Fabrice Lundy : Les marchés sont secoués par la mauvaise nouvelle venue des Etats-Unis, la forte accélération des destructions d'emplois au mois de juin. Les 500 000 emplois ou presque perdus le mois dernier font monter le taux de chômage à 9,5 %.
Alexis de Bretteville, vous êtes le président pour les Etats-Unis de Michael Page, le grand cabinet de recrutement, qui est très connu. Pouvez-vous expliquer pourquoi cette hausse des licenciements, qui intervient après deux mois de baisse, est bien plus forte que ne le prévoyaient les analystes ?
Alexis de Bretteville : C'est la confirmation que la reprise n'est pas encore au rendez-vous, que malheureusement elle prendra sans doute un peu plus de temps que ne l'espéraient les meilleurs experts américains.
Je crois que c'est un processus qui va être long, sans doute beaucoup moins rapide que ce qu'on avait prévu ; aujourd'hui, on est plutôt dans une phase de W successifs. Ça monte, ça redescend, ça monte, etc., et même si l’on commence à avoir de meilleures nouvelles dans certains secteurs comme l'industrie, il est trop tôt pour parler de reprise. Je crois malheureusement que cela prendra beaucoup de temps.
Tout espoir d'une reprise économique proche est donc anéanti par les mauvais chiffres annoncés ce soir ?
Il ne faut pas non plus ramener toute l'économie américaine aux seuls chiffres des destructions d'emplois, mais il est vrai que l'on espérait des données plus proches de celles des deux ou trois derniers mois, qui montraient une amélioration. Les nouvelles de juin, notamment avec les milliers de fermetures de concessions automobiles aux Etats-Unis, ont ajouté un peu à ces mauvais chiffres, et la reprise, qui était attendue pour ce trimestre, pourrait plutôt commencer en septembre ou en octobre prochain.
On voit quand même une amélioration de certains indicateurs macroéconomiques, et en même temps le chômage continue d’augmenter...
Les entreprises sont prudentes, je crois qu'elles continuent de couper les coûts au maximum, et ces coûts, c’est souvent le personnel. Aujourd'hui, je crois qu’elles ne sont pas encore assez confiantes dans la reprise. Il y aura forcément un décalage entre la vraie reprise des carnets de commandes et l'augmentation du chiffre d'affaires d’une part et la reprise des recrutements d’autre part. Aujourd'hui, on est toujours dans la phase de coupe des coûts et d'économies maximales.
Le nombre de chômeurs aux Etats-Unis a plus que doublé depuis le début de la récession, en décembre 2007. On en est aujourd'hui à 14,7 millions de demandeurs d'emploi. Quels sont les secteurs, les domaines les plus touchés ?
L'industrie est un peu moins touchée cette fois-ci que les mois précédents. Les secteurs des services, eux, le sont énormément, 250 000 emplois y ont été perdus, ce qui est énorme. En revanche, il y a toujours deux secteurs qui vont bien, l'éducation et la santé, mais ce sont les seuls. Tous les autres sont en train de perdre de l'emploi, et le gouvernement a aussi fait perdre 54 000 emplois le mois dernier. L'ensemble des secteurs de l'économie est donc touché.
Comment les services chargés de s'occuper des chômeurs, les services d'emploi, font-ils face, compte tenu de l’accroissement du chômage ?
Cela se passe mal : l'Etat de Californie a annoncé aujourd'hui qu'il était en faillite et qu'il ne savait justement pas comment il allait payer ses chômeurs. Le déficit public est tel, même au niveau des Etats, que cela devient très compliqué ; l'un des challenges les plus compliqués du gouvernement Obama, c'est de rétablir les finances publiques dans certains Etats qui sont tout près de la faillite.
Vous êtes à la tête de Michael Page aux Etats-Unis, est-ce que vous avez quand même des raisons d'espérer ?
Oui, je crois que les Américains ont une capacité de rebond étonnante. Ils ont toujours un esprit très positif et ils sont persuadés qu'ils s'en sortiront les premiers et que cela se produira avant la fin de l'année. Ils suivent en cela Ben Bernanke [le président de la Réserve fédérale des Etats-Unis, NDLR], qui continue à marteler que d'ici deux mois tout ira mieux.
Certains bons indicateurs sont apparus depuis un mois ou deux, la Bourse a très bien marché sur le deuxième trimestre, les banques ont annoncé qu'elles avaient donné de gros bonus cette année pour revenir sur les niveaux de 2007. Il y a donc toujours quelques raisons d'espérer, et certaines sociétés continuent même à recruter, à rechercher des talents.
Le nombre des chômeurs pourrait être pire si de très nombreux salariés n'acceptaient pas une baisse de leur rémunération, ce que l'on voit de plus en plus depuis le début de la récession. On dit que le quart de la population qui travaille serait touché par une telle baisse...
C'est vrai, je crois que 25 % des sociétés ont baissé soit les rémunérations directes soit ce qu’on appelle ici les benefits, c'est-à-dire les plans-retraite, les assurances médicales ; c'est quelque chose de tout à fait fréquent, qui fait partie de beaucoup de plans de stabilisation des entreprises.


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