François Lenglet : Lundi 8 mars, c’est deux fois votre journée : d’abord il y a un grand colloque international organisé à Paris par le président, Nicolas Sarkozy, sur le nucléaire civil, auquel vous assistez bien sûr. C’est aussi la journée des femmes. On va commencer par le nucléaire. (Je précise que cet entretien a été enregistré, justement parce que vous êtes mobilisée par cette rencontre internationale.)
On a l’impression d’assister depuis cinq ou dix ans, et à fortiori depuis vingt ans, au retour en grâce du nucléaire civil, qui n’est plus aujourd’hui stigmatisé, considéré comme dangereux ni critiqué par les écologistes. Vous avez réussi à inverser complètement l’image de cette technologie.
Anne Lauvergeon : L’image du nucléaire correspond b…eaucoup plus aujourd’hui à sa réalité, on y a beaucoup travaillé effectivement, un peu partout dans le monde. Il apparaît maintenant non pas comme la solution mais comme une partie de la solution à la fois pour résoudre le problème urgent qui est de fournir de l’électricité à un maximum de gens – je rappelle que nous sommes de plus en plus nombreux sur cette planète –, pour le faire en produisant de moins en moins de CO2 et dans une grande indépendance.
Les pays recherchent à nouveau l’indépendance énergétique, ils savent que beaucoup de menaces peuvent peser sur l’énergie si elle dépend de l’extérieur. Le nucléaire, on le produit dans son pays, avec une vraie indépendance.
Mais qu’en est-il des déchets : vous avez finalement résolu le problème ?
Il est vrai qu’on en parle beaucoup moins. Chez Areva, nous savons le faire, nous les recyclons. On recycle 96 % d’un combustible usé. On introduit très peu de matière chaque année, il y a donc peu de déchets. Il nous en reste 4 %, qu’il faut certainement stocker géologiquement. C’est le choix des pays scandinaves, des Etats-Unis aussi. C’est le choix vers lequel s’achemine la France, dans un laboratoire.
Il y a eu un grand débat public en 2006, un vote au Parlement, et les choses avancent. Il y a eu une dédramatisation. C’est peut-être pour cela d’ailleurs que la perception est différente. Je crois que le plus terrible, avec le nucléaire, ç’a été les tabous, le fait que l’on avait effectivement instauré une forme d’omerta, qui venait de l’industrie nucléaire elle-même, qui était bunkerisée, mais aussi d’anti-nucléaire qui étaient eux-mêmes dans des postures extrêmement radicales.
Combien y a-t-il de réacteurs, justement ?
446.
Des constructions sont prévues ?
Grosso modo, on prévoit le doublement de la capacité nucléaire mondiale d’ici à 2030. Certains disent beaucoup plus ; en Grande-Bretagne, par exemple, il y aurait plus de 1 000 nouveaux réacteurs à construire d’ici à 2030. Je prends notre propre scénario.
[...]

+0,1%
