[Le 12-15]
Michel Prada : « Les dispositifs financiers européens ont toujours été assez sûrs »
La rédaction - Le 12-15 - bfm, le 23/09/2008
Le président de l'Autorité des marchés financiers évoque le plan de sauvetage américain, l'état des marchés boursiers mondiaux, ainsi que la nécessité de transparence et de contrôle.
Michel Prada
Edwige Chevrillon : J’imagine qu’en ce moment vous devez avoir beaucoup de réunions. Est-ce que l’on peut dire que la tempête est derrière nous aujourd’hui ?
Michel Prada : Je ne porterais pas de jugement de cette nature. Je crois que nous sommes dans une situation d’ajustement extrêmement profond et vigoureux, qui concerne essentiellement l’économie américaine et les établissements financiers américains. Nous voyons qu'Outre-Atlantique les autorités prennent des décisions absolument majeures, et à dire vrai, sans précédent. On peut supposer que celles-ci vont avoir un impact positif sur la situation économique aux Etats-Unis, sur la situation des banques, et par conséquent, sur le rétablissement de la confiance.
Par ailleurs, les banques centrales sont extrêmement actives. Elles donnent de la liquidité dans des conditions telles que la continuité des marchés est assurée. La crise se déroule, donc on ne peut pas dire qu’elle est derrière nous. Je pense qu’il y aura encore des épisodes pour sortir de cette situation, mais incontestablement, les autorités américaines et, d’une manière générale, les autorités mondiales sont à la manœuvre.
On devrait normalement connaître les modalités du plan de sauvetage avant la fin de la semaine. Les banques étrangères pourraient être aussi intéressées par ce plan. C’est un de vos souhaits ?
Elles le sont forcément indirectement, puisque de toute manière, dans une économie qui s’est complètement globalisée, dans un système financier globalisé, il y a une grande interdépendance entre les établissements financiers des différentes zones. Par conséquent, alors que vraisemblablement dans beaucoup de pays d’Europe et en particulier en France, les établissements financiers ne sont pas dans la même situation que les établissements américains, ils en supportent indirectement certaines conséquences.
La consolidation du système financier américain, par la mise en oeuvre des décisions qui ont été prises, ne peut évidemment qu’avoir des effets bénéfiques sur le reste du monde, et en particulier chez nous.
Vous avez parlé d’ajustement et avez ensuite ajouté « profond, majeur, sans précédent ». Le visage de Wall Street, qui reste quand même la place boursière numéro un après ce séisme, on peut en parler ?
Je ne peux pas trop me prononcer sur le futur, mais je crois que ce que l’on sait maintenant d’une manière assez précise, c’est que cette crise est celle d’un mécanisme qui s’est développé au cours des dernières années de manière emballée et qui a été le dispositif dit de « sécuritisation » ou de titrisation. L'activité financière s’est développée de manière considérable, en dehors du système bancaire régulé, dans des conditions que nous n’avons collectivement pas vu se développer et qui n'ont pas été maîtrisées comme elles auraient pu l'être ou comme cela aurait été souhaitable en tout cas.
Comment se fait-il que l’on n’ait pas pu réaliser l’ampleur de ce séisme financier alors qu’il s’est mis en place en un an ?
Ce n’est pas en un an. En réalité, c’est un phénomène qui s'est construit sur une période relativement longue depuis le début du siècle, juste après les premiers scandales d'Enron. Il s'est développé sur plusieurs années de crédits distribués dans des conditions incontestablement insatisfaisantes, avec une discipline insuffisante, titrisés à travers des mécanismes extrêmement complexes et insuffisamment maîtrisés. Et à un moment donné, il a explosé, compte tenu des retournements des circonstances, des taux d’intérêt, du redémarrage de l’inflation, de la crise des matières premières et a provoqué les enchaînements que nous connaissons aujourd’hui.
Je crois que les décisions qui sont prises ces jours-ci ont précisément pour objet de compenser ce phénomène qui s’est accumulé encore une fois sur plusieurs années.
Mais il y a un an, on a tiré le signal d’alarme...
On a cru que le mécanisme était circonscrit à une partie de ce que l’on appelait les subprimes. Mais malheureusement on s’est rendu compte que, de proche en proche, et parce qu’il y avait des deuxièmes tours, avec notamment la crise des matières premières, le phénomène était plus profond.
Il faut espérer que les décisions, très considérables, qui sont prises, vont permettre de purger le système et de redémarrer dans des conditions normales.
Vous voyez bien la conclusion que tout le monde en tire... tout cela veut dire que les autorités de marché n’ont pas fait leur travail. Est-ce qu’il y a un mea culpa de la part des autorités du marché ?
