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[Le 12-15]

Valérie Pécresse : « En deux ans, les dépenses de l'Etat par étudiant sont passées de 7000 à 8000 euros »

La rédaction - Le 12-15 - bfm, le 25/09/2008
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Au moment de la rentrée universitaire, la ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche parle du plan pour la réussite en licence et de la recherche, avec en particulier la conquête de l'espace
Valérie Pécressé interviewée par Edwige Chevrillon dans le 12-15 mercredi 24 septembre.
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Valérie Pécresse - Ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche - Valérie Pécresse
Hedwige Chevrillon : Tous les chiffres le montrent, nous avons un problème d’éducation nationale, d’enseignement supérieur. 40 % des étudiants quittent la faculté sans diplôme, à l’issue de la première année. Une étude ce matin montre que 15 % des élèves qui entre au collège ont des difficultés en classe et à comprendre ce qu’on leur dit. Ces chiffres sont effarants non ?
Valérie Pécresse : Nous avons pris la mesure des difficultés en lançant, dès cette rentrée 2008, un grand plan pour la réussite en licence.

C’est la première rentrée avec votre plan ?
Exactement. C’est la nouvelle première année à l'université. D’abord, une année de réussite, c’est une année mieux préparée. Dès l’année dernière, en terminale, nous avons mis en place un système que l’on a appelé l’orientation active.
Dans douze académies, et ce sera généralisé l’année prochaine à toute la France, nous avons désormais un système de préinscription des élèves de terminale dans les filières universitaires qu’ils souhaitent, des grandes écoles au BTS, et une réponse à leur vœu de l’institution universitaire. Cela leur permet de s’aiguiller, d’avoir des conseils d’orientation, parce qu’en réalité, on s’est rendu compte qu’une bonne partie de cet échec venait de cette absence de préparation de la rentrée, de cette absence d’orientation.
Ensuite, cette année, dès septembre, nous lançons un accompagnement individualisé des élèves dans l’université, avec des stages de prérentrée, des professeurs référents, un pour vingt élèves, auquel l’étudiant pourra s’adresser tout au long de l’année.

Des tutorats aussi ?
Oui des tutorats rémunérés avec des étudiants de Master. On est en train de vraiment mettre en place les conditions d’un vrai accompagnement des élèves.

C’est quand même un constat d'échec de notre système universitaire et éducatif non ?
Je crois que l’université avait été jugée irréformable et comme elle l’était, on ne lui a pas donné les moyens de développer la qualité. Aujourd’hui, nous faisons donc les deux. La réforme de l’autonomie des universités est un point crucial pour ensuite mettre des budgets conséquents, parce que des universités autonomes, ce sont des universités responsables, qui rendent des comptes sur leur performance et qui sont financées en fonction de la réussite de leurs étudiants, des débouchés professionnels et de la valeur ajoutée qu’ils donneront à des publics plus fragiles.

Comment jugez-vous cette rentrée universitaire ? Est-ce que vous êtes inquiète ou au contraire, vous pensez que c’est plutôt une rentrée apaisée ?
Je crois que c’est une rentrée où toute la communauté universitaire s’est mobilisée, pour vingt universités sur quatre-vingt pour le passage à l’autonomie, puisque nous avons un quart des universités qui seront autonomes à partir du 1er janvier 2009, qui vont donc se gérer seules. Ça nécessite une formidable mobilisation en termes d’encadrement. On va mettre des systèmes de contrôle gestion et d’information.
Il y a aussi l’opération Campus. Le président de la République a mis cinq milliards d’euros sur la table pour que nous lancions des campus du XXIe siècle. Il y a douze sites qui ont été retenus et qui vont du coup avoir des campus du XXIe siècle. Nous avons aussi cette nouvelle licence. Donc je crois que la communauté universitaire est totalement mobilisée, et elle l’est avec des moyens, puisque le budget par étudiant, quand nous sommes arrivés en 2006, était de 7000 euros de dépenses de l’Etat par étudiant, et en 2008, on est à 8000 euros.

Et en 2009 ?
La seule chose que je peux dire, c’est que le budget 2009 sera celui des engagements tenus. C’est-à-dire un milliard de plus pour l’enseignement supérieur et 800 millions de plus pour la recherche. C’était en 2008 et ce sera en 2009, en 2010 et en 2011.

