Interview de Philippe de Vandière, analyste chez IG Markets.
CercleFinance, le 29/01/10
(CercleFinance.com) - L'indice CAC 40 a chuté de près de 9% entre ses plus hauts et ses plus bas du mois de janvier. Alors que les spécialistes s'interrogent sur la nature de cette correction, partagés entre l'hypothèse d'une pause salutaire et celle d'un repli durable, Philippe de Vandière, analyste marché chez IG Markets, livre à Cercle Finance quelques explications pour décrypter la consolidation en cours.
Cercle Finance: Quels sont les facteurs à l'origine de la récente correction?
Philippe de Vandière: Les marchés financiers ont subi de plein fouet les rappels à l'ordre de plusieurs dirigeants mondiaux. En Asie, Pékin a appelé à une restriction du crédit par le biais d'un relèvement des réserves obligatoires. Aux Etats-Unis, Obama a réclamé une limitation des activités de trading des grandes banques, ainsi qu'un strict encadrement de leurs métiers. D'autres facteurs, comme la mise en garde de Standard & Poor's à l'encontre du secteur financier britannique, ont également joué. Tous ces éléments se sont directement répercutés sur les Bourses, car les valeurs bancaires sont fortement pondérées au sein des indices boursiers internationaux.
CF: Ces avertissements augurent-ils d'un prochain durcissement monétaire?
PdV: Les aides massives accordées par les Etats au plus fort de la crise ont pour conséquence un retour de l'inflation. Face à un niveau de liquidités abondantes, un prochain resserrement n'est pas à exclure. Il est toutefois peu probable qu'un relèvement de taux intervienne dès le premier semestre, tout particulièrement si les marchés ne parviennent pas à retrouver une pente ascendante. Ceci est particulièrement vrai aux Etats-Unis, où Wall Street joue un rôle crucial pour l'économie. La dynamique est différente dans les pays émergents, où les autorités doivent faire face à une croissance explosive. Selon le FMI, le PIB chinois devrait ainsi croître de près de 10% cette année. Ce chiffre tranche avec la croissance de 1% attendue dans la zone euro en 2010.
CF: De bons résultats d'entreprises peuvent-ils refaire partir les marchés à la hausse?
PdV: La saison des résultats trimestriels s'est pour l'instant avérée meilleure que prévu, comme l'illustrent les dernières publications de General Electric ou Apple. En fait, les entreprises ne font que tirer parti des mesures de réduction de coûts qu'elles avaient engagées en 2009, mais leur marge de manoeuvre est désormais très limitée. Il va maintenant falloir surveiller les ratios de chiffre d'affaire pour savoir si la reprise est bien réelle.
CF: Quelle stratégie adopter?
PdV: Certains secteurs devraient bénéficier de l'environnement de taux faibles et dégager des niveaux élevés de trésorerie en 2010. C'est le cas de la pharmacie, qui est en mesure de générer un 'free cash flow' de l'ordre de 20%. La thématique des marchés émergents est également très porteuse. Ces pays ont accumulé un retard considérable par rapport aux Etats-Unis ou à l'Europe, ce qui leur confère d'importantes perspectives de croissance. La présence dans les marchés émergents est d'ailleurs devenue un élément clé de la performance des grands groupes occidentaux, comme Pernod Ricard. Il est probable que les opérations de croissance externe se multiplieront dans la zone.
CF: L'analyse technique peut-elle aider à la prise de décision?
PdV: L'analyste technique s'avère utile en période de consolidation afin de trouver des points d'entrée intéressants. L'enfoncement du support des 3910 points constitue à ce titre un mauvais signe pour le CAC 40. Notre analyste technique, Vincent Ganne, voit d'ailleurs l'indice redescendre en direction des 3550 points à court terme. Nous n'attendons rien de bon sur les marchés jusqu'au mois de mars, date à laquelle les investisseurs devraient disposer d'indications plus claires quant à la politique monétaire. Dans une optique prudente, IG Markets table sur un indice CAC autour de 4100 points fin 2010.
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