Fabrice Lundy : Direction la Guyane et Kourou, avec Jean-Yves Le Gall, le président d’Arianespace, à l’occasion du lancement ce soir par Ariane 5 de TerreStar-1. C’est un événement puisqu’il s’agit du plus gros satellite de télécommunications commercial jamais mis sur orbite – il pèse quasiment 7 tonnes.
Jean-Yves Le Gall : Oui, c’est un événement, d’abord parce que c’est une prouesse technologique pour Ariane 5, qui, pour l’occasion, ne lancera qu’un seul satellite. Habituellement, la performance du lanceur permet toujours d’en lancer deux, mais là, le satellite est tellement lourd qu’on le lance tout seul.
C’est aussi un événement commercial, parce que TerreStar-1 est une société qui a été créée ex nihilo il y a quatre ans et qui a réussi à lever sur le marché, à l’époque, près de 1 milliard de dollars. Le fait que nous ayons été choisis par ces investisseurs à risque démontre la confiance qu’inspire notre offre sur le marché des services de lancement.
TerreStar-1, il est important de le souligner, va fournir des communications audio et vidéo aux Etats-Unis et au Canada, notamment pour les appareils du type smartphone. Evidemment, c’est un marché extrêmement important. C’est bien pour vous, pour les professionnels de l’espace ?
C’est extrêmement important en effet, parce qu’on a l’habitude en Europe, et en France en particulier, d’une très bonne couverture GSM, mais, aux Etats-Unis ou au Canada, les distances sont très grandes, et dès qu’on sort d’une grande ville, on n’a plus de couverture GSM. TerreStar-1, avec son antenne gigantesque qui peut se déployer sur 18 mètres de diamètre, va pouvoir communiquer avec de petits terminaux. J’en ai vu un, que le président de TerreStar m’a montré, c’est un terminal de la taille d’un BlackBerry, c’est extrêmement impressionnant.
On parle du marché des smartphones, on peut parler aussi du développement de la télévision en haute définition. Tout cela contribue au fait que les professionnels de l’espace n’aient pas forcément beaucoup d’inquiétudes à se faire pour l’avenir. On l’a vu encore au Bourget il y a deux semaines, l’année 2009 est une année record pour vous en termes de prises de commandes, malgré la crise...
La crise intervient de diverses façons un peu différenciées. Aujourd’hui, je dirais que les projets innovants ont un peu de mal à trouver des financements, mais, globalement il est vrai que le développement des télécommunications se passe bien.
Vous avez parlé des communications avec les mobiles, qui sont la nouvelle frontière, mais on peut aussi parler de l’Internet par satellite, qui est quand même encore extrêmement prometteur. Et, bien sûr, il y a encore et toujours la télévision HD. La télévision directe par satellite est un grand succès, il y a des dizaines de millions d’abonnés, partout dans le monde, mais avec le passage à la haute définition, un canal de télévision HD prend la place de seize canaux classiques de télévision directe, ce qui crée un besoin exponentiel de satellites.
Le lancement de TerreStar-1 ce soir est la troisième des sept missions d’Ariane 5 prévues cette année, vous en étiez au mois de mai à trente vols consécutifs réussis [depuis les débuts d’Ariane 5, NDLR]. Alors, même si l’on parle des gros satellites lancés par Ariane 5, il ne faut pas oublier pour autant les petits, notamment avec la plate-forme de Sinnamary, toujours en Guyane, d’où Arianespace pourra lancer des fusées russes Soyouz. Là aussi, il s’agit d’un vrai virage stratégique ?
C’est un vrai virage, parce qu’il faut finalement avoir toute une gamme de lanceurs. Ariane 5 est aujourd’hui le meilleur lanceur au monde, bien sûr, mais on avait besoin, à côté, d’un lanceur moyen, qui sera donc Soyouz, et dont le chantier est en voie d’achèvement, avec un premier lancement au tout début de 2010. Quant au petit dernier, le petit lanceur Vega, il est en développement, et son premier lancement est aussi prévu pour l’année prochaine. Grâce à cette gamme de lanceurs, nous pourrons donc lancer tous les satellites, des plus petits aux plus gros. Il est vrai que coopérer avec Soyouz et la Russie, c’est quelque chose de très différent d’un point de vue culturel, mais en même temps c’est particulièrement enrichissant. C’est d’ailleurs pourquoi les gens se bousculent pour travailler sur ce projet.


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