Stéphane Soumier : Thierry Koskas, le directeur du programme véhicules électriques de Renault, est avec nous ce matin. Est-ce que vous n'avez pas le sentiment de porter l'avenir de l'entreprise sur vos épaules ?
Thierry Koskas : Il est vrai que c'est un axe stratégique très important de Renault, on investit beaucoup dans le véhicule électrique. On travaille en même temps sur le reste de la gamme, mais notre président en a vraiment fait une priorité stratégique.
Etes-vous conscient du fait que nous, consommateurs, nous sommes complètement perdus ?
Les premiers véhicules électriques Renault sortent début 2011, et on a donc encore un peu plus d'un an pour continuer à expliquer la façon dont ça va marcher.
Mais vous nous dites blanc pendant que d'autres constructeurs disent noir, on est perdus entre les stratégies industrielles, entre le tout-électrique, l'électrique rechargeable, l'hybride, l'hybride rechargeable ; certains nous disent qu'il faudra des ruptures encore plus importantes...
On a beaucoup expliqué pourquoi on pense que le véhicule électrique est la solution de l'avenir, à la fois parce qu’il est totalement propre, qu’il n’y a absolument aucune émission, et parce qu’il sera économique à l'achat et à l'usage. Cela nous semble être deux points très importants, et c’est pourquoi nous pensons que ce sera vraiment un véhicule de masse et populaire.
Je vais donc entrer dans une concession Renault et faire, pour un véhicule électrique, à peu près le même chèque que celui que je ferais pour une voiture de gamme équivalente ?
Oui, à l'achat, notre objectif est d'avoir des prix équivalents à ceux des véhicules thermiques de même catégorie ; ensuite, à l'usage, en comptant à la fois le loyer de la batterie et l'électricité, il faut que cela vous revienne au même prix voire moins cher que l'essence que vous payez pour votre voiture thermique.
Quelle est la différence de prix entre le kilomètre en électrique et le kilomètre en essence ?
On est sur un rapport de un à cinq à peu près, c'est-à-dire qu’un plein d'électricité pour faire jusqu'à 160 kilomètres vous coûte 2 euros, ce qui est beaucoup moins cher que ce que vous coûte l'essence pour faire la même distance.
Je n'ai aucune idée de ce que me coûte l'essence pour faire 160 kilomètres...
Cela va vous coûter à peu près 10 euros, c'est à dire cinq fois plus cher.
Et c'est dans cette marge que vous allez caser la location d’une batterie qui coûte aujourd’hui 10 000 ou 15 000 euros ?
Elle coûte moins cher que cela. En fait, ce sont des objets qui durent très longtemps, on va donc calculer les loyers sur des périodes très longues, ce qui fait qu’il sera en fin de compte largement inférieur à 100 euros par mois.
Est-ce que la clé de la réussite tient au fait que le consommateur ne soit pas déboussolé au niveau des prix ?
Absolument, on veut surtout en faire un véhicule populaire : au-delà du fait qu'il est totalement propre, il faut que le client y trouve un intérêt économique, qu’il dépense moins que pour un véhicule thermique.
Selon vous, l'idée de préserver la planète en roulant en voiture électrique Renault ne suffit pas ?
Il y aura certainement des clients, notamment au début, qui voudront vraiment acheter ces véhicules pour des motifs écologiques, mais si l’on veut en faire un véhicule électrique populaire, on ne peut pas faire de l'écologie une dépense supplémentaire, quelque chose de très cher pour le client. Il faut que ce soit également économique.
On reste bien sur un véhicule urbain à recharger la nuit ? Cela reste la contrainte de base ?
L'autonomie est de 160 kilomètres, ce qui permet d’aller largement au-delà des villes. L'idée est que vous puissiez faire des allers-retours entre votre travail et votre logement.
Oui, mais si je suis parisien, lyonnais ou marseillais et que je me gare dans la rue, où est-ce que je recharge ma voiture ? Il faut des infrastructures...
Bien sûr, on y travaille activement, en particulier avec les pouvoirs publics, pour faire en sorte que, le jour où les véhicules sortiront, il y ait des bornes. Evidemment, la priorité est d'avoir une borne à la maison, mais il en faut aussi dans les parkings, à côté des supermarchés et dans la rue. C'est notre objectif.
Les pétroliers, qui voient beaucoup plus loin qu'on ne le croit, ne pourraient pas vous aider là-dessus ?
On discute avec eux, naturellement, ils peuvent effectivement avoir un intérêt à faire partie du dispositif, pourquoi pas en proposant des bornes de recharge dans les stations-service.
J'ai l'impression que nous sommes à un carrefour passionnant de l’histoire automobile : chaque constructeur fait ses propres choix, qui vont structurer son avenir. Cela signifie-t-il que celui qui se trompera sur la voiture électrique sera perdu dans vingt ans ?
Nous pensons que nous avons fait le bon choix, que c'est vraiment le moment pour la voiture électrique, parce que la technologie des batteries a beaucoup progressé. Nous pensons qu'il va y avoir une rupture, parce que les problèmes d'environnement deviennent de plus en plus importants, et nous avons l'ambition de conduire cette révolution. C'est vrai que c'est vraiment une révolution pour l'industrie automobile.


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