[Good Morning Business]
Luc Chatel : « La crise n’est pas le fait de traders fous, c’est le système qui a dérapé »
La rédaction - Good Morning Business - bfm, le 29/09/2008
Le porte-parole du Gouvernement, secrétaire d’Etat chargé de l’Industrie et de la Consommation, revient sur le discours du président de la République à Toulon.


Est-ce qu’il n’y avait pas hier une dramatisation hors de propos ?
Luc Chatel Non, je crois que l’on a eu de la part du président de la République un discours de vérité. Le Président n’a pas caché que la crise que l’on connaît actuellement est une crise de confiance sans précédent, qui ébranle l’ensemble de la finance mondiale, et la France est trop engagée dans l’économie mondiale pour être à l’abri.
Elle n’ébranle pas la finance française ?
Si, elle ébranle la finance française, et c’est pour ça que le discours qu’a tenu le président de la République hier soir a été de dire que cette crise, qui est née aux Etats-Unis, a des répercutions mondiales. La France ne peut pas être à l’écart de cela.
Cela veut dire que le ministre de l’Industrie que vous êtes, par exemple, voit aujourd’hui clairement, le crédit qui est en train de manquer aux entreprises que vous regardez ?
Vous avez déjà vu un certain nombre d’indicateurs, liés à l’activité économique, à la croissance. Nous avons des inquiétudes sur le crédit, et c’est pour cela que le Gouvernement se devait de réagir. J’ai été très sensible aux annonces du président de la République, hier soir, sur ce sujet, quand il a dit que si le durcissement du crédit se faisait sentir, l’Etat pourrait accompagner les outils, qui existent aujourd’hui en matière de caution, de garantie, voire d’apport en capital. Je crois qu’il est dans son rarle, pour faire en sorte qu’il n’y ait pas une double peine, c’est-à -dire qu’après les problèmes de croissance, on ait des problèmes d’investissements pour les entreprises.
Mais on a eu l’impression d’une forme de décret d’état d’urgence…
Je crois que ce qui est intéressant dans le discours de Toulon, c’est que c’est d’abord un discours de vérités, mais c’est aussi un discours fondateur. Le président de la République nous a dit que la crise que nous connaissons n’est pas conjoncturelle, ce n’est pas parce qu’il y a eu quelques traders fous, c’est parce qu’il y a eu un système qui a dérapé.
Le système capitaliste n’est pas, en tant que tel, à remettre en cause, mais ce sont ses dérives qui doivent l’être. Quand il appelle à un nouveau Bretton Woods, en clair, en disant qu’il est aujourd’hui le Président en exercice de l’Union européenne, qu’il a une responsabilité, et qu’il propose que les dirigeants se mettent autour de la table, je crois que c’est une réelle avancée.
Je me permets d’insister sur ma question. Proclamer de manière très forte que l’Etat garantira les départs des épargnants, qu’aucun épargnant en France ne perdra 1 euro, au moment même où la Société générale, devant une centaine de journalistes, vante sa solidité, et je reprends les termes de Frédéric Oudéa, son directeur général, qui se sent « comme un enfant dans un magasin de bonbons », c'est-à -dire au moment oùles banques françaises font la démonstration de leur solidité, on sent là un contraste étonnant !
Le Président n’a pas dit que les banques françaises n’étaient pas solides. Simplement, il a tenu à envoyer aux français un message de confiance. L’économie, c’est beaucoup de confiance, et c’était important, au moment où il y a beaucoup d’épargnants qui se posent des questions, de les rassurer, en ne critiquant pas le système bancaire français.
C’est vrai que Christine Lagarde, ces derniers jours, avait indiqué que notre système bancaire français était structurellement sain, et donc qu’il n’y avait pas particulièrement d’inquiétudes à ce sujet-là . En revanche, le président de la République a dit hier que, si jamais il devait y avoir un problème, alors oui, l’Etat serait là pour accompagner les épargnants.
