Fabrice Lundy : Ces
chiffres vous inquiètent-ils ?
Jean-François Gabilla : Ces chiffres ne me surprennent pas car nous les attendions. Le premier semestre 2008 a été mauvais, avec 28% de baisse, et les premiers sondages que j’ai pu faire auprès des différents promoteurs membres de la Fédération montraient que le deuxième semestre ne serait pas meilleur. Nous nous attendions à un chiffre compris entre 30 et 35% de baisse, donc sans être une bonne nouvelle, ce n’est pas une surprise. C’est bien sûr toujours ennuyeux lorsque votre marché est en train de baisser de 30%, mais ce qui m’a le plus ennuyé, c’est que nous pensions que cette baisse allait affecter uniquement le marché de l’investissement locatif. Nous voyons qu’il a aussi touché le marché de la résidence principale. C’est dû en partie au fait qu’il y a une plus grande difficulté d’accès aux crédits bancaires, à la fois par la politique de resserrement de flux des banques et par le durcissement des conditions d’attribution.
Après la crise
financière, la France est elle dans une situation de crise immobilière ?
J’irais même au-delà, est-on dans un début de krach immobilier
?
Non. Je récuse formellement ce terme de krach. On peut
discuter sur le terme de crise mais certainement pas sur la notion de krach. Il
est certain que le marché n’est pas bon et qu’il va probablement rester mauvais. Je souhaite cependant attirer votre attention sur le terme de
stock de logements que vous avez évoqué en préambule. Je n’utilise pas le terme
de logement parce qu’en réalité, il y a aujourd’hui 110 000 logements qui
sont proposés à la vente, mais 52 % de ces logements, donc plus de 50 000,
ne sont pas encore construits ou n’ont même pas encore fait l’objet d’un
démarrage des travaux. La réalité est que le stock de logements terminés,
c'est-à-dire vraiment disponibles sur le marché, est de moins de 3 500. C’est
donc une situation très saine.
Revoyez-vous
néanmoins vos prévisions pour l’ensemble de l’année 2008 ?
Oui bien sûr. Il est évident qu'on avait l’espoir d’une certaine stabilisation parce que la baisse du premier trimestre avait été relative par rapport au premier trimestre 2007, qui avait été un excellent trimestre. Mais lorsque l’on voit ce qui vient de se passer il est évident que nous sommes dans une situation plus délicate. Nous révisons donc nos chiffres car nous pensions que l’on atteindrait environ 105000 à 110000 ventes en 2008 et nous avons maintenant une tendance qui serait plutôt de 90000 à 95000.
Quelle est la
différence principale entre la France et les autres pays touchés que sont les
Etats-Unis, le Royaume-Uni, l’Espagne ?
Il y en a plusieurs. D’une part, en France, les crédits se
font en fonction des revenus des personnes et non pas en fonction de la valeur
du bien. Cela veut dire qu’il n’y a pas de risque de surendettement ou
d’impossibilité de rembourser les crédits comme on peut le voir en
Grande-Bretagne ou aux Etats-Unis actuellement, et donc pas de risque
d’effondrement des prix dans ce domaine. D’autre part, l’essentiel des prêts
bancaires, c'est-à-dire environ 85%, sont à taux fixes ce qui évite les
risques de dérapages et de non-maîtrise. Je récusais le terme de krach car je
souhaite également souligner que lorsque l’on parle de krach on parle
d’effondrement des prix, et ce que vous n’avez pas indiqué dans les chiffres du
deuxième trimestre, c’est que malgré la baisse des ventes, les prix ont augmentés
de 3,7% sur un an, ce qui veut dire que l’on va vers une stabilisation. A part
une baisse ponctuelle sur telle ou telle opération qui restera marginale, cela
veut dire que l’on est plutôt dans une phase de stabilité des prix alors que le krach traduit généralement un phénomène d’effondrement des prix que nous
n’attendons absolument pas.

