François Roudier : « Un tiers des voitures présentées au salon utiliseront une énergie alternative »
La rédaction - Le 12-15 - bfm, le 02/10/2008
A quelques jours du Mondial de l'auto à Paris, le porte-parole du comité des constructeurs français d'automobiles commente les derniers chiffres concernant le marché français.
Interview de F. Roudier, porte-parole du CCFA, par Hedwige chevrillon dans le 12-15 du 1 octobre 2008.
François Roudier, porte-parole du CCFA.
Hedwige Chevrillon : Enfin une petite bonne nouvelle, le marché automobile français était à l’équilibre en septembre 2008 et les constructeurs français se portent plutôt bien. Les chiffres viennent de tomber, plutôt une bonne surprise, surtout lorsque l’on voit Renault et PSA qui annoncent de grands plans de licenciements ? François Roudier : C’est une bonne surprise. C’est la continuation de ce que l’on a connu sur le marché français depuis le mois de janvier. C’est bien, mais il ne faut pas oublier que c’est quand même peu, parce que nos grands constructeurs français ont à peu près 25 % de leurs ventes en France, et l’on a en Europe cinq grands marchés. Sur ces cinq grands marchés, il y en a deux qui tiennent, la France ainsi que l’Allemagne, et les trois autres, l’Espagne, l’Italie ainsi que l’Angleterre, qui s’effondrent.
On vient d’apprendre à l’instant que les chiffres d’immatriculation de voitures neuves en Espagne, c’est -32,21 % pour le mois de septembre ! C’est dans la continuité. Ils sont à -21 % depuis le début de l’année.
Pourquoi le marché français résiste-t-il mieux ? Pour plusieurs raisons. D’abord, on a un parc automobile qui est assez âgé, qui a plus de huit ans. Donc les gens ont besoin de renouveler leur véhicule. Ensuite, on a eu une prime bonus qui a bien lancé ce système au début de l’année.
C’est vraiment l’effet bonus/malus ? Oui, l’effet bonus/malus a vraiment été actif dans la consommation de voitures. On voit que le marché a été déplacé d’à peu près 10 % vers les voitures qui émettaient moins de CO2, qui ont donc augmenté de 10 % par rapport à celles qui en émettaient le plus. On a eu aussi l’augmentation du prix du carburant, dont l'effet s'est ajouté au bonus.
En fait, les gens ont pris des voitures qui consommaient moins et qui avaient le bonus, donc il y a eu un double effet.
Lorsque l’on regarde les chiffres un peu en détail, en septembre, on voit que Renault a +17% et +20% de plus depuis le début de l’année, mais surtout +68% pour Dacia... Dacia c’est l’effet « low cost », c’est un système spécifique. C’est le grand succès de la Logan et l’on a toujours des chiffres extraordinaires. Lorsqu'elle fera +40%, on se dira qu’il se passe quelque chose. C’est fabuleux ce qui se passe avec cet effet Logan.
On voit que chez nos deux constructeurs, les chiffres sont un peu différents, mais si on les prend sur le début de l’année, ça s’équilibre. Ce qu’il faut en retenir, c’est que les modèles qui ont été lancés l’année dernière plaisent aux Français et fonctionnent bien.
Sauf la Laguna ? La Laguna, oui et non. Comme je vous le disais, vous avez ce problème de la crise des marchés étrangers et ceux-ci étaient de grands acheteurs de berline, l’Angleterre en particulier, où vous avez, dans le salaire des cadres, une voiture rajoutée en plus. La chute de l’Angleterre est très défavorable pour les achats de berlines.
Cela dit, on voit aussi l’impact que ça a sur les constructeurs étrangers, c’est-à-dire que BMW est à -8,1%. En revanche Fiat, avec les petites voitures, est à +46,7%... Voilà, il y a « Jean qui rit » et « Jean qui pleure ». C’est-à-dire que les groupes qui étaient capables de proposer des voitures d’un prix raisonnable et qui consommaient peu de carburant et donc « bonussé », s’en sortent très bien. Fiat en est le bon exemple.
Je rappelle les chiffres : ventes de voitures neuves particulières, +8,4 % au mois de septembre. Vous vous attendiez à ça ? On s’attendait à un mois de septembre assez bon, mais c’est quand même bien. Ce que l’on retient c’est que depuis le début de l’année, on est à +3,4 %, ce qui est bien. Cela nous permettra d’attendre la fin de l’année.
On sait que le mois de décembre devrait être moins bon, parce que le mois de décembre 2007 avait été exceptionnel, il y avait eu une surrimatriculation de véhicules qui allaient avoir le malus en janvier. Ça nous permet donc d’avoir un petit matelas pour attendre les chiffres.
Moralité quand même, l’effet bonus/malus est très important pour le soutien du marché automobile français ? Tout à fait. C’est une mesure du Grenelle de l’Environnement qui aura fait bouger le marché, un marché mature comme ça c’est quand même assez impressionnant.
Citroën se porte beaucoup mieux que Peugeot, avec +8,6%, un peu plus de 2% pour Peugeot... Ça dépend des nouveaux modèles mis en vente. C’est toujours en fonction des types de véhicules. Si on reprend sur les neuf mois, les deux font un yo-yo et se croisent.
On rappelle quand même que vous êtes porte-parole du comité des constructeurs français, donc il y a aussi bien Renault que Peugeot. du coup vous faites attention... Voilà. Peugeot et Citroën, c’est la même maison. Ils se partagent des plates-formes, des moteurs, donc l’un lance la nouvelle C4, l’autre la 308. Ils essaient quand même d’éviter de sortir des produits en concurrence.
Comment est le moral avant l’ouverture du Salon de l’automobile ? On sait que c’est un événement très important, surtout le Salon de l’auto à Paris... Le moral est plutôt bon sur l’aspect commercial. Comme vous le savez, sur la production, c’est vrai que c’est beaucoup plus difficile, mais c’est bien, ça nous permet quand même de croire que nos stratégies étaient les bonnes et que les modèles que l’on a lancés intéressent la clientèle. On va donc proposer au mondial de nouveaux modèles, de nouveaux concepts.
C’est le premier salon automobiles au monde d’ailleurs où l’on verra tant de voitures à nouvelles énergies. Il y aura un tiers des voitures présentées qui auront une énergie alternative, plus ou moins électrique. Du petit électrique micro hybride, jusqu’au tout électrique. C’est considérable et ça montre que l’on peut continuer à chercher dans des voies et sortir des véhicules qui finalement plaisent bien à nos clients.
On peut se dire que c’est au moins un marché qui résiste en France... Voilà, c’est un marché qui tient en France. Dans un climat morose, c’est toujours bien d’avoir une bonne nouvelle.
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