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Henri de Bodinat : «Michael Jackson a contribué à l’essor de l’industrie du disque»

La rédaction - Le Grand Journal - Grégoire Favet - bfm, le 29/06/2009
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L’ex-patron de CBS et de Sony Music France, les majors qui ont accompagné l’artiste au milieu des années 1980, témoigne du phénomène Michael Jackson.
Henri de Bodinat, ex-patron de CBS et de Sony Music France, interviewé vendredi 26 juin 2009
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Grégoire Favet : Témoignage de l'un de ceux qui ont vécu la folie du business Michael Jackson. Vous êtes arrivé à la tête de CBS, puis de Sony Music France, les maisons de disques qui ont accompagné Michael Jackson, au milieu des années 80. On était en pleine folie Thriller, l'album est sorti en 1982, et le personnage Michael Jackson était déjà en train de basculer dans une autre dimension à cette époque?

Henri de Bodinat : Comme patron de maison de disques, on regardait la dimension psychologique du personnage, mais on regardait quand même beaucoup la dimension musicale et économique. C'est vrai que je suis allé en studio à Los Angeles pour l'album Bad, j'ai rencontré Michael Jackson, et il avait déjà commencé, à l'époque, à être ce personnage un peu curieux, un peu hors du monde, timide, qu'il est devenu de plus en plus par la suite.


En tant que patron de maison de disques, comment gère-t-on un phénomène, qui était inconnu jusqu'alors, phénomène au sens médiatique et au sens commercial?

Les succès du type de Michael Jackson échappent complètement à leur maison de disques. C'est-à-dire que ce n'est pas la maison de disques qui fait son succès, c'est un succès qui déferle. La maison de disques ne fait que constater une espèce de tsunami qui balaie la planète.
Ensuite, effectivement, il faut faire ce qu'il faut pour bien le gérer, pour bien l'entretenir. Je me rappelle qu'entre Thriller et Bad, on a fait un concert de Michael Jackson à Rome. On a loué un avion, on a emmené les médias, les patrons de radios, de télés, on a dû emmener 60 ou 80 personnes, beaucoup de gens très connus aujourd'hui dans les médias, qui s'en rappellent encore.
On les a emmenés à Rome pour le concert de Michael Jackson. On avait loué des hôtels, ils ont dîné ensemble et Michael Jackson est venu nous voir. C'était donc l'idée, pour l'album Bad, pour vous donner un exemple ce que l'on avait fait au niveau de la promotion, on avait loué le Concorde et on avait fait écouté en avant-première Bad dans le Concorde.
Il n'était pas allé jusqu'à New York, il avait décollé de Paris, il était allé jusqu'au Havre et il était revenu. Ça vous donne l'idée de l'importance du phénomène Michael Jackson, d'un point de vue musical et économique, et un peu de ce que l'on faisait dans les maisons de disques à l'époque.


Ça paraît complètement hallucinant aujourd'hui?

Oui, ça parait hallucinant. Ce qu'il faut savoir, c'est que Michael Jackson a vendu en France plusieurs millions d'albums, il a donc fait plusieurs dizaines de millions d'euros de chiffre d'affaires. Quand un artiste fait 50/60 millions d'euros de chiffre d'affaires à lui tout seul, sur un seul album, dans une seule entreprise, vous pouvez investir quelques centaines de milliers d'euros pour faire vraiment la promotion, préparer le terrain et faire en sorte que les médias en parlent beaucoup.
C'était un peu ça ce qu'on faisait, on investissait beaucoup mais, d'un autre côté, les médias nous rendaient service en en parlant énormément de Michael Jackson, comme vous en parlez aujourd'hui, mais à une autre occasion. La sortie d'un de ses albums était un événement.


Comment expliquez-vous le succès de Michael Jackson? Il y a l'explication artistique, bien sûr, artiste précurseur, novateur, dans ses clips, dans sa musique, mais n'y a-t-il pas également une conjonction de phénomènes? Est-ce que Michael Jackson a profité de l'essor de l'industrie du disque à cette époque-là ou est-ce que c'est l'inverse? Comment est-ce que le rapport se noue entre les deux?

Je ne pense pas que Michael Jackson ait profité de l'essor de l'industrie du disque. L'industrie du disque, c'est un peu comme l'industrie du cinéma, c'est une industrie de blockbusters, c'est-à-dire que les ventes de disques, à part tous les problèmes structurels que l'on connaît aujourd'hui avec Internet, dépendent de très grands artistes qui ont un succès planétaire et qui dépasse complètement leur maison de disques.
La maison de disques est capable de faire des petits succès, avec des artistes markétés, fabriqués, etc., mais elle n'est pas capable de faire des succès planétaires. Le succès planétaire, c'est la rencontre d'un artiste et d'un public au niveau mondial, cela échappe totalement à la maison de disques. On ne peut donc pas dire que ce soit Michael Jackson qui ait profité de l'essor de l'industrie du disque, c'est vraiment l'inverse.
C'est lui qui a contribué à cet essor. C'est vrai qu'il y a un point fondamental, je crois, chez Michael Jackson, ce qui s'est passé sur Thriller avec le clip, c'est que Michael Jackson, c'est vraiment l'industrie du disque qui devient visuelle, c'est MTV... L'industrie du disque était purement audio, elle est devenue audiovisuelle avec Michael Jackson.
Avant Michael Jackson, les artistes allaient sur les plateaux de télévision, de TF1 ou autre, ils faisaient leur petite chanson, mais ce n'était pas vraiment une révolution visuelle. Michael Jackson a fait une révolution visuelle, et l'aspect clip est au moins aussi important que l'aspect musical pour expliquer le succès colossal de Michael Jackson.


Si ça n'avait pas été Michael Jackson, est-ce qu'il y en aurait eu un autre pour prendre cette place?

Je ne pense pas. Je pense que les très grands artistes, comme les Beatles, Elvis Presley ou Michael Jackson, sont uniques. D'ailleurs, il y a quelque chose de très curieux ou d'intéressant, il n'y a jamais eu de clone de Michael Jackson, idem pour les très grands artistes, ils n'ont pas de clone. Personne ne peut arriver à les imiter, alors que pour les artistes moyens ou fabriqués, vous avez des clones.

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