Jean-Michel Severino : En fait de manière assez diverse. Il y a une partie importante du monde en développement, notamment les grands pays émergents, qui a réussi à continuer à tirer la croissance internationale, c'est le cas des pays asiatiques, avec quelques exceptions. Le Mexique a fait un grand plongeon, du fait notamment de son exposition aux exportations vers les Etats-Unis.
Je dirais aussi que, par ailleurs, les pays les plus pauvres, notamment ceux d'Afrique subsaharienne, ont connu un choc significatif, mais néanmoins ont conservé une croissance économique positive cette année. Donc en fait on peut dire que la plupart de ces économies ont fait preuve d'une résilience assez importante, rebondissent assez bien.
D'ailleurs les perspectives pour 2011 sont assez orientées, et ceci est un signe économique des temps qui doit être entendu de manière particulièrement claire.
Malgré tout il y a toujours la question de l'aide au développement qui se pose, et notamment cette problématique que vous mettez en avant : comment mieux aider ces pays en voie de développement, comment dépasser le traditionnel financement fait de dons publics ? On le rappelle 2 300 milliards de dollars d'aide publique dépensés en 50 ans, pas toujours d'efficacité...
Voilà une idée reçue qu'il faut combattre, parce que cette aide publique au développement, qui n'est pas si importante que ça, ramenée à des flux annuels et au PIB des pays donateurs, d'ailleurs des pays bénéficiaires, a donné des résultats très importants. Elle a joué un rôle massif dans le décollage de l'Asie. On l'oublie aujourd'hui, mais la Corée a été un pays parmi les plus aidés du monde à la fin des années 50 du fait des aides américaines puis japonaises. Donc l'Asie du Sud-Est a été puissamment aidée.
Ça a été le cas également de l'Amérique latine. Quant au continent africain, il est vrai aussi que sa croissance économique a été extrêmement modeste, voire même négative dans les années 80 et 90. Mais c'est aussi en raison d'un choc macroéconomique massif, dû à la chute des cours des matières premières, que l'aide publique au développement ne pouvait pas compenser à elle toute seule. Elle ne pouvait pas renverser les perspectives de croissance de ces pays.
En revanche, ce qu'a fait cette aide pendant ces années 80 et 90, à la hauteur des moyens qui lui étaient alloués, c'était amortir les chocs sociaux, refinancer les finances publiques de ces pays. On voit aujourd'hui, après 15 à 20 années pénibles, les fruits de cet effort patient enfin arriver, puisque depuis le début de la décennie, la croissance économique du continent africain a été significative, au-delà de 5 %. Bien entendu, en 2008 nous avons eu un choc international qui explique une baisse de cette performance.


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