
Patrick Adiba : Absolument, nous avons commencé avec les Jeux de Barcelone, en 1992.
Ça consiste en quoi la gestion des systèmes d'information des Jeux olympiques ?
En fait, nous sommes l'intégrateur, nous intégrons toutes les technologies, tous les systèmes et les personnes qui sont nécessaires pour préparer puis diffuser les résultats des Jeux olympiques, et c'est un travail qui prend environ cinq ans. On démarre cinq ans avant la cérémonie d'ouverture.
Des aspects techniques très pointus, expliquez-nous un peu en quoi ça consiste ?
Pour les Jeux olympiques, on fait énormément de tests en plus de développer les systèmes. Nous avons fait plus de 100.000 heures de tests tout au cours de ces années. En particulier, deux simulations en grandeur réelle, dont la dernière a eu lieu en décembre, pour simuler en fait tous les problèmes potentiels que l'on peut imaginer et voir si les équipes et les systèmes sont prêts à y répondre.
Que simulez-vous ? Un incendie ? Un acte terroriste ? Une intrusion... ?
On simule par exemple un problème sur les réseaux informatiques, un problème de perte de courant électrique, mais aussi des choses comme une intoxication alimentaire qui empêche les personnels d'arriver à temps ou un problème d'intempéries qui fait que l'on n'a pas les gens pour opérer les systèmes.
On simule tout ce genre de choses, on a imaginé plus de 600 scénarios, inspirés des Jeux précédents, le résultat fait que fin décembre les systèmes et les gens sont prêts à démarrer dans quelques heures cette compétition.
Il y a autant d'autres plans que de scénarios...
On a plusieurs scénarios. En fait, selon la criticité des systèmes, on a jusqu'à quatre niveaux de redondance, des systèmes qui sont dupliqués quatre fois. Si le système A ne fonctionne pas, on passe au B, puis au C, au D. La chose ultime, c'est de ne jamais perdre les résultats d'une compétition, on ne peut pas rejouer la compétition parce que les systèmes n'étaient pas prêts.
Certains systèmes sont seulement avec une redondance de deux ou trois niveaux, par exemple le centre de contrôle de la technologie peut être complètement déporté à un autre endroit en cas de problème de quelque nature que ce soit. Tout a été prévu pour que les spectateurs et les athlètes puissent profiter au maximum des Jeux.
Pour que l'on comprenne bien l'immensité de la tâche d'Atos Origin durant ces JO d'Hiver : gérer 130 000 personnes accréditées, 6 millions de détenteurs de tickets et presque 4 milliards de téléspectateurs, c'est un exercice très délicat ?
Tout à fait, et on ne s'arrête jamais, depuis le 28 janvier nous sommes en opération 24 heures sur 24, puisque les athlètes, les journalistes, etc., sont déjà sur place et, lorsque les Jeux arrivent, c'est l'instantanéité, il ne doit y avoir aucun problème, on a plus de 3000 personnes d'ailleurs dans nos équipes qui travaillent jour et nuit pour assurer cette continuité de service.
Notre spécialiste Anthony Morel a visité le centre névralgique où toute l'information est gérée à Vancouver. Il me disait qu'il y en avait une réplique à l'identique dans un endroit complètement inconnu...
Absolument. Tous les systèmes sont complètement dupliqués à un endroit qui est séparé du centre actuel, en cas de problème, d'incendie, quelles que soient les raisons qui pourraient nous empêcher d'opérer à partir du centre actuel, on peut se déporter très rapidement sur ce deuxième centre, de manière à ce qu'il n'y ait aucune interruption et que les spectateurs et les athlètes ne se rendent compte de rien.
Est-ce que les Jeux olympiques sont une rente de situation pour Atos Origin ?
Absolument, le partenariat avec les Jeux olympiques est quelque chose de très important pour nous au niveau motivation de nos équipes, au niveau développement de nouvelles technologies très innovantes, et comme nous partageons les valeurs du mouvement olympique, ça permet de créer ensemble un certain nombre de choses.
A Vancouver, nous nous sommes beaucoup focalisés sur la protection de l'environnement, sur le développement durable, qui est maintenant à la mode mais ça fait longtemps que le comité olympique s'y intéresse. Nous avons d'ailleurs obtenu une reconnaissance de la part de Vanoc (le comité d'organisation) dans le domaine des sociétés ayant permis d'améliorer la protection de l'environnement et le développement durable pendant les Jeux.
Motivation des équipes aussi, c'est un point important de gérer les Jeux olympiques quand on veut recruter. C'est plus facile pour un jeune, pour un ingénieur, de vous démarcher quand il y a les JO en filigrane, en portefeuille ?
Absolument, on l'a bien vu en Chine, lors des Jeux d'été à Pékin. On l'a vu ici, a eu énormément de candidatures, la majorité de nos équipes étant effectivement locale. On a aussi un programme d'étudiants : on associe toutes les universités qui nous intéressent de par le monde, on envoie des étudiants pendant les Jeux, pour être associés à ces JO et, en même temps en parler à leurs collègues et faire un peu la promotion d'Atos Origin au sein des universités.
On parle d'un contrat d'un montant de quelque 300 millions d'euros, un peu moins cher que les JO d'été, vrai ou faux ? Est-ce que c'est un contrat rentable ? Les JO sont-ils vraiment une formidable vitrine pour Atos Origin ?
Oui, absolument, dans la mesure où nous sommes la seule société à être business to business, on utilise les Jeux comme une vitrine pour montrer à nos clients ce que nous sommes capables de faire. Ça nous permet de raccourcir le cycle de vente, puisque bien sûr, si on est capable de faire ça pour les Jeux olympiques, on est capable de le faire pour n'importe quelle autre société. Cela nous permet de gagner des contrats, mais surtout d'accélérer le cycle de vente.
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