Je pense que tout le monde doit faire son mea culpa quand on est dans une crise. Il n’est pas nécessaire d’aller chercher les coupables, il faut essayer de comprendre ce qui s’est passé.
En tout cas, les candidats à l'élection présidentielle américaine ont trouvé un coupable et c’est le patron de la SEC, votre homologue américain...
Je ne me lance par dans cet exercice-là, je ne veux pas porter d’accusation. Il est vrai que nous avons été un certain nombre, en Europe en particulier, à considérer que certains de ces nouveaux mécanismes méritaient une attention plus grande.
Ca veut dire que l’on ne vous écoute pas, que les Européens n’ont pas leur mot à dire dans la gouvernance mondiale ?
Si, cela veut dire que progressivement se reconstruit une gouvernance mondiale plus développée. Pour vous en donner un exemple, depuis quelques jours, nous avons mis en place tout un mécanisme pour ralentir le processus des ventes à découvert.
Je peux vous dire que j’avais hier une conférence téléphonique dans laquelle tous les régulateurs des principaux marchés étaient ensemble pour décider de ce que nous allions faire ou pour expliquer ce que nous avions fait. La concertation se renforce donc. Je pense que pour l’avenir, il y aura effectivement besoin de renforcer la régulation et en tout cas la supervision dans un certain nombre de domaines.
Justement, titrisation, vente à découvert... aujourd’hui, on voit bien que vous essayez de mettre un « olah », à ces pratiques. Mais encore une fois n’est-ce pas un peu trop tard ?
Le mécanisme de la vente à découvert est très ancien. Il a son utilité, dès lors qu’il est fait dans des conditions sécurisées, pour assurer la liquidité du marché et la découverte des prix. La vente à découvert existe depuis des décennies, alors il ne faut pas dire que tout d’un coup on va tout supprimer. On pourrait supprimer le marché dans ce cas là aussi.
Le marché est un mécanisme volatile, complexe, sensible. Il connaît des crises et notre problème c’est d’essayer d’éviter qu’elles ne dérapent. Là elles ont dérapé, incontestablement, parce que nous sommes allés trop loin dans la titrisation et dans les produits complexes.
Vous avez interdit la vente à découvert de certains titres, des titres protégés. Vous venez d'en publier la liste et c’est essentiellement dans des établissements bancaires...
En fait, nous avons apporté notre appui à une démarche internationale qui a été engagée par les Britanniques et les Américains. Les Européens ont décidé d’y apporter leur coopération pour éviter que le système ne soit incohérent.
Dans le courant du week-end, en concertation avec les autres pays européens, nous avons arrêté un dispositif qui vise à calmer le jeu, et je pense que ceci contribuera effectivement à rétablir une certaine sérénité.
Et ce pour combien de temps ?
Pour nous, c’est un dispositif qui est en place pour trois mois. Mais bien entendu, nous en suivrons jour par jour le fonctionnement et nous l’ajusterons en fonction des circonstances.
Quel impact a cette liste sur ces titres, dont beaucoup sont côtés au CAC 40, comme BNP Paribas ou AXA ?
Nous allons suivre l’évolution avec beaucoup d’attention. Il est évident qu’on ne pouvait pas avoir un dispositif dans lequel les ventes à découvert étaient totalement interdites en Grande-Bretagne, aux Etats-Unis dans des conditions un peu différentes, sous forme de « naked short » en Australie et avoir en Europe, un dispositif qui n’était pas harmonisé.
Nous avons donc pris la décision de durcir nos règles. Je précise d’ailleurs que notre dispositif a toujours été beaucoup plus serré, beaucoup plus sûr que celui qui prévalait dans d’autres marchés, et en particulier sur ce que l’on appelle les ventes nues. Les ventes sans aucune détention de titre ont toujours été interdites chez nous, ce qui faisait que nous avions très peu de problèmes.
Là, nous avons durci le dispositif, en réduisant à l’immédiateté le délai qui court entre le moment où on donne un ordre et le moment où on détient les titres. On doit détenir les titres lorsque l’on donne l’ordre. Ceci est de nature à ralentir les impacts à la baisse. Par ailleurs, nous avons fait une ferme recommandation aux intermédiaires de se montrer responsables dans le prêt de titres.
Cela veut dire que vous leur interdisez de prêter ces titres ?
Nous ne leur interdisons pas, car nous n’en avons pas le droit. Nous leur avons fait une ferme recommandation.
Une ferme recommandation de l’AMF, cela signifie presque une interdiction non ?