En termes de suppressions de postes, est-ce que vous pouvez nous apprendre quelque chose ?
Ce n’est pas parce que le budget de l’enseignement supérieur et de la recherche est ultraprioritaire et que ce sera le budget qui augmentera le plus dans le budget de l’Etat cette année, que nous ne devons pas gérer cet argent au mieux. Ça suppose que nous soyons vraiment très attentifs à la bonne gestion. Il y aura, dans mon ministère, le non-remplacement de 900 postes de personnes partant à la retraite.

900 sur combien ?
Ça représente 0,5% de mes effectifs et c’est un départ à la retraite sur six, alors que la norme pour les administrations d’Etat c’est un sur deux. Comme l’enseignement supérieur et la recherche sont prioritaires, ils ont beaucoup moins de non-renouvellement de départ en retraite. Mais nous en avons quand même. Jusqu'à présent, les universités n’étaient pas autonomes. Aujourd'hui, la moitié des personnels universitaires sont des agents de catégorie C, des agents dont les missions ne sont pas toujours au cœur même du service public de l’enseignement supérieur.
Ce que nous voulons, c'est requalifier les emplois, c’est-à-dire donner aux universités des contrôleurs de gestion, des directeurs de ressources humaines, des responsables du bureau des stages et de l’insertion professionnelle. Et nous transformerons des emplois de catégorie C, des agents d’entretien, de gardiennage, de jardinage, en emplois de catégorie A. Nous transformerons deux emplois de catégorie C en un emploi de catégorie A.

Sur ces 900, combien pour l’enseignement supérieur et combien pour la recherche ?
Ce sera un partage moitié/moitié.

On a beaucoup parlé de la réforme du CNRS. Est-ce que ça va être l’occasion d’obtenir peut-être ces départs à la retraite ?
Il y aura donc 450 suppressions de postes par non-renouvellement de départ en retraite dans la recherche. On ne supprime aucun emploi actuellement pourvu. Il faut savoir que dans un organisme comme le CNRS aujourd’hui, il y a 60 emplois vacants, mais l’argent de ces emplois est utilisé pour faire autre chose.
Ce que nous souhaitons dans le cadre d’une bonne gestion, c’est que les postes qui sont vacants aujourd’hui, nous soient rendus. En revanche, nous redonnerons l’intégralité de la masse salariale qui correspond aux organismes de recherche, de façon à ce qu’ils puissent améliorer les budgets de laboratoires et les conditions de travail des chercheurs et des personnels de la recherche.

Donc, vous êtes une ministre plutôt satisfaite, en termes de budget 2009.
J’annoncerai les priorités de mon budget dans quelques jours, mais ce que je veux déjà dire, c’est qu’au cœur de celui-ci, il y aura la question de l’attractivité des carrières de l’enseignement et de la recherche. Aujourd’hui, nous devons absolument faire en sorte que dans une génération, les meilleurs étudiants soient attirés par ces métiers et surtout qu’ils restent en France.

Vous l’avez entendu dans le journal de l’économie, boucler un budget est difficile avec ce qui se passe. Vous nous disiez que vos engagements seraient tenus. Ca veut donc dire que vous avez fait des économies ailleurs ?
Cela veut dire que nous avons pris les moyens d’investir dans une priorité qui portera des fruits à long terme. Je crois que c’est un acte très courageux et très positif du Gouvernement, qui aurait pu céder à toutes les sirènes de la panique qui demandent de renoncer à faire des investissements de long terme.
L’université et la recherche sont des investissements de long terme. Quand on lance un programme sur Alzheimer, le médicament c’est pour dans dix ans. Et le pays qui le trouvera sera celui qui aura une prospérité pour toute son industrie pharmaceutique.

Vous avez donc dû faire des économies ailleurs pour pouvoir respecter un milliard d’investissements dans l’université et 800 millions dans la recherche ?
Vous connaîtrez tous les détails du budget dans quelques jours.

Quelques pistes ?
Non, je ne peux pas vous en parler pour l’instant.