Vous parliez de cette idée de Bretton Woods, grands accords financiers de l’immédiat après-guerre. Quelles sont vos armes à l’international pour peser, notamment face aux Anglo-Saxons, qui n’ont pas envie de ce grand Bretton Woods ?
Les armes sont de deux natures. D’abord, c’est triste à dire, mais la première arme, c’est la crise actuelle. Quel est le dirigeant qui fera face à son opinion publique sans intégrer, sans prendre en compte la crise actuelle… La responsabilité des dirigeants c’est de rebondir, de réagir.
Quand vous commencez à voir aux Etats-Unis des salariés qui manifestent devant Wall Street, ça interpelle forcément les dirigeants américains. Angela Merkel est complètement en phase avec les propositions du président de la République. J’observe que l’année dernière, Gordon Brand avait également partagé un certain nombre d’orientations avec Nicolas Sarkozy. On voit bien que Nicolas Sarkozy n’est pas le vilain petit canard qui a des opinions complètement différentes des autres. Il a été le premier, il y a plus d’un an, au moment de la campagne présidentielle, a évoqué cette question.
Aujourd’hui, il est Président de l’Union européenne, il y aura un Conseil européen les 15 et 16 octobre, et il y aura une discussion sur ce sujet, et il y a, au niveau européen, des orientations à prendre, qui peuvent entraîner des réactions importantes.
Pour en revenir à la France et aux entreprises, est-ce que vous allez mettre en place une sorte de comité de surveillance ? On a vraiment l’impression, à entendre Nicolas Sarkozy, notamment sur le crédit qui pourrait se restreindre, que vous allez monter une sorte de cellule de crise. Est-ce qu’on en est là aujourd’hui ?
Non, l’idée c’est d’être pragmatique. Ce que nous voulons, c’est qu’encore une fois il n’y ait pas une cassure dans les investissements des entreprises et que le renchérissement du coût des crédits ou sa raréfaction ne casse pas définitivement, totalement la croissance. Le Gouvernement va donc être très vigilant.
Mais on est d’accord, vous ne pouvez pas donner d’ordre aux banques ?
Non, on ne donne pas d’ordre aux banques, mais il y a des outils qui existent. Il y a un outil comme Odéo, vous avez la Caisse des départs, donc on peut travailler, encore une fois, sur les garanties, sur les cautions. C’est dans cet esprit que l’on va le faire.
J’entends un certain nombre de responsables politiques de l’opposition dire qu’il n’a pas fait d’annonce, mais expliquer que l’on va adopter en urgence la loi de mobilisation pour le logement, c’est quand même aussi une réponse à la problématique de l’immobilier, qui n’est pas négligeable dans la crise actuelle. Le fait également d’annoncer que l’on va réformer en profondeur l’Etat, et le maintien du cap du non-renouvellement d’un fonctionnaire sur deux, par exemple.
Vous me permettrez ce paradoxe. Très volontariste sur la crise financière, sur le rétablissement d’un nouveau capitalisme, en revanche, pour la suppression d’un département ou d’un échelon administratif, on n’est pas sûr de pouvoir y arriver… En tout cas, c’est ce qu’avait l’air de dire le président de la République hier, dont les propos sont « Si nous arrivons à supprimer un échelon administratif, nous entrerons dans un cycle d’économie très important pour l’Etat ». On avait l’impression qu’il n’y avait pas vraiment de certitude…
Dabord, c’est un sujet difficile, vous le savez. Et en même temps, c’est une source de dispersion.
Mais vous en faites une priorité aujourd’hui ?
Bien sûr que l’on en fait une priorité aujourd’hui, parce qu’on pense qu’un Etat plus efficace, une collectivité plus efficace, ce sont des collectivités locales qui ont des compétences mieux affichées, mieux affirmées, clarifiées et moins diluées. Donc, le travail sur le niveau de collectivités locales, c’est une priorité de l’année 2009.
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