C’est un encouragement sérieux. Bien entendu, tout ceci sera suivi de très près. Nous surveillons les marchés comme le lait sur le feu. Nous ferons des enquêtes. Nous regarderons ce qui se passe et si nous nous apercevons que les dispositifs que nous avons mis en oeuvre n’ont pas été respectés ou ont été contournés dans des conditions discutables, nous considérerons que ceci relève de ce que l’on appelle de l’abus de marché.
Est-ce que vous avez justement les moyens de contrôler ces abus de marché ?
Tout à fait, nous faisons couramment des enquêtes sur ce type de sujet et nous avons tout à fait la possibilité de remonter les informations. Et si nous voyons que les règles n’ont pas été appliquées, nous avons un système de sanctions administratives qui fonctionne très bien.
Et quel impact ça aura sur les titres eux-mêmes ?
Il est très difficile de le dire. L’objectif c’est de calmer le processus par lequel un certain nombre de joueurs ont précipité la chute en attaquant. Cela concerne divers opérateurs, dont les « hedge funds », mais pas seulement, qui provoquaient des écarts vraisemblablement injustifiés. Nous allons voir si ces mesures prises par les autorités de manière concertée calment le jeu. J’espère que ce sera le cas.
Est-ce que vous avez le sentiment qu’aux Etats-Unis, il y a une prise de conscience ? Que c’est la fin du laisser-faire ?
Vous savez, l’économie américaine et les Américains sont très particuliers quand on les compare à l’économie européenne et à notre histoire. Ils ont un dispositif qui est à la fois, dans certains domaines, extrêmement détaillé, extrêmement rigoureux, dur et, en même temps, ils laissent se développer à côté de la zone régulée, des activités dites non régulées, dans lesquelles les choses se développent sans régulation.
Je crois que ce que les Américains ont réalisé au cours des derniers mois, c’est que ceci ne pouvait plus fonctionner et qu’il fallait avoir à la fois une rationalisation de leur système de régulation, qui est effectivement très complexe, avec un très grand nombre d’autorités qui se répartissent les tâches de manière spécialisée par nature de produits, par nature de métiers, et, d’autre part, des zones de non-régulationn dont il faut reprendre le contrôle.
Il ne s’agit pas nécessairement de réglementer tout dans le détail. Une économie de marché a besoin de liberté, de responsabilités et d’espace pour vivre mais il faut au moins savoir ce qui se passe, comprendre. Une des leçons que l’on peut tirer de cette crise c’est que l’on a laissé se développer pendant trois ou quatre ans, un volume d’activités très complexes que l’on n’a pas mesuré, et pour lesquelles nous n’avions ni la connaissance précise, ni les infrastructures appropriées pour traiter le sujet. Lorsque la prise de conscience s’est produite, on a découvert la chose.
Je crois que les Américains sont maintenant déterminés à mettre de l’ordre et vous savez que quand ils le font, en général, ils le font vigoureusement et rapidement. Mais il est vrai qu’ils partent d’une situation très différente de la situation européenne de ce point de vue là, et je pense qu’il faudra que nous soyons en étroite concertation avec eux, pour que nous travaillions ensemble. Car maintenant, il est clair que tous ces mécanismes sont globalisés.
Il y a un certain temps on poussait beaucoup pour qu’il y ait la création d’un régulateur européen et on ne voit toujours rien venir. Est-ce que vous pensez qu’il faut essayer d’avancer, notamment avec la présidence française, sur ce dossier ? Est-ce que le président de la République va faire des annonces jeudi prochain sur cette question ?
J’ai une vision très claire sur le sujet. Je n’ai pas été le défenseur d’un système dans lequel il y aurait un régulateur européen. J’étais toujours le défenseur d’un système, que nous avons d’ailleurs contribué à commencer à construire, dans lequel les régulateurs nationaux se trouvaient fortement coordonnés par une tête de réseau.
Ce n’est pas tout à fait la même chose, car un régulateur européen, c’est très difficile à faire fonctionner. Cela pose des problèmes politiques et de souveraineté très graves. Il y a entre nous des divergences de langues, de droits, qui rendent les choses très difficiles.
Mais est-ce qu’on pourrait le faire sur la zone Euro ?
On a déjà, actuellement, entre les régulateurs européens, des liens tout à fait étroits et qui se sont considérablement améliorés. Je vous fais part d’une anecdote : quand je suis arrivé dans ce métier en 1995, nous nous rencontrions une fois par an pour déjeuner. Aujourd’hui, nous avons une structure de concertation qui fonctionne de manière quotidienne, avec un secrétariat qui est à Paris, et nous participons à l’élaboration de la réglementation européenne de manière très étroite. Donc on peut parler d’un formidable progrès en l’espace d’une dizaine d’années.