On va parler de recherche. Je ne sais pas si vous avez suivi cette fusée Longue Marche, la fusée chinoise qui sera habitée. Il y aura les Russes, les Chinois, il n’y aura plus les Américains, qui apparemment n’ont plus d’argent pour ça. Est-ce que vous pensez que ces derniers ont décidé, pendant quatre ans, de ne plus lancer de telles fusées ? Est-ce que vous avez le sentiment qu’en France, on pourrait, à un moment, être à court de budget par rapport à l’espace ?
Il faut savoir que la France est la première puissance spatiale européenne, de loin, même si les Allemands ont investi depuis quelques années assez fortement dans l’espace. Le Président veut que l’on accroisse cet investissement dans le spatial, notamment pour tout ce qui est sécurité et défense militaire, parce que l’espace aujourd’hui est dans toute notre vie quotidienne mais dans le domaine de la sécurité c'est vraiment un outil absolument très performant. Le Livre Blanc sur la défense nous a donné des pistes.
Les vols habités sont une formidable aventure. Ce n’est pas seulement une aventure économique ou nationale, c’est une aventure scientifique et humaine. C’est aller aux confins de l’univers. Vous l’avez très bien dit, les Américains préparent une deuxième phase de l’aventure des vols habités. Ils vont retirer la navette spatiale et ils vont préparer l’après.

Avec des difficultés budgétaires ?
Avec des difficultés budgétaires, mais avec aussi un volontarisme qui a toujours été celui des Etats-Unis en matière de puissance spatiale. Pour eux, l’accès indépendant à l’espace fait partie de l’identité américaine. Les Russes vont désormais avoir la navette qui alimentera la station spatiale internationale, Soyouz, qui arrivera à Kourou. C’est une formidable nouvelle, parce que la coopération franco-russe a toujours été exceptionnelle. Et il y a les Chinois, qui, eux aussi, font de ces vols habités dans l’espace, une source de fierté nationale.

Mais est-ce que c’est une priorité européenne, puisque l’on parle beaucoup d’Europe ? Le président d’Arianne Espace était un peu inquiet en disant qu’il faut que ça reste, car ce sont des investissements lourds. Est-ce qu’on aura les moyens encore ?
Aujourd’hui, l’Europe dit que nous ne pouvons pas ne pas être des vols habités. Nous devons en être, mais pas tout seul, parce qu’aujourd’hui, ce sont des investissements colossaux.
Ce qui est important de savoir, c’est que les industries européennes et particulièrement françaises, avec notamment le cargo de l’espace, l’ATV Jules Verne que l’on vient de lancer, ont des atouts fantastiques pour pouvoir participer à cette aventure de vols habités. La question est comment, avec qui, est-ce que ce sera une aventure mondiale, ou plutôt avec les Russes ou les Américains.
Pour l’instant, nous devons trancher et pour se faire nous organiserons dès 2009 une conférence internationale sur les vols habités, elle sera annoncée par la présidence française vendredi, pour savoir quelle doit être la stratégie de l’Europe : dans quoi doit-elle investir, comment et avec qui.

Lorsque le président de la République dit qu’il faut créer des relations très privilégiées entre l’Union européenne et la Russie, ça veut dire peut-être que notre partenaire pourrait être ce pays ?
Nous avons un programme qui s’appelle le programme Clipper, qui était justement un programme commun, franco-russe, sur les vols habités. On peut imaginer toutes sortes de configurations. L’une d'entre elles, qui avait notre préférence, est une configuration de type station spatiale internationale. C’est-à-dire vraiment une aventure mondiale, notamment pour aller à la découverte de Mars.

C’est la grande aventure...
C’est le rêve. On n’empêchera jamais les habitants de la planète Terre de vouloir aller à la découverte de leur univers.

Mais en a-t-on a toujours les moyens ?
Cela nécessite des moyens et aujourd’hui, l’Europe ne peut pas jouer solo. C'est en tout cas la position de la France. Les moyens sont colossaux pour investir seul dans les vols habités.

Tout à l’heure, il y a l’élection au Sénat. Donc il y a un combat à Droite au sommet, entre un ancien Premier ministre, un ministre et Philippe Marini. Vous avez un favori, un pronostic ?
Je me garderais bien de faire un pronostic sur une maison comme le Sénat, qui est en profonde évolution avec la parité, avec une poussée sensible de la Gauche liée aux élections locales.

Votre collègue des Yvelines, Gérard Larcher, peut-être ?
Souhaitons à chacun des candidats « bonne chance ».

