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Marc Touati (Global Equities) : « Pas d'amélioration avant six ou neuf mois »

La rédaction - Good Morning Business - bfm, le 18/08/2008
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Marc Touati, directeur des études économiques de Global Equities, évoque au micro de Grégoire Favet la baisse du PIB dans la zone euro et les possibilités de récession.
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Grégoire Favet : Bonjour Marc Touati. On attend beaucoup de chiffres cette semaine en matière d’inflation mais surtout en matière de croissance dans la zone euro.

Marc Touati : Oui, et on va malheureusement avoir la confirmation que le PIB de la zone euro a bien baissé au deuxième trimestre. Selon moi, il a baissé de 0,3 % environ. Jean-Claude Trichet a d’ailleurs reconnu la semaine dernière que les résultats allaient être plus mauvais que ce qu’il avait prévu. En Allemagne, la baisse du PIB devrait être de 0,8 % environ et l’on sait déjà qu’en Italie il a baissé de 0,3 %. Et même pour la France, dont on aura les chiffres jeudi prochain [cette interview a été réalisée le 11 août 2008, NDLR], on risque d’avoir une baisse du PIB de 0,1 % environ. On voit que l’euro a pas mal baissé la semaine dernière et cela devrait continuer, car les marchés ont enfin compris que la zone euro n’est pas une terre de croissance forte, ni hier ni aujourd’hui ni même demain, et qu’un euro trop fort avec des taux d’intérêt qui augmentent, c’est très dangereux et surtout très coûteux.

Justement, faut-il voir ce rééquilibrage sur le front des devises, et mécaniquement derrière sur le front du pétrole, comme un élément rassurant pour l’avenir ou inquiétant en tant que reflet d’un ralentissement généralisé ?

C’est le reflet du ralentissement généralisé dans la zone euro, alors que les choses redémarrent doucement aux Etats-Unis, mais c’est vrai que c’est plutôt une bonne nouvelle pour l’avenir car, si l’euro recule par rapport au dollar, avec mécaniquement, vous l’avez bien dit, un pétrole qui baisse, il y aura bien sûr une amélioration de la conjoncture. Mais attention, pas avant six à neuf mois, car c’est le délai nécessaire pour que ce type de mouvements, sur les devises ou sur les taux d’intérêt, agisse sur l’activité. C’est la raison pour laquelle j’avais lancé le « StopTrichet.com ». Ce n’était pas pour le plaisir mais parce qu’il y avait un vrai danger à ne pas baisser les taux d’intérêt et, en plus, à les augmenter. Donc même si on baissait les taux d’intérêt demain et que l’euro continuait de baisser, on ne tirerait les bénéfices de tout cela que début 2009, voire plus probablement au printemps prochain. Il faut donc se préparer à vivre plusieurs mois encore de croissance molle voire de baisse du PIB, avec évidemment des conséquences en termes d’emploi et de mouvements sociaux. Tout cela, malheureusement, on le savait depuis des mois. Nos dirigeants monétaires ont refusé de l’admettre et maintenant il faut payer la facture.

Cela veut dire qu’il va falloir garder la tête froide pendant encore plusieurs mois ?

Oui, surtout chez nous. Aux Etats-Unis, bien qu'il n'y ait pas encore une croissance très forte, ils ont déjà évité la grave récession que certains avaient annoncée, et aujourd’hui leur conjoncture s’améliore progressivement. Leur croissance est assez appréciable au deuxième trimestre et elle sera encore meilleure au troisième trimestre. Cela va permettre aux marchés boursiers de se redresser progressivement, même s’il y aura encore beaucoup de volatilité, car on n’est pas maître de certaines choses comme un cyclone dans le golfe du Mexique ou ce qui pourrait se passer en Iran. Mais la tendance est globalement bonne outre-Atlantique. En revanche, chez nous, il faut se préparer à vivre une rentrée assez difficile, et cela va durer jusqu’à la fin de l’année lorsque, la BCE finira par comprendre qu'il faut baisser les taux. L’euro sera alors probablement aux environs de 1,40 dollars. En fait on réédite la même erreur qu’en 1995 ou en 2002. On nous dit à chaque fois que l’Europe va bien, qu’il n’est pas nécessaire de baisser les taux d’intérêt. Cela fait froid dans le dos car selon mes modèles on pourrait avoir une croissance inférieure à 1 % en 2009.

Le pire est donc encore à venir ?

