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Jean-Jacques de Balasy : « Les Etats auront les épaules suffisantes »

La rédaction - Good Morning Business - bfm, le 07/10/2008
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Le directeur de Barclays Capital livre son sentiment concernant la manière dont l'Europe entend contenir la crise financière.
Jean-Jacques de Balasy, interviewé le 6 octobre 2008 par Stéphane Soumier.
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Stéphane Soumier : Pour commencer, je voudrais votre réflexion de banquier : vous vous réveillez lundi matin en apprenant qu’en Allemagne, on avait garanti l’ensemble des dépôts bancaires des citoyens ou des résidents, on n’en sait encore rien, mais en tout cas à hauteur de 568 milliards d'euros selon le ministère allemand des Finances. Ça vous inspire quelle réflexion ?
Jean-Jacques de Balasy :
C’est sûr que l’on ne pouvait pas s’y attendre, ni il y a six mois ni il y a trois jours d’ailleurs.

Comment est-ce que vous réagissez à ça, est-ce qu’en ce moment, vous pouvez vous-mêmes inscrire votre action dans la moindre durée ?
Oui, on peut inscrire notre action dans la durée, mais c’est vrai que l’on est soumis à des variations, à des mouvements qui sont difficilement prévisibles, compréhensibles mais vertigineux.

L’Europe agit au coup par coup, il n’y a pas d’autre solution ?
Aujourd’hui il n’y a pas d’autre solution, mais, cela dit, l’Europe n’agit pas complètement de façon désordonnée puisqu’il y a eu ce minisommet du G4 et que les banquiers centraux se parlent. La différence avec les Etats-Unis, c’est que là-bas il y a un budget fédéral, qu'on peut donc avoir un plan qui vise à accroître le déficit et éventuellement à réinjecter de la monnaie sur le plan fédéral.
En Europe, on n’en est pas là, donc les mesures sont obligatoirement nationales. Ce qui est important, c’est qu’elles soient coordonnées, et la deuxième chose, c’est qu’il y a des groupes de travail qui se mettent en place au niveau européen pour essayer de restructurer le secteur financier.

Dans le signal qu’envoient les Allemands aujourd’hui, il y a deux éléments : d’abord, Hypo Real, banque spécialisée dans le crédit immobilier qui était au bord de la faillite, on nous dit que ça aurait été un risque considérable ?
Oui, ça aurait été important...

Important pour l’ensemble de l’Europe, donc on met une grosse pression sur les banquiers, on leur dit qu’ils vont signer un chèque de 15 milliards d’euros et une ligne de crédit de 35 milliards. Et d’un autre côté il y a les garanties bancaires. Ça veut dire qu’en tout état de cause, les Etats auront les épaules suffisantes ?
Oui, les Etats auront les épaules suffisantes, en tout état de cause.

A partir du moment où ils ont la détermination d’agir, et à partir du moment où l’on s’assoit sur l’ensemble des règles de la concurrence ?
On s’assoit de façon provisoire sur les règles de la concurrence.

L’autre élément, c’est ce qui se passe autour de BNP Paribas. Vous souriez parce que Barclays est dans le camp des vainqueurs pour l’instant, mais qu’est-ce qui fait la différence entre les banques solides en ce moment, en Europe et aux Etats-Unis, et les autres ?
Conjoncturellement, ce qui fait la différence, c'est que des banques ont été moins impliquées que d’autres dans la crise des subprimes. D’une manière générale, les banques européennes sont plutôt plus solides que les banques américaines. Sur le fond, c’est bien sûr le ratio entre les dépôts et les crédits qui fait la différence. Les banques qui ont des dépôts importants, donc qui ont une base solide de financement, sont celles qui s’en sortent le mieux aujourd’hui.

Le sauvetage, c’est le dépôt des particuliers. Est-ce que c’est, comme on peut le dire méchamment, la ringardise de certaines des banques européennes qui les sauve aujourd’hui ?
On ne peut pas dire qu’une banque qui réussit à attirer des dépôts et donc qui est une banque solide est une banque ringarde. Non, c’est une banque qui a des fonds solides, et certaines de ces banques ont été plus aventureuses ensuite que d’autres, ont pris plus de risques que d’autres, mais fondamentalement elles avaient une assise qui était plus large que celle des banques d’investissement pur, c’est certain.

Mais cette prudence il y a quelques années, cette prudence dont elles touchent les fruits aujourd’hui, c’était une stratégie ? C’était une stratégie de prudence ou c’était juste l’idée que l’on n’avait pas les moyens de suivre le rythme fou de la finance ?
Ce sont deux jambes : la première jambe, c’est d’avoir les ressources nécessaires, et la deuxième jambe, c’est effectivement la question de savoir comment on utilise ces ressources et quelle est la stratégie d’expansion que l’on suit. Il y a des banques qui ont des dépôts importants et qui ont quand même été relativement dynamiques sur le plan de la croissance externe...
Et qui arrivent d’ailleurs à tirer une marge assez importante de ces dépôts. C’est l’ensemble des services financiers, des services bancaires, dont on se plaignait, il y a quelques mois, mais dont on ne va plus se plaindre aujourd’hui.

Dernier point, le climat bancaire. Y a-t-il toujours autant d’inquiétudes sur la question du blocage du service financier en ce moment entre les banques européennes ?
C’est l’effet principal qui est visé par le plan Paulson, c’est de redonner confiance au secteur bancaire, pour les banques entre elles, de manière à ce que le marché interbancaire se rouvre. C’est fondamental parce que c’est l’aspect générique de l’ensemble du financement de l’économie. Ça va prendre encore quelques semaines, mais c’est l’effet fondamental du plan Paulson, dont je remarque que l’on ne parle plus.

Non, parce que les marchés ont déjà dit que cela ne suffirait pas...
C’est quand même le grand événement de la semaine dernière.

Vous pensez que ça reste un élément fondamental cette semaine, même si Wall Street, derrière, a perdu 1,5 % ?
Oui, parce que l’effet ne va pas être immédiat. Wall Street subit des effets qui ne sont pas uniquement liés au plan Paulson, mais c’est l’élément fondamental et, dans les quatre semaines à venir, c’est là que l’on verra le succès de ce plan, si les circuits du marché interbancaire se remettent à fonctionner.

C’est la véritable épreuve de vérité ?
Oui, c’est fondamental.

Ce qui se passe concrètement, c’est que l’on a des chefs d’entreprise qui n’arrivent plus à obtenir de liquidités de la part de leur banque. Il faut leur dire que, finalement, les banques sont presque dans le même état qu’eux, c’est ça ?
Oui. Les grandes entreprises arrivent encore à en obtenir. Mais oui, c’est bien ce qui est clair, c’est que les banques sont actuellement dans cette situation, ce n’est pas du chantage des banques envers les entreprises, c’est la réalité de la situation du marché interbancaire aujourd’hui.

Elles-mêmes doivent gérer leur cash avec d’infinies précautions ?
Eh oui.



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