
Grégoire Favet : Pour revenir sur ces tests de résistance, est-ce qu'on a une base de travail un peu plus sérieuse, un peu plus transparente ce matin, pour évaluer la situation du secteur bancaire eu Europe ?
Jean-Jacques de Balasy : Oui, je crois que c'est clair qu'on a une base de travail plus sérieuse. Elle est tout à fait transparente... La seule chose, c'est que plus on en donne, plus les gens en demandent, donc il ne faut pas qu'on se cristallise uniquement sur le fait que quelques banques allemandes n'ont pas encore donné le détail de leur exposition au risque souverain.
Pour le reste, l'exercice est tout à fait sérieux, la méthodologie a été expliquée, probablement trop tard et pas assez bien, mais elle a été expliquée. Les banques donnent des résultats extrêmement détaillés... Il y a franchement tous les ingrédients pour se dire qu'il y a pas mal de progrès, en matière de transparence et de « disclosure », comme on dit en anglais.
A ce propos, sans se focaliser sur ces six banques allemandes qui n'ont pas publié le détail de leur exposition au risque souverain, est-ce que ça peut quand même jeter le doute sur ces résultats ? Est-ce que vous y voyez un élément négatif ?
J'y vois un élément négatif parce que ça a été un peu décidé au dernier moment et que c'est un peu la cacophonie que l'on craignait. Mais sur le fond, le fait qu'ils ne détaillent pas les résultats ne veut pas dire que les résultats n'ont pas été calculés sérieusement.
Justement sur la méthodologie appliquée, on a eu tous les détails. Comment est-ce que vous vous positionnez par rapport à cette polémique, qui continue d'ailleurs ce matin ? Est-ce qu'on est allé suffisamment loin dans le niveau de stress, que ce soit stress macro, ou stress sur les obligations d'Etat ?
C'est vraiment le type même de mauvaise bagarre, parce que les scénarios qui ont été retenus sont des scénarios tout à fait sérieux et qui anticipent finalement une dépression très sévère, des éléments forts... et on veut toujours aller plus loin.
La critique qui est faite, c'est de dire qu'on n'est pas allés jusqu'au défaut d'un pays souverain. Mais ce qu'il faut bien comprendre, c'est qu'un stress test est un modèle. Un modèle dans lequel on doit regarder l'impact de tel ou tel scénario principal sur un certain nombre de critères.
Ce qui est fondamental pour la validité de ces stress tests, c'est le taux de corrélation. Et plus on va dans des mesures extraordinairement sévères, des choses que l'on n'a jamais vues, des choses qui sont extrêmement loin, plus ou moins le taux de corrélation est élevé. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, il est très difficile mathématiquement de quantifier, avec un degré de fiabilité élevé, l'impact d'un défaut d'un pays souverain. Il y a des conséquences que l'on ne prévoit pas. La conséquence sur la consommation des tiers, c'est un impact psychologique par exemple. Donc il vaut mieux avoir des stress tests qui sont sérieux sur le plan scientifique plutôt que des stress tests qui ont l'air de reprendre les hypothèses que les gens attendent mais qui au fond ne sont pas fiables sur le plan scientifique.
On aurait perdu en fiabilité si on était allé vers des scénarios plus extrêmes. Je trouvais aussi très intéressant de voir ce chiffre, ce montant de recapitalisation conseillé, indiqué à la suite de ces stress tests : 3,5 milliards d'euros pour les 7 banques qui ont échoué sur 91 établissements. Cela montre quand même tout le travail de renforcement des fonds propres qui a été fait depuis quinze mois. [...] Et c'est surprenant par rapport aux études qu'on a vu circuler la semaine avant la publication des résultats. On avait alors des montants qui se chiffraient en dizaines de milliards d'euros...
Oui, les stress tests ont été faits, les résultats sont là, les autres travaillent sur des hypothèses beaucoup plus fragmentaires et des scénarios beaucoup plus rudimentaires. Donc faisons l'hypothèse que c'est exact, c'est vrai que ces montants sont relativement faibles, ce n'est pas ça qui va peser sur les marchés actions.
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