Il faut aller plus loin. Il faut que le Comité européen des régulateurs de marché dispose de capacités de monitoring, de coordination du réseau des régulateurs, de manière à permettre une harmonisation dans la mise en oeuvre, une concertation très étroite dans le dispositif pour une absence complète de trou dans la réglementation et éviter l’incohérence. Ceci nécessite des décisions politiques importantes, qui ne relèvent pas de nous.
Vous espérez sincèrement qu’on essaie de rendre ça possible, avec la présidence française ?
J’espère qu'elle fera progresser cette thèse. La crise, malheureusement, d’une certaine manière, me donne raison. Je pense que nous ne pouvons pas rester dans un dispositif d’harmonisation floue, comme celui que certains souhaiteraient encore maintenir aujourd’hui. Il faut que nous allions plus loin dans notre intégration et je pense qu’il faut le faire relativement vite.
Ca serait l’équivalent de la Banque centrale européenne cette espèce de comité régulateur ?
On peut imaginer différents systèmes de gouvernance. Là, c’est un problème institutionnel qui me dépasse un peu et qui rentre dans le cadre de l’organisation de l’Europe. Ce que je crois c’est qu’il faut que nous soyons capables de prendre des décisions ensemble, de les appliquer de la même manière, de vérifier qu’elles sont effectivement appliquées correctement et de travailler ensemble de manière très étroite, dans la surveillance des marchés.
Ceci signifie qu'il faut donner à notre comité, qui est aujourd’hui une simple association de loi de 1901, une capacité, une reconnaissance juridique dans le cadre institutionnel européen. En tout cas, c’est une position que je défends avec continuité depuis quelques temps.
Est-ce que l’on peut dire que ce qui s’est passé, c’est un peu un « 11 septembre boursier » ?
Je n’aime pas beaucoup l’expression, parce que le 11 septembre est quand même un événement extraordinairement dramatique, dans lequel des vies humaines ont été en cause, alors que là, nous sommes sur un ajustement financier. C’est incontestablement un ajustement extrêmement violent et fort.
Certains disent que c’est la crise la plus grave que l’on ait connu depuis 100 ans...
Oui, c’est vrai, mais en même temps, je suis frappé du fait que vous-même, rappeliez tout à l’heure, que la croissance est encore de l’ordre de 1%. En tout cas, c’est ce que Christine Lagarde a dit, c’est ce que les principaux prévisionnistes disent. Donc je veux bien retirer le mot ajustement et parler de crise si vous préférez.
Les Américains parlent de « turmoil ». Peu importe le vocabulaire, c’est vrai qu’il y a un changement très profond du dispositif financier qui avait été mis en vigueur, et qui nécessite par conséquent une très grande clarification.
Mais il y aura un avant et un après ?
Je pense qu’il y a forcément un avant et un après. D’abord parce que le paysage financier aura beaucoup changé avec la disparition, l’absorption ou le regroupement d’un certain nombre de très grands joueurs. Rien que cela provoque un changement significatif. Je crois aussi qu’il va y avoir un changement du point de vue de la transparence. Ce n’est pas un slogan. Cette crise a été l’occasion de mettre en évidence la nécessité d’une plus grande transparence dans les marchés, pour permettre une meilleure gestion du risque et une meilleure compréhension des choses.
Mais ça c'est votre rôle.
Absolument. Je ne veux pas me complimenter, mais je pense que j’ai fait partie de ceux qui, avec la Banque de France, ont contribué à ce que depuis le début de l’année, un effort soit fait au niveau mondial, pour harmoniser les conditions dans lesquelles les établissements financiers rendaient compte de leur situation.
De ce point de vue là, les établissements financiers français ont été pilotes et exemplaires, et je voudrais quand même le dire, parce que c’est vrai que pour pouvoir agir sur les événements, il faut comprendre ce qui se passe. Pour faire cela, il faut avoir une certaine transparence du dispositif.
Cette crise aura incontestablement accompagné l’évolution vers plus de transparence. Ce n’est pas terminé, nous avons des tas de sujets à traiter en matière de comptabilité en particulier, en matière de ratio de fonds propres. Tous ces sujets sont en cours d’examen par les régulateurs, mais je voudrais dire que dans cet univers très difficile, où les compétitions s’égrènent et où les pouvoirs sont multiples, nous avons vraisemblablement joué un certain rôle pour faire progresser le dispositif.