Vous avez un bras de fer en perspective à Droite, bras de fer pour les régionales, avec notamment Roger Karoutchi. Le président de la République a sonné la fin de la récréation, il vous a convoqué pour vous dire que maintenant il fallait mettre un peu d’ordre là-dedans. Il ne faut pas trop d’animosité entre les différents candidats. Vous avez pris ça comment ?
Ça ne s’est pas passé comme vous le racontez, même si ça a été vécu comme ça sous le regard des observateurs extérieurs. Ce que le président souhaite c'est que l’UMP apparaisse pour ce qu’elle est, c’est-à-dire un parti de débats, de démocratie interne, qui fait toute sa place, leurs places aux militants.
Un militant d’un grand parti politique dans une démocratie moderne doit contribuer au programme des candidats et doit choisir les candidats. C’est comme ça que ça doit marcher et c’est une condition de la modernisation de notre vie politique.

Les primaires auront lieu début 2009 ?
Elles seront, normalement, en mars 2009.

Le schéma directeur de l’Ile-de-France est un point très important, parce que ça fixe pendant vingt ans à peu près l’avenir de la région. Est-ce que vous avez le sentiment que tel qu’il se précise aujourd’hui, il est suffisamment porteur, notamment pour tout ce qui concerne un peu le grand Paris, comme l’a défini Christian Blanc ?
Je crois que le schéma directeur d’une région comme l’Ile-de-France est un exercice de prospective. On se projette dans trente ans et l’on dit comment on se voit. Le fait même que vous disiez que c’est le schéma directeur du grand Paris, c’est exactement le problème. Le schéma directeur de l’Ile-de-France est utile s’il est ambitieux et équilibré.
Quand on dit équilibré, c’est entre Paris avec la petite couronne et la grande couronne. Aujourd’hui, le schéma directeur n’est ni ambitieux, avec un potentiel de croissance de 2 %, avec 28 000 créations d’emplois par an. Il n’y a aucun volontarisme, aucun souffle.

2% c’est déjà pas mal quand la croissance française est de 1% ?
Attendez, on se projette dans l’avenir ! Il faut que l’on ait des hypothèses volontaristes. L’Ile-de-France ne doit pas avoir la même croissance que la France. Cela doit être notre joyau de développement économique, si on veut réduire toutes les fractures sociales, écologiques et territoriales de cette région. Vous avez parlé de grand Paris, j’y suis favorable s’il s’agit de casser la barrière du périphérique et de donner à la petite couronne la même qualité de services publics que Paris intramuros.
Mais il faut savoir où est la grande couronne dans ce projet de schéma directeur. On voit bien que c’est un schéma totalement déséquilibré, où la Seine-et-Marne est quasiment absente, où les Yvelines et le Val d’Oise ne sont pas du tout exploités. Mon regret aujourd’hui, c’est qu’avec ce schéma directeur, sans souffle et sans volontarisme, on ne résoudra pas les problèmes d’inégalités en Ile-de-France, ni les problèmes de logements, ni les problèmes d’emplois.

Est-ce que le grand Paris comme le veut Christian Blanc pourra réduire ces inégalités ?
Ce que j’aurais souhaité et je ne comprends pas que la région Ile-de-France ne le fasse pas, c’est un report de l’examen de ce SDRIF de six mois, pour attendre les conclusions de Christian Blanc. L’Etat nomme un secrétaire d’Etat qui va faire des propositions sur le grand Paris, sur l’aménagement de l’Ile-de-France, sur Roissy, sur le pôle de Saclay qui me tient particulièrement à cœur, la Silicon Valley de l’Europe. Tous ces projets-là vont éclore d’ici à février.
Je ne vois pas pourquoi on adopte un schéma d’aménagement qui manque d’ambition. Je ne vous parlerais même pas des transports. La grande rocade de métros que nous attendons tous, banlieue à banlieue, qui reliera toutes les têtes de métros parisiens, est prévue à horizon de vingt ans et c’est trop loin.
Valérie Pécresse - Ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche -
Crédit :
Valérie Pécresse
Ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche



FORUM 1 avis
Valérie Pécresse : « En deux ans, les dépenses de l'Etat par étudiant sont passées de 7000 à 8000 euros »
petrole
posté le 26/09/2008 12:24:30 par milesleroy
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