Stéphane Soumier : Vous avez pour habitude de dire que cette fameuse innovation, qui porte l’économie dans la plupart des secteurs d’activité, est beaucoup plus compliquée à gérer lorsqu’il s’agit du tourisme. Et visiblement les chiffres de cet été en sont une forme de démonstration.
Didier Arino : On parle en effet beaucoup du tourisme, mais on ne fait pas beaucoup de choses pour le développer dans notre pays. On ne peut pas dire qu’il y ait une véritable politique hexagonale qui va dans ce sens.
Comment ça ? On est pourtant médaille d’or dans le domaine.
Il faut arrêter de dire que l’on est médaille d’or. Nous sommes numéro 3. Nous ne sommes que médaille de bronze.
Qui est devant nous ?
Les Etats-Unis et l’Espagne sont largement devant nous en
termes de consommation touristique.
Pourtant, nous en avons parlé plus tôt, l’Espagne s’est pris une «claque» cet été, au moins au mois de juillet.
Ils ont beau se prendre une claque, en termes de chiffre d’affaires généré par le tourisme, ils sont très nettement devant la France. Leur tourisme pèse 16% du PIB, alors qu’il ne pèse que 6% en France. Il pesait 7% chez nous il y a moins de dix ans, donc cela veut dire qu’il y a régression. En fait les chiffres que l’on nous donne ne veulent pas dire grand-chose.
C’est parce qu’on nous traverse ?
Exactement ! On est au cœur de l’Europe, on a donc une clientèle qui nous traverse et, surtout, les dépenses y sont insuffisantes. Cela dit, il est incontestable que la France est une belle destination touristique. Mais nous ne sommes que troisièmes en termes de chiffre d’affaires, et c’est le seul critère qui importe. On a beaucoup de touristes mais ils ne dépensent pas beaucoup.
Que retenez-vous de cette saison touristique en France ?
La recette d’une belle saison touristique se compose de
trois ingrédients. D’abord, il faut une envie des Français et des étrangers de
partir en vacances, et cette année l’envie y était. Le deuxième ingrédient est
une certaine croissance économique, et là, on peut dire que l’on a eu des
touristes avec un pouvoir d’achat en berne.
Le troisième ingrédient est une
météorologie favorable, elle a été exécrable sur une bonne partie de notre
territoire. Au final, on a donc une baisse des nuitées de 2%. Mais ce n’est pas
dramatique, car on a quand même une augmentation de 3% du chiffre d’affaires
grâce au succès des formules d’hébergement les plus qualitatives.
Qu’est ce que cela signifie ? Que l’on part moins, quitte à dépenser plus ?
Oui, exactement. On part moins longtemps en choisissant des
hébergements de qualité, plutôt des 3 ou 4 étoiles, ce qui devient de plus en
plus le standard. Et lorsqu’il s’agit de villages de vacances, les gens
choisissent plutôt des structures qui ont été rénovées.
L’idée est que les personnes qui passent des vacances en France ne veulent surtout pas prendre de risques ?
Oui, car quand l’argent vient à manque. On est extrêmement
vigilant sur ses choix. Les Français comparent beaucoup. Ils comparent en
moyenne sur six ou sept sites Internet avant de faire leur choix. Et ils
attendant beaucoup, parfois jusqu’à la dernière minute, pour trouver la bonne
affaire ou le séjour au juste prix. Cet été, 15% des nuitées en hébergement
marchand ont été vendues en promotion. C’est considérable. Les opérateurs ont
su s’adapter aux attentes des Français.
S’adapter peut-être, mais s’ils ont vendu 15% de leur marché en promotion c’est qu’ils n’avaient pas le choix ? Il va bien falloir récupérer les marges quelque part !
Non, ils n’avaient pas le choix car ils ont augmenté les
prix de 30% en quatre ans. Il y a eu une augmentation considérable sur cette
période mais, dans le même temps, le pouvoir d’achat des Français n’a pas
augmenté de 30%. Ces derniers ont donc été contraints de faire des arbitrages
sans renoncer à la qualité de l’hébergement. Ils cherchent le meilleur prix,
quitte à changer de destination au dernier moment.
On a aussi des Français qui
sont devenus « météo sensibles ». Ils regardent la météo et si la
semaine suivante il ne fait pas beau, ils diffèrent leur séjour ou le raccourcissent.
C’est un phénomène d’« expertise » des Français qui est considérable.
On n’avait jamais vu cela. Il faut noter également que, cette année, 75% des
Français ont déterminé un budget pour leurs vacances, alors qu’ils n’étaient
que 60% à le faire il y a cinq ans.
Pour vous, qui êtes spécialiste, quelle serait la clé pour la saison prochaine et pour les deux ou trois ans qui viennent ?
La clé, c’est d’investir, de renouveler l’offre et de l’adapter aux attentes des familles pour l’été. On le voit avec les parcs de loisirs, qui ont très bien su le faire. Moralité, il y a un engouement extraordinaire pour les grands et beaux sites, comme le Futuroscope de Poitiers, ou Vulcania, le succès de l’année avec une augmentation de 20% de son chiffre d’affaires, au lieu de multiplier les visites de petits sites.
Et le tourisme bio ou rural, dans lequel on a voulu nous faire baigner à un moment, c’était un feu de paille ?
C’est un tourisme de niche. Les touristes sont très
sensibles à l’environnement, mais cela n’est pas le seul critère. C’est la
petite cerise sur le gâteau. Ce qu’ils veulent c’est une qualité, un confort,
des animations, des activités, du tout-compris et du tout sur-place.

