Grégoire Favet
: Avec un chiffre d'affaires semestriel de 692 millions d'euros et 93 000
abonnés au haut-débit au deuxième trimestre, ces résultats sont-ils en ligne
avec vos attentes ?
Thomas Reynaud : Oui, le premier semestre a été un semestre record pour le
groupe Iliad, avec une croissance organique soutenue (+22%), l'activité ne
s'est jamais aussi bien portée, nous gagnons des parts de marché sur nos
concurrents et nos abonnés utilisent de plus en plus nos services à valeur
ajoutée (comme la vidéo à la demande). Nous sommes aujourd'hui bien plus qu'un
fournisseur d'accès à Internet, le « triple play » est devenu une
réalité économique : grâce à la Freebox, nos abonnés accèdent à Internet mais
aussi au téléphone illimité et à la télévision.
Vous redevenez le deuxième fournisseur d'accès à Internet, derrière Orange et
devant SRF, Neuf-Cegetel. Cette croissance externe a-t-elle du bon finalement ?
La croissance externe ne se reflète pas encore dans nos chiffres, car nous
serons totalement propriétaires d'Alice d'ici la fin septembre.
Aujourd'hui, notre modèle est un modèle purement de croissance organique ce qui
explique les chiffres (+22% au premier semestre), mais il est vrai qu'à partir
du quatrième trimestre, nous commencerons à consolider Alice. C'est une
opération importante qui va permettre de passer de 20% à 26% de parts de
marché, d'avoir quatre millions d'abonnés en fin d'année et surtout d'amortir
nos investissements, notamment dans la fibre optique, de manière beaucoup plus
facile.
Alice est votre plus grosse acquisition, comment va se passer
l'intégration ? Vous parlez de synergie en matière d'investissements
réseaux et de marketing, notamment chez Free ?
Oui, il existe une très forte complémentarité entre Alice et Free, il va y
avoir un certain nombre de synergies. Synergie de revenu : les abonnés d'Alice
vont avoir accès à plusieurs services de Free, ce qui va permettre d'améliorer
le revenu moyen par abonné. Synergie de coût importante, sur la complémentarité
des deux réseaux, de même que sur la synergie de la politique de marketing.
C'est une opération stratégique et financière.
Faut-il beaucoup plus d'efforts aujourd'hui pour augmenter son nombre
d'abonnés, pour gagner des parts de marché avec l'ADSL? L'acquisition d'Alice
vous permet de retrouver un statut de n°2, mais il y a des offres
promotionnelles très importantes.
Le marché ralentit depuis quelques trimestres. Même si nous annonçons
une croissance organique qu'un certain
nombre de secteurs nous envient, nous allons chercher les abonnés, avant tout
avec la qualité de notre offre. C'est ce sur quoi nous nous focalisons au
quotidien : améliorer et enrichir cette qualité.
Plusieurs étapes importantes au premier semestre, nous avons multiplié les
contenus en qualité HD (haute définition), nous avons amélioré les côtés
techniques de notre offre en passant à la nouvelle génération de Wi-Fi : c'est
un combat de tout les jours.
Etant le directeur financier, les investissements futurs de Free vont passer
par vous. Il y a deux fronts ouverts par Free aujourd'hui : le mobile et la
fibre optique. Et le déploiement massif de cette dernièree va commencer dès la
rentrée, nous promettent les FAI …
Pour la fibre optique, notre plan d'investissement est d'un milliard d'euros
et il s'inscrit sur une période de cinq ans, cela va permettre de déployer un
réseau couvrant environ quatre millions de foyers. Cet investissement est
intégralement autofinancé par les profits obtenus grâce à l'ADSL.
En ce qui concerne le mobile, nous sommes en attente de réponse. Je peux
seulement vous dire qu'il y a toujours un candidat à la quatrième licence UMTS.
Le mobile en France est un marché de 20 milliards d'euros, répartis entre trois
acteurs, sans aucune concurrence et avec des politiques d'innovation très
faibles.
Notre positionnement sur l'ADSL, le nombre de nos abonnés (un peu plus de trois
millions presque quatre millions avec Alice) ainsi que de notre politique
d'innovation, nous donnent la possibilité de venir nous imposer sur ce marché
et de complètement le révolutionner, comme nous l'avons fait sur le marché de
l'ADSL.
Donc d'après ce que vous dites, Free
devrait entreprendre sur le marché du mobile ?
C'est un axe de développement à mettre en œuvre, mais c'est avant tout une
décision politique, car nous attendons la décision depuis 18 mois sur
l'attribution de cette quatrième licence.
La clé d'entrée sur le marché du mobile, pour vous, c'est cette licence. Le
Wimax en fait-il partie ?
Le Wimax, c'est pour la transmission de
données (dont la voix) vers un terminal mobile à très haut débit. Donc, ce
serait aussi une clé d'entrée sur le marché du mobile.
En Europe, nous n'en sommes pas encore à ce stade-là, nous allons dans la bonne
direction, mais il va falloir attendre encore quelques années. En revanche, la
quatrième licence permettrait à un nouvel acteur de venir s'imposer directement
sur le marché du mobile.



