Fabrice Boé : « Certaines règles du monde de la presse ne sont plus adaptées aux réalités d'aujourd'hui »
La rédaction - Le Grand Journal - bfm, le 03/10/2008
A l'occasion des états généraux de la presse, le PDG de Prisma Presse évoque les efforts de modernisation à faire dans le secteur et le ralentissement de la publicité.
Fabrice Boé, PDG de Prisma Presse, interrogé par Fabrice Lundy dans le Grand Journal du 2 octobre 2008.
Fabrice Boé, PDG de Prisma Presse.
Fabrice Lundy : Ce matin, le président de la République, Nicolas Sarkozy, a lancé les états généraux de la presse en étant bien « décidé à lutter contre les immobilismes, contre les corporatismes, afin de sortir ce secteur d’une crise bien française ». Je cite le chef de l’Etat. Fabrice Boé, vous êtes de le directeur général de Prisma Presse, un grand groupe qui édite « Femmes », « Ca m’intéresse », « Géo », « Voici » et « Capital ». Vous partagez ce constat dans le monde de la presse en France ? Fabrice Boé : Globalement nous partageons l’essentiel du constat du président de la République. Il y a effectivement des archaïsmes dans le fonctionnement de la presse qui doivent bouger. Il y a des choses à faire bouger.
Des archaïsmes que l’on trouve où ? Le chef de l’Etat a cité par exemple le système des aides publiques, un vieux système qui date quand même de la libération en 1944. Il y a ça, mais quels sont les autres ? C’est dans le système de fabrication, de distribution, d’impression des magazines ? Il y a un certain nombre de règles qui datent de l’après-guerre qui ne sont plus tout à fait adaptées à la réalité d’aujourd’hui, dans la distribution notamment, dans l’organisation de tout le système de la presse.
Le chef de l’Etat a également dit qu’il ne fallait pas se cacher derrière ces fausses excuses. Il est vrai que ça n’aide en rien la modernisation, mais ça n’explique pas non plus toutes les difficultés de la presse.
Quel est le principal écueil à vos yeux ? Je crois qu’il y a un impératif de modernisation, il faut aller rencontrer les lecteurs. Il faut bouger au rythme du lecteur d’aujourd’hui, qui est également un internaute. Il faut donc également muter vers le numérique, ce qui réclame des investissements. Cela a aussi suscité des peurs au démarrage et il faut les surmonter. Il faut donc bouger au rythme de l’époque, il faut aller vers nos lecteurs qui sont également des internautes.
Bouger, c’est justement toute la difficulté ! Faire, concevoir un magazine à l’âge d’Internet. Il n’y a pas d’incompatibilité. On peut toujours faire de très beaux magazines et je crois que l’on s’efforce de le faire. D’ailleurs, la presse magazine est championne du monde en France : nous sommes les plus gros lecteurs de presse magazine au monde. Autant, on a une presse quotidienne qui souffre, et le président l’a rappelé ce matin, autant on a une presse magazine qui est conquérante. Donc on sait faire. Il faut continuer à le faire.
C’était très intéressant d’entendre le président de la République dire que l'on a des marques et qu'elles peuvent parfaitement être présentes sur Internet et dans tous les médias qui vont apparaître maintenant.
Est-ce qu’il n’y a pas une surabondance de titres parfois dans la presse magazine ? Vous avez raison, d’ailleurs le système l’encourage, puisqu’il permet à tout le monde d’être distribué de la même manière. Il y a certainement du nettoyage à faire pour que les meilleurs puissent en profiter.
On est en période de crise financière, de récession économique, en tout cas de presque récession. Est-ce qu’il y a eu des reports de campagnes de la part des annonceurs chez vous, dans tous vos titres, chez Prisma Presse ? Oui, on sent une frilosité de la part des annonceurs depuis déjà quelques mois, notamment parmi les annonceurs internationaux. Les entreprises multinationales avaient déjà ressenti ça dans d’autres pays, donc on les voyait plus prudents.
Oui, il y a en ce moment, une prudence de la part de nos annonceurs, qui va se prolonger certainement dans les mois qui viennent, c’est certain, alors que les magazines se vendent bien.
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