Stéphane Soumier : Vous avez modifié radicalement tout ce qui avait fait votre succès. Vous avez eu le courage de prendre des décisions très spectaculaires, de renoncer à tout ce que vous aviez créé. On va mettre enfin de la couleur sur les portables, on parle d’une éventuelle vente des usines de Dell et, surtout, il y a le système de vente. On ne trouvait pas Dell dans les magasins de détail, maintenant on vend des Dell dans les supermarchés. C’est à un tel point que l’on se demande si Dell est toujours Dell aujourd’hui ?
Michael Dell : Vous savez, Dell existe depuis 25 ans et, depuis dix ans, nos volumes ont été multipliés par dix. Notre business, c’est toujours 82 % vers les institutionnels ainsi que les entreprises et c’est toujours de la vente directe. Pour le reste, effectivement, il y a un an, nous n’avions pas de détaillant, aujourd’hui nous en avons 15 000.
Le but c’est d’augmenter justement cette part vers le grand public ?
Oui, nous avons augmenté nos volumes de 50 % ces six derniers mois et nous allons continuer sur ce rythme.
Qu’en est-il des usines ? On dit que vous allez vendre vos usines et devenir « fabless » et tout faire par sous-traitance ?
Ça c’est pour certains de nos concurrents. Nous, nous faisons les deux, c’est-à-dire sous-traitance et fabrication, et nous allons continuer comme ça.
Il a fallu que ce soit vous qui preniez ces décisions stratégiques. Vous êtes même revenu à la tête de l’entreprise pour le faire. Est-ce que ça veut dire que personne, au sein de l’entreprise, n’était capable de faire ça ?
Si vous êtes le fondateur, vous avez des droits supplémentaires pour modifier la stratégie. Et c’est vrai qu’avec le succès, on a oublié de se poser certaines questions. Quand je vois nos cibles, les pays émergents, les « notebooks », les particuliers, les services, je vois que partout, nous surperformons le marché.
Juste un mot sur ces « notebooks », ces miniPC, est-ce que le succès vous surprend ?
C’est vrai que cela va très vite. Nous vendons plus d'ordinateurs portables que d’ordinateurs de bureau aujourd’hui.
Dernier mot, pour en revenir à vous, à votre retour, est- ce que va vous condamne à rester éternellement maintenant, à la tête de votre entreprise, à la tête de Dell ?
D’abord, je n’étais pas vraiment parti, je gardais un œil sur la société. Ensuite, c’est vrai que je vais rester longtemps, mais tant que j’ai la confiance des actionnaires, j’ai 43 ans, donc je peux faire ça encore longtemps.