Oui, je pense que dans la zone euro et en France le pire est encore à venir, avec des impacts en termes d’emploi, donc de revenus, donc de pouvoir d’achat. C’est là qu’est la pire difficulté. Mais fort heureusement pour les marchés boursiers, lorsque le dollar s’apprécie et que le baril de pétrole baisse, c’est plutôt une bonne tendance. Malheureusement, de notre côté, on va devoir également subir le dégonflement de la bulle immobilière, qui aura pas mal de conséquences.

Vous pensez qu’il y aura un délai assez long avant que l’amélioration de la conjoncture américaine vienne soutenir l’économie européenne ?

Oui cela va prendre du temps. De la même façon que, lorsque cela ralentit, cela prend un peu de temps avant qu’il y ait un impact dans la zone euro. Lorsque cela redémarre, cela prend même plus de temps. Si on se souvient de la dernière fois où c’est arrivé, c’était en 2002-2003, l’économie américaine redémarrait, et nous, nous avons dû attendre 2006. Le problème est là. Si on redémarre en 2009 ce ne sera déjà pas mal. Pourtant tous les économistes et les dirigeants monétaires le savent, un faisceau de politique monétaire prend six à neuf mois pour agir sur l’activité, donc si on tarde à agir on à des effets qui peuvent être très longs. Et moi c’est contre cela que je lutte. Ce mépris que l’on a à l’égard des entreprises et des ménages qui malheureusement vont souffrir à cause de ce ralentissement que l’on aurait pu anticiper. Moi je l’ai fait et pourtant je ne suis pas devin, je n’ai pas de boule de cristal. J’ai simplement regardé les indicateurs économiques de la zone euro il y a six mois, et on voyait déjà qu’on allait inévitablement vers un très fort ralentissement, voire une récession. Mais on s’est voilé la face et on a appliqué la méthode Coué comme d’habitude, et maintenant on doit payer la facture. Il faut absolument arrêter cette politique rétrograde.
Une bonne politique économique ou budgétaire, c’est une politique qui regarde vers l’avenir. En fait, on a perdu sur les deux tableaux, c'est-à-dire que l’on a de l’inflation et qu'en plus on n’a pas de croissance. Je ne vois donc pas ce que l’on a gagné avec cette politique économique. Et là on touche un problème beaucoup plus profond qui est celui de la zone euro au sens large. On a évidement bien fait de la créer, mais on a oublié qu’elle ne pouvait bien fonctionner que si c’est une zone monétaire optimale, c'est-à-dire une zone harmonisée aux points de vue fiscal, règlementaire et budgétaire. Mais cela on l’a oublié, et on est à présent bloqué avec une croissance durablement molle, voire une récession qui a peut-être même commencé dès le deuxième trimestre.

Pour terminer et pour revenir sur les estimations de croissance dans la zone euro au deuxième trimestre, que l’on va connaître cette semaine, est-ce que l’on va voir des pays qui étaient jugés comme de mauvais élèves devenir finalement les bons élèves aujourd’hui ?

Malheureusement non. Comme en Allemagne on a eu une croissance très forte au premier trimestre, cela va être très négatif au deuxième trimestre avec une baisse de 0,8 % à peu près. En France on avait une croissance trois fois inférieure à celle de l’Allemagne au premier trimestre, pour le deuxième on aura seulement une baisse de 0,1 %. Alors évidement la France est « moins mal » que les autres, mais cela n’est pas réconfortant puisque, en glissement annuel, on aura une croissance qui restera faible. Je crois que c’est le contraire : il reste de bons élèves, comme l’Espagne et l’Irlande, qui commencent d’ailleurs à souffrir, et de mauvais élèves, comme le Portugal et la France.

Finalement les positions de Marc Touati et de Jean-Claude Trichet sont en train de converger avec probablement un mouvement monétaire à la baisse ?

Oui, mais je suis à la fois satisfait et triste. Satisfait parce que Jean-Claude Trichet, sans vraiment le dire, reconnaît finalement qu’il a fait une erreur, et triste car tout ce qui nous arrive aujourd’hui aurait pu être évité.

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Crédit :



FORUM 6 avis
Marc Touati (Global Equities) : « Pas d'amélioration avant six ou neuf mois »
As usual
posté le 19/08/2008 14:22:24 par Augu1975
Mr
posté le 20/08/2008 01:18:28 par Corbo
Et voilà...
posté le 20/08/2008 10:10:18 par August1975
bravo d'être franc
posté le 19/08/2008 20:40:06 par cécilou
Guide ?
posté le 20/08/2008 10:04:38 par August1975
JE ME TROMPE.COM
posté le 22/08/2008 13:05:07 par JACKGROS
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