Stéphane Soumier : Rappelons d’un mot ce qu’est Oseo, c’est la banque de financement des PME, c’est ce que l’on dit aujourd’hui ?
François Drouin : Voilà, et en même temps c'est un soutien des PME pour l’innovation et leur croissance.
Vous allez presque au-delà de l’innovation aujourd’hui, ou est-ce que vous restez vraiment centrés sur le soutien et l’innovation ?
Nous soutenons les PME, puisque ce sont elles qui sont un des moteurs essentiels de l’économie. Donc l'innovation, mais également l'exportation, la croissance, le développement des PME. Nous sommes là pour cela, c’est un moteur puissant.
J’ai des auditeurs chefs d’entreprises, chefs de petites entreprises et chefs de PME, qui m’écrivent qu’ils craignent que le crédit ne soit coupé...
Coupé, je crois vraiment que l’on en est très loin, et heureusement. Les prix montent un peu, il y a des inquiétudes, c’est l’ambiance qui est effectivement un peu difficile, mais aujourd’hui, les PME trouvent à se financer auprès de l’ensemble des établissements. C’est vrai que cela se resserre, cela se discute. En tout cas, nous sommes là pour soutenir et aider les PME et tenir leurs financements.
Comment ça fonctionne ?
Très simplement. Vous êtes une PME et vous avez des difficultés à trouver une banque, mais vous avez un bon projet, vous pouvez venir voir Oseo, il y a des implantations régionales, elles peuvent vous aider à trouver une solution avec votre banquier ou avec d'autres banquiers. Évidemment, si tous les banquiers refusent le projet, on peut se demander s’il n’y a pas des difficultés en soi.
Vous offrez une forme de garantie, de caution. Vous permettez de retourner voir le banquier pour lui dire qu’Oseo, ce sont des gens intelligents, qu'ils réfléchissent, qu'ils regardent les projets, et qu'ils ont dit que telles choses étaient positives...
Il n’y a pas qu’eux qui sont intelligents, tout le monde l’est. Les PME ont de bons projets, qu'elles souhaitent financer. Elles peuvent donc, naturellement, fonctionner avec leur banque, mais nous, nous pouvons prendre une partie du risque, par exemple la moitié. Ça soulage la banque, et l’on se dit que l’on va quand même faire ce projet dans le fond.
Innovation, soutien à l’activité dans l’ensemble des secteurs... On a l’impression que vous êtes assez souvent polarisés sur l’innovation industrielle classique, l’invention « Léonard de Vinci », et moins sur l’innovation commerciale...
Non, c’est de l’innovation dans tous les domaines. Nous soutenons, en innovation, 5000 projets par an, nous accompagnons en les finançant 60000 PME en France, donc c’est très large, et en ce moment, j'ai encore vu des directeurs de PME qui trouvent des appuis auprès de leur banque, et si leur banque souhaite s’alléger, nous pouvons prendre une partie.
Mais aujourd’hui, 30 septembre, dans les contacts que vous avez avec les banques, les PME, parce que vous êtes le nœud de ce réseau, vous n’avez rien vu ?
Une prime qui augmente, des difficultés dans les relations, dans le discours. C’est quand même la tourmente, il ne faut pas le cacher, mais derrière, on arrive à monter des projets et à les résoudre de manière significative, et non pas de manière uniquement occasionnelle.
Le système bancaire est toujours là, il soutient les PME. Il y a la grande crise qui nous vient des Etats-Unis, avec la surprise un peu désagréable du rejet de ce plan, momentanément (parce que ça va certainement se régler jeudi), mais il faut bien que l’on sorte de cette affaire.
Je rappelle que vous êtes l’ancien patron du Crédit foncier, que vous êtes un ancien grand banquier, et que votre conviction c’est que l’on est sur une espèce d’épiphénomène politique et que même aux Etats-Unis on va en sortir assez vite ?
Il le faut. Il y a quand même de bonnes nouvelles : le baril de pétrole est à moins de 100 dollars, on oublie cela.
Et à 43,50 pour la parité euro/dollar...
Voilà, donc ce n’est pas mauvais. Regardons les fondamentaux. Il y a une tourmente, elle est forte, elle touche surtout les grands établissements et les établissements financiers entre eux, elle n’a pas encore fait une large contagion sur l’économie réelle. Ça vient malheureusement un peu, mais il faut garder notre calme.
Le sujet des PME, c’est plutôt le chiffre d’affaires que le financement, parce que c’est plus inquiétant, mais ils ont des projets, on les soutient, ils exportent. La baisse du dollar, c’est tant mieux. Notre rôle est de les soutenir avec leur banque, et si on peut alléger ces dernières, on le fera.
Discours proactif, comme on dit...
Il faut profiter, ça bouge.
Est-ce que vous avez été sollicité d’une manière ou d’une autre par le gouvernement pour essayer de mettre en place une espèce de plan d’urgence, si jamais le robinet de crédits venait vraiment à se tarir ?
Nous sommes un établissement public de l’Etat, nous sommes donc en contact permanent avec le gouvernement et nous examinons en permanence notre stratégie avec lui.
Est-ce qu’il y a quelque chose dans les tuyaux ? En écoutant le président de la République jeudi soir, on a eu l’impression qu’il y avait quelque chose dans les tuyaux, une sorte de plan d’urgence en préparation, qui permettrait justement de garantir l’offre de crédits aux PME ?
Le système actuel permet d’assurer un soutien, et nous venons d’avoir, à la suite de l’Ecofin de la semaine dernière, une entente avec la Banque européenne d’investissement, qui va accroître les financements qu’elle donne à Oseo. Ça nous donne donc des moyens beaucoup plus importants.
Au niveau de l’Europe, c’est 7,5 milliards d’euros qui vont être consacrés aux PME, alors que c’était seulement 5 milliards l’année précédente. Les moyens sont donc renforcés, ils sont là, nous pouvons intervenir, nous sommes présents. Il y a de l’agitation, peut-être de la tourmente, mais l’activité tourne et les PME sont présentes et actives.
Nous allons signer, demain ou dans deux jours, un accord avec UbiFrance, pour l’aide à l’exportation, de façon à être plus coordonnés, à renforcer nos moyens, et je crois que ça aussi ça va aider les PME, puisque, plus que jamais, il faut innover, exporter, se développer et croître, et ce sont les PME qui font la richesse.