Lorsque la ministre de l’Economie dit ce matin sur BFMTV « il n’y a pas d’inquiétude à avoir sur les banques françaises », est-ce que vous partagez ce sentiment ?
Je ne suis pas régulateur bancaire, je suis régulateur de marchés.
Oui, mais elles sont côtées.
Oui, mais les banques françaises, côtées, rendent compte de leur situation de manière tout à fait remarquable. Elles ont été pilotes en matière de transparence et par conséquent, on a toutes les données relatives à leur situation. On sait qu’elles ont été moins exposées aux excès que nous avons vu aux Etats-Unis.
A partir de là, je pense que Christian Noyer [président de la Commission bancaire, NDLR] est le mieux placé pour en parler. Il l’a fait récemment et, par conséquent, je n’ai pas de raison de douter une seconde de ce qu’il dit, de ce que le Ministre dit. Je ne suis pas superviseur bancaire, mais j’ai une confiance absolue dans la robustesse des banques françaises.
Il n’y aura donc pas de plan équivalent, à moindre échelle évidemment, de ce qui se passe aux Etats-Unis ?
Je ne peux pas m’exprimer sur un sujet qui n’est pas le mien. Je ne peux pas dire autre chose que les banques françaises sont bien capitalisées, robustes, leurs comptes sont connus, transparents et bien contrôlés. Elles sont gérées d’une manière tout à fait remarquable. Je ne peux pas aller plus loin.
Les deux candidats à l'élection présidentielle américaine, John McCain et Barack Obama, ont tous les deux demandé la tête du patron de la SEC. A votre avis, est-ce que d’une manière ou d’une autre, les régulateurs européens dont vous faites partie, ont un moyen de peser sur la réorganisation nécessaire de la SEC, après ce qui s’est passé ?
Sûrement pas de peser.
Est-ce qu’il faut changer les règles du jeu de la SEC ?
Cela ne nous appartient pas. La SEC est un établissement américain qui sera traité par les autorités américaines. Ce que je peux vous dire c’est que les Américains sont en train de reconsidérer leur système de régulation, qu’ils ont engagé une mission sur ce sujet, qui est piloté par le Trésor américain et qu’ils consultent leurs homologues pour réfléchir sur la façon d’organiser les choses.
Je pense que dans les temps qui viennent, lorsque la nouvelle présidence sera en place quelle qu’elle soit, il y aura effectivement des réformes de la régulation américaine. Cela dit, c’est une décision qui appartient aux autorités de ce pays.
La grande question est de savoir s’il y a des rapports de force, donc savoir si vous pouvez peser, contre-balancer. On voit bien que vous n’avez pas pu faire grand-chose par rapport à ce « turmoil ». Il y a aussi les autorités du marché chinois dont on parle très peu. Est-ce qu’elles sont prêtes à plus de régulation, ce n’est pas tellement dans l’air du temps à Pékin ou du moins à Shanghai ?
Les autorités chinoises participent de plus en plus au concert international. Je vous donne un exemple, le vice-président du comité exécutif de notre organisation internationale est mon homologue chinois. Les Chinois sont de plus en plus présents dans les instances internationales. Ils ont des méthodes et des principes qui s’alignent de plus en plus sur les méthodes internationales et ils sont de plus en plus associés aux discussions.
C’est l'un des enjeux de la discussion au niveau international. Il faut sans doute que nous élargissions les concertations. Je pense que l’ère du seul G7 est probablement une ère qu’il faudra clore un jour, en reconnaissant que dans le débat mondial, ont leur place de très grandes économies comme la Chine, l’Inde ou peut-être certaines économies d’Amérique Latine ou d’Afrique. C’est un des enjeux des discussions internationales à venir.
Est-ce qu’il faut à votre avis plafonner, limiter, encadrer, contrôler, les rémunérations des grands dirigeants ? Parce qu’on a vu que c’était l’une des raisons de cette folle spéculation qui a saisi Wall Street ?
Il y a deux sujets. Il y a la logique qui prévaut à la détermination de ces rémunérations, incontestablement, il faut revoir cette logique. Elle a été beaucoup trop « court-termiste » et elle a permis le développement de comportements d’avidité qui étaient tout à fait mal venus.
Il y a aussi le problème des montants qui est très difficile à régler. Ceux qui détiennent la règle finale ce sont les actionnaires. A titre personnel, je suis absolument choqué par certains des développements que nous avons vu à l’étranger et même en France.
Michel Prada
Président de l'AMF.
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Michel Prada : « Les dispositifs financiers européens ont toujours été assez sûrs »

