Fabrice Lundy : C’était il y a un an, la révélation du scandale de la cagnotte de l’UIMM, la caisse de secours mutuel, 600 millions collectés durant une quarantaine d’années. Un an après, la direction de l’IUMM a complètement changé, mais que faire du magot ? Vous avez annoncé cette après midi, un ensemble de projets, plusieurs dispositifs, six au total. 230 millions d’euros sur cinq ans pour affecter ces réserves patrimoniales. Le premier concerne la création d’un dispositif de solidarité professionnelle à destination des adhérents, en remplacement de la fameuse caisse de secours mutuel. Comment va-t-il fonctionner et à quelle fin ?
Frédéric Saint-Geours: Les entreprises, en général, peuvent rencontrer des difficultés ponctuelles. Ces difficultés ponctuelles peuvent être des conflits, mais c’est maintenant relativement rare. Elles peuvent avoir d’autres difficultés, du type problèmes de l’utile production ou de mises aux normes d’un certain nombre de choses, de dispositifs de prévention en termes de sécurité.
L’idée de ce dispositif c’est d’aider les entreprises qui se trouvent dans ces situations, avec soit des conseils en matière de prévention, soit de l’aide financière, soit une intervention de taxes fortes, pour aider l’entreprise à passer ce cap difficile. C’est donc un élément de solidarité, et c’est très logique qu’une organisation comme la notre mette cet élément de solidarité en avant, parce que c’est l’un des rôles principaux d’un syndicat.
Au cœur de la révélation de ce scandale, je me souviens avoir donné la parole à un adhérent de l’UIMM. Ce responsable régional nous avait dit que ça servait en cas de conflit social. Il ne nous avait pas dit que ça servait à payer les partenaires sociaux, mais à venir en aide à l’entreprise. Est-ce que le nouveau système servira toujours à aider les entreprises en cas de grèves ? Il pourra sûrement faire cela, mais ce n’est pas le principal, parce qu’encore une fois ce sont des cas qui sont relativement rares. Ce sera surtout un instrument de solidarité qui touchera toutes les difficultés que les entreprises peuvent avoir. Il faut d’ailleurs noter que, dans les 255 millions d’euros que nous consacrons pendant cinq ans aux différents projets, ce dispositif n’est inscrit que pour 5 millions par an.
De façon extrêmement marginale. Les autres dispositifs : une fondation pour encourager la recherche dans des domaines qui intéressent l’Union et l’industrie française, pour financer des chaires dans les universités, les écoles, les fondations universitaires, pour répondre aux besoins de compétences, développer le savoir-faire industriel. Vous n’avez pas voulu répondre, par exemple, à des engagements sociaux que souhaitait Martin Hirsch, comme financer le RSA ?
Si, justement, la seconde fondation dont vous parlez, a pour objectif de rechercher des projets pour notamment développer les contrats de professionnalisation pour les adultes et les jeunes sans qualification, de favoriser le recrutement pour les entreprises d’insertion, ou encore d’accueillir des programmes expérimentaux pour l’insertion.
Ou encore, ce qui est très dommageable pour les jeunes et parfois pour les entreprises, de proposer des solutions aux sorties précoces des jeunes du dispositif de l’apprentissage. C’est tout à fait ce type de projets qui intéresse Martin Hirsch, et cette fondation, qui est dotée de 20 millions d’euros et qui aura un abondement de 10 millions par an, pourra tout à fait accueillir ce type de projets auxquels il tient.
Des fondations en plus et des aides financières pour le soutien des très petites entreprises, des PME, des PMI. A quelles fins ?
Nous avons essayé de bâtir ces projets pour vraiment, de façon concrète, améliorer la compétitivité des entreprises françaises qui sont adhérentes.
Avec notamment des prêts à taux préférentiels...
C’est ça. C’est-à-dire que les entreprises ont une vie, elles se développent et, très souvent en France, il y a une difficulté pour les PME à trouver les moyens de passer un cap de développement. Ce fond de développement permettra justement de leur fournir des financements au moment où c’est le plus difficile pour elles d’en acquérir.
C’est un dispositif que nous avons déjà expérimenté dans certaines régions françaises et que nous voulons généraliser. Nous dotons ce fonds de 50 millions d’euros, et nous pensons pouvoir ainsi, aider plusieurs centaines d’entreprises qui sont en phase de développement.
La direction de l’UIMM a changé, la page Gauthier-Sauvagnac se tourne, tranquillement mais sûrement. En tout cas, vous annoncez un certain nombre de projets économiques et sociaux. Tout ça concourt à l’image de marque, à montrer que finalement l’UIMM est devenue une organisation sympathique, fréquentable ? L’UIMM est une UIMM complètement nouvelle. Nous avons de nouveaux statuts, de nouvelles instances, de nouveaux modes de fonctionnement, une transparence financière totale. L’UIMM est donc maintenant plus forte, plus ambitieuse, au service de ses adhérents. Les projets concrets dont nous venons de parler viennent encore renforcer cette ambition. Si vous regardez, nous serons la seule organisation patronale, la seule branche qui ait des dispositifs aussi ambitieux pour aider les entreprises. C’est bien le signe que l’UIMM est complètement transformée, avec des ambitions très fortes pour la compétitivité des entreprises.
Où en sont vos relations avec le Medef ? Nous avons des relations maintenant tout à fait normales avec le Medef. Vous avez pu voir notamment que notre délégué général a été désigné par le Medef pour conduire l’une des négociations importantes qui va commencer très prochainement, celle portant sur la formation professionnelle.
Laurence Parisot s’est dit favorable ce matin à l’interdiction des parachutes dorés, au cœur du discours de Nicolas Sarkozy. Qu’en est-il pour vous ?
Je suis convaincu qu’il faut que le patronat propose des choses sur ce point. Il est nécessaire que nous proposions des choses pour bien lier les rémunérations des dirigeants avec les résultats réels des entreprises et pour bien séparer ce qu’est le statut du mandataire social et le statut du salarié, pour que tout ça soit parfaitement clair. Le patronat s’est engagé à le faire, il va proposer des choses dans ce domaine.
Est-ce que vous y voyez plus clair sur la destination des fonds il y a un an ?
C'est le travail du juge d’instruction, il y travaille, nous collaborons avec lui, chaque fois qu’il demande quelque chose nous lui fournissons, mais c’est à lui de répondre à cette question.

