-ce que ça fait dans ce Train du cœur, pourquoi cette opération ?
Isabelle Weill : Je pense que l’on avait besoin, un moment donné, avec mon mari [Alain Weill, président de RMC et de BFM, ndlr], d’utiliser notre vecteur de communication, de monter cette association, d’être opérationnel. Quand j’ai vu Marco Randriana, ce joueur qui a fait un arrêt cardiaque à Sedan et qui a été sauvé grâce à un défibrillateur, je me suis dit que c’était la cause, il faut y aller, c’est le moment.

