Une baisse des prix de quel ordre?
On avait annoncé entre -6 et -10, on est à -9,40 au niveau national. On pense qu'il y a trois hypothèses possibles sur le marché, qui vont dépendre étroitement des taux d'intérêt et du comportement des vendeurs.
Globalement, vous constatez qu'il faut une réelle baisse, vous dites même de 10/15% pour être sûr que le marché redécolle sur vos transactions? Oui, si on prend le cas de la Seine-et-Marne, le prix des maisons à baisser de 12% au second semestre 2008 et au premier semestre 2009. On a vu les volumes de transactions se reconstituer, tout simplement parce que les acheteurs ont reconstitué du pouvoir d'achat.
Il y a des régions où ce n'est pas encore le cas, la Bretagne par exemple? Il y a deux régions, Marseille, qui a baissé très tardivement dans le cours du semestre 2009, et la Bretagne, qui n'est qu'à -1,6% et où les volumes sont en retrait de 30%.
Est-ce qu'ils peuvent espérer passer à côté de l'orage, d'une certaine façon? Il va falloir qu'ils baissent les prix comme les autres? Ils sont à -6 quand on compare les deux semestres 1 2008 et 2009. C'est enclenché partout en France, c'est une question de temps maintenant. Dans tous les cas, pas de reprise des volumes sans baisse de prix.
Sans baisse de prix et sans arriver à -10? Au minimum -10.
Paris reste encore à l'écart? Non, Paris a baissé de 8,34% au premier semestre 2009 et, mécaniquement, on a vu augmenter de façon extrêmement importante les moins de 40 ans et primo-accédants qui sont venus acheter à Paris en résidence principale.
Quand vous étiez venu au micro de BFM Radio nous parler de ces premiers signes, beaucoup de professionnels nous avaient dit que c'était un effet saisonnier, qu'il était totalement illusoire de parler d'une réelle stabilisation du marché de l'immobilier. Comment est-ce que vous faites la part des choses vis-à-vis de ça? Saisonnier, je ne pense pas. C'est un phénomène de rattrapage et de purge des excès de prix précédents. L'immobilier avait atteint des sommets en termes de prix qui ne permettaient plus aux clients d'acheter un logement tout simplement. Cette baisse, pour moi, est durable.
Qu'est-ce qui vous permet de dire ça? La clientèle qui est revenue sur le marché, c'est-à-dire les primo-accédants et les CSP ouvriers et employés, c'est-à-dire la clientèle la plus fragile aujourd'hui? Exactement, une clientèle qui avait été exclue du marché à cause de la hausse des prix et de celle des taux. Sur le marché, il y a un phénomène très intéressant: les clients qui achètent aujourd'hui ont utilisé le prix qui a baissé au mètre carré pour acheter des surfaces plus grandes. C'est-à-dire qu'ils n'ont pas forcément économisé sur le prix global, le prix moyen est assez stable en France, mais ils utilisent cette baisse de prix pour mieux se loger.
Pour acheter ce dont ils avaient vraiment envie finalement... A titre d'exemple, pour 1.000 euros remboursés en octobre 2008, on empruntait 147.000 euros, pour 1.000 euros remboursés aujourd'hui, on en emprunte 166.000.
Vous insistez néanmoins sur la fragilité du truc, parce que ça dépend étroitement des taux d'intérêt et, s'il devait y avoir une remontée des taux d'intérêt, on est au bout de la baisse? Je ne sais pas si on est au bout de la baisse, mais on n'en est pas loin en tout cas. Si les taux remontaient, il est évident que la correction des prix serait en proportion de la hausse des taux.
En même temps, les banques se sont engagées vis-à-vis du Gouvernement sur des objectifs qu'elles ne sont pas en mesure de tenir. Est-ce que vous constatez qu'elles sont à nouveau de retour avec des dispositifs commerciaux très agressifs, pour essayer de tenir leurs objectifs d'encours de crédit, 3 ou 4% aujourd'hui? On n'a pas vu de difficulté au financement, peut-être des conditions d'octroi un peu plus serrées qu'à une époque.
Ces difficultés de financement ont un moment existé? On a vécu ça avec des conditions d'octroi plus difficiles, où on demandait plus d'apport personnel. Cela étant, sur le marché français, il y a une garantie absolue: la façon dont les banques prêtent de l'argent garantit un marché extrêmement sain, elle le font par rapport à des revenus, par rapport au prix d'achat d'un bien. On a donc un marché est extrêmement sain grâce à la façon dont les banques prêtent de l'argent. Maintenant, il est évident qu'un client à qui on a refusé un prêt ne peut pas entendre ce discours.
Un mot sur la tempête que vous avez traversée, à plus d'un titre. On a l'impression qu'il y a eu au cœur de cette crise, comme jamais peut-être, une défiance vis-à-vis de la profession immobilière et vis-à-vis des agents immobiliers. Comment est-ce que vous l'avez ressenti? Est-ce que globalement les choses vont changer dans la manière dont vous allez faire votre métier dans les mois et les années qui viennent? Le plus vieux métier du monde, qui n'a peut-être pas la meilleure image, mais c'est parfois et souvent injuste, les agents immobiliers sont des gens qui exercent leur métier correctement.
Il va falloir changer les façons de faire dans votre profession, comme dans toutes les professions?
Tout à fait, mais cette purge des prix a eu pour vertu de remettre les agents dans une position de vendeurs de services. Certains avaient un peu oublié qu'il faut rappeler un client après qu'il est venu vous voir. Certains avaient un peu oublié qu'il fallait conseiller le vendeur sur le prix.
Cette crise, pour ceux qui restent vivants, une occasion formidable d'améliorer le service, de le rendre beaucoup plus visible, d'écouter ses clients et de les suivre. Les conseiller, les guider.
Ne faudrait-il pas changer quelque chose en matière de commission, par exemple? On voit ici ou là des professionnels dire que la commission liée à la vente est quelque chose de pervers dans leur métier, qui fait qu'ils en oublient le service?
Sur les honoraires, c'est un vrai débat de fond. Je rappelle quand même qu'on est une des seules professions qui touche une commission que lorsqu'elle réalise sa transaction. Peut-être faut-il réfléchir à des solutions où l'agence peut percevoir un ensemble d'honoraires avant la vente du bien. Le prix est-il bon ou non? Pour moi, la seule façon de faire, c'est de rendre le service perceptible, de l'améliorer.
Century 21 a lancé des programmes qui permettent aux agences d'offrir à leurs clients des services différenciants, comme le Guide pour bien déménager ou pour bien vivre à domicile, avec un ensemble de services, de réductions dans de grandes enseignes. Tout ça va dans le bon sens. C'est une profession qui doit faire des efforts de communication et qui doit rendre son service plus perceptible.

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