
Christian de Boissieu : Il ne faut pas non plus chercher la précision exacte, même si on a dit 35 milliards d'euros. Pour moi, c'est un assez bon équilibre entre deux considérations un peu opposées ou contradictoires. D'un côté, c'est un grand emprunt, donc il ne s'agissait pas, à mon avis, de s'arrêter à 15 ou à 20 milliards, je trouve qu'avec 35 milliards on atteint en quelque sorte la taille critique qui permet de faire des choses face à la considération un peu opposée, on ne pouvait pas aller trop loin compte tenu de l'état de nos finances publiques.
Faire des percées sur des thèmes de croissance, des ruptures... Je veux que vous en choisissiez deux ou trois qui vous tiennent particulièrement à cœur, parce que j'ai eu l'impression de lire un peu un catalogue...
On a essayé d'éviter le saupoudrage, il y a quand même une assez forte concentration sur tout le bloc enseignement supérieur, recherche et innovation, en particulier venir abonder en quelque sorte le capital, j'ose parler de capital, d'un certain nombre de pôles d'excellence en matière d'enseignement supérieur et de recherche.
On a évoqué entre 5 et 10 pôles d'excellence, dans notre esprit on pourrait aller jusqu'à 10 mais pas tellement au-delà, parce qu'il faut éviter le saupoudrage, pour faire des percées, pour conserver les chercheurs qui ont tendance à partir, pour essayer d'attirer ou d'attirer à nouveau ceux qui sont déjà partis, pour faire des percées sur des sujets qui conditionnent notre positionnement français dans les années qui viennent sur les grands thèmes de la recherche et de l'innovation et, donc, de la croissance.
Qui va gérer ces 35 milliards d'euros ?
On propose de mettre en place un comité de surveillance dans l'application des recommandations du grand emprunt, sur les différents sujets évoqués, sur les sept axes qui forment les propositions.
Ça marche comme une Cour des comptes ? Est-ce qu'on peut dire ça ?
Non, c'est quelque chose que l'on a créé justement pour être relativement ou très indépendant et pouvoir valoriser la compétence scientifique et l'excellence, avec une composition triparties de ce comité de surveillance, c'est-à-dire des parlementaires, des personnalités qualifiées et des représentants des administrations. C'est notre proposition, l'idée, c'est que ce comité de surveillance doit assurer la bonne exécution, vérifier que les sommes sont bien utilisées là où elles ont été autorisées.
Le comité devra donc aborder le problème de la traçabilité des fonds, bien vérifier que ces sommes ne servent pas à autre chose. Il s'agit évidemment d'éviter que les sommes au titre du grand emprunt servent à financer des dépenses courantes pour tel ou tel ministère, ce pour quoi elles n'auraient pas été votées. Enfin, rendre la responsabilité, la transparence, il va falloir que l'on rende des comptes parce que 35 milliards d'euros au service des dépenses d'avenir, ce n'est pas négligeable.
En combien de temps est-ce qu'on dépense ?
On va voir, sur plusieurs années bien sûr.
Ça veut dire qu'on ne cherche pas un choc d'investissement ?
L'Etat va emprunter en une fois, ce qui est l'hypothèse la plus probable, début 2010 ou dans le su premier semestre personne ne connaît la date, ça va dépendre des conditions de marché.
La question, c'était choc d'investissement, dont on parlait à un moment. Si on dépense ça tranquillement au fil des années, ce n'est plus la même question...
Non, on va démarrer assez vite, mais j'insiste sur un point, ce n'est pas moi qui l'ai dit, ça a été dit dès le début par le président de la République et par le gouvernement, ce grand emprunt n'est pas un deuxième plan de relance. Il n'est pas là pour nous aider à sortir, dans les six mois qui viennent, de la crise, il est là pour préparer la croissance de l'après crise.
Donc certes, il s'agit d'exécuter les propositions assez vite, en démarrant dès le début 2010, étant entendu qu'il s'agit d'une rentabilité pas uniquement financière, même si la rentabilité financière peut être importante, il s'agit d'une rentabilité socio-économique.
N'y a-t-il pas un petit regret sur le fait que les Français ne soient pas associés à cette histoire ?
La décision finale n'est pas prise, elle le sera par le président de la République, le gouvernement avec consultation du Parlement. Chacun à son avis personnel, je comprends bien l'argument qui consiste à dire qu'il faut réduire les coûts, pour cela, il faut donc passer par les marchés. En même temps, une petite dimension nationale ou populaire, pourquoi pas...
Je comprends que « la messe n'est pas dite » sur cette question...
Il faut imaginer un système mixte avec l'essentiel, passant par les marchés, les banques, et par une partie significative -loin d'être majoritaire- ouverte au public, ce n'est pas la proposition de la commission, dont je respecte l'avis, et je suis globalement très satisfait avec ce travail qui s'est déroulé dans de très bonnes conditions, sur une période de temps relativement courte.

-0,9%
