Laurence Ferrari : « Le 20 heures de TF1 a 7,5 millions de téléspectateurs en moyenne chaque soir. »
La rédaction - Good Morning Business - bfm, le 30/06/2009
A l’occasion des soixante ans du journal télévisé, la journaliste revient sur son rôle au 20 heures et sur les évolutions de ce rendez-vous quotidien.
Laurence Ferrari répond aux questions de Stéphane Soumier, le 30 juin 2009 dans Good Morning Business.
Laurence Ferrari, présentatrice du 20 heures de TF1.
Stéphane Soumier : Est-ce une manière de s'approprier le 20 heures que de faire une page spéciale sur les soixante ans du journal télévisé ? Cela dit à l’époque, il n'y avait qu'une chaîne de toute façon ? Laurence Ferrari : Absolument, il n’y avait qu’une chaîne et il y avait à peine 2000 personnes qui étaient équipées de postes de télévision en France. Donc effectivement, ils étaient très peu nombreux et très privilégiés.
C'est quand même une manière de s'approprier le 20 heures, non ? Ce n'était pas vraiment l'idée. L'idée était de montrer aux téléspectateurs comment on fabrique le journal, parce qu'il y a une vraie méconnaissance de la façon dont on travaille.
Certains imaginent que la fluidité qu'il y a à l'antenne est spontanée, or les douze heures de travail qui précèdent l'antenne, on avait envie de les montrer et pas seulement du côté du présentateur, ce qui a déjà été fait, mais du côté des reporters qui sont sur le terrain et qui ramènent l'information à la rédaction.
C'est une telle machine qu'à un moment on a eu des doutes sur sa rentabilité quand même. C'est-à-dire que justement cette machine, que vous avez montrée, coûte très chère... Elle coûte chère, il y a 250 journalistes, mais en même temps c'est la rédaction la plus puissante de France. Donc ça nous paraît évidemment très important de mettre toujours en valeur le boulot des journalistes et mon rôle c'est d'abord ça. Je suis le dernier maillon de la chaîne et je suis celle qui met en valeur le travail des journalistes.
Sauf qu'à un moment, on a eu l'impression que cela avait vacillé. Il y a deux éléments sur lesquels je voulais votre avis. D'abord, à votre arrivée, vous aviez des ambitions pour essayer de renouveler un peu tout ça et j'ai l'impression que c'est une telle machine que vous avez dû faire machine arrière justement ? Non, je n'ai pas fait machine arrière, je ne peux pas vous laisser dire ça. On a d'abord fait évoluer en douceur la formule parce qu'il y avait déjà un gros changement qui était celui du présentateur.
On a fait des pages spéciales, six par an. Là c'est la sixième.
Nous sommes aussi allés en Iran. L'idée c'est vraiment de délocaliser le présentateur, de l'amener sur le terrain, pour montrer justement qu'il est au contact des gens, des reporters, et qu'il est capable de faire une interview lui aussi. Et puis il y a les enquêtes, une par jour. Cela fait vraiment six mois qu'on a mis en place un sujet de quatre minutes, où on s'installe dans la durée et où on permet aux gens de rentrer un peu plus en profondeur dans un thème.
Je ne peux pas vous laisser dire qu'on n'a pas changé les choses. On les fait changer chaque jour. Maintenant, il faut effectivement un peu de temps, c'est une grosse machine. La saison prochaine, peut-être qu'elle sera vraiment modernisée.
Ce sont soixante ans d'histoire et donc on ne peut pas faire n'importe quoi avec ? J'ai toujours dit que c'était un paquebot. Quand on veut bouger, changer le cap, il faut un peu de temps, pour que tout se mette en place.
Vous êtes sortie de la tourmente. A mon avis il y a eu une phrase de votre patron à la fin de la semaine dernière qui a dû vous faire drôlement plaisir, c'est « vous êtes devenue un non-sujet »... Cela me va parfaitement.
Sauf qu'au cœur de cette tourmente, il y avait cette idée quand même d'essayer de rajeunir un peu l'audience, d'essayer de renouveler le public de TF1. Vous en êtes où là-dessus ? Je n'ai pas le nez plongé dans les courbes et dans les cibles tous les jours, très honnêtement. Mon travail, c'est d'abord de faire un bon journal et un journal qui intéresse le plus grand nombre.
On a 7,5 millions de téléspectateurs en moyenne chaque soir depuis le début de la saison, donc ce n'est évidemment pas rien.
Cela s'est stabilisé autour des 30 % c'est ça ? Entre 30 et 31%. Quand il y a de l'actualité c'est plus, semaines et week-end compris. Il n'y a donc pas de stratégie de rajeunissement. On avance, on a un public qui se renouvelle, on a la concurrence de la TNT, d'Internet, des chaînes toute info. Notre différence, notre plus belle valeur ajoutée, c'est notre rédaction, l'expertise des journalistes qui y travaillent et ces pages spéciales que l'on fait.
Ce qui est étonnant c'est que je me souviens très bien quand je vous avais interrogée, lorsque vous aviez pris les rênes de ce 20 heures. J'avais le sentiment que c'était fini, que vous seriez la dernière présentatrice du 20 heures. Un sacré poids à porter, j'avais vraiment ce sentiment-là. Et voila M6 qui déboule... Tant mieux, je trouve ça très stimulant et je souhaite vraiment bienvenu à ma consœur de M6. Encore une fois, tant mieux si le plus grand nombre s'intéresse à l'information. C'est le jeu de toute façon. Encore une fois, il y a de la place pour tout le monde.
C'est une forme de légitimité de l'exercice ? Cela légitime le rendez-vous, ça lui redonne toute sa valeur finalement si à nouveau toutes les chaînes se battent là-dessus ? Je ne sais pas, honnêtement je ne fais pas partie de M6 donc je ne peux pas dire quelle est leur démarche. Nous on trouve que la concurrence est stimulante, on continuera à faire le journal de TF1.