Stéphane Soumier : 75% de hausse depuis le 1er janvier pour l'action Meetic, selon moi, parce que vous êtes revenu sur votre cœur de métier. Pour ceux qui ne suivent pas ce secteur très particulier, il y a deux gros acteurs dans le monde aujourd'hui, Meetic d'un côté et Match.com de l'autre, et vous avez décidé de vous marier. Fondamentalement, Match a abandonné le combat en Europe, et vous abandonnez le combat aux Etats-Unis. C'est ce que salue la Bourse, vous êtes revenu sur votre cœur de métier? Marc Simoncini : On était descendu très bas. Ce qui était donc intéressant était de savoir pourquoi. On est descendu très bas parce qu'on a annoncé une chose terrible, c'était que l'on allait investir beaucoup d'argent en 2008 sur de nouveaux produits, en l'occurrence des produits de dating, et un nouveau produit de matchmaking, Meetic affinity, et qu'on allait aussi investir quelques millions d'euros dans une diversification de sources de revenus qui était de vendre plus de publicité en mettant du contenu.
Vous voulez devenir un média, un portail féminin, et donc un peu sortir de votre cœur de métier? On a dit qu'on investissait quinze millions de plus que d'habitude, dont trois ou quatre pour faire du contenu féminin. Hérésie totale, diversification, on ne comprend rien, l'action passe à 8 euros. Maintenant, elle est revenue à 18 euros, donc elle a fait plus 75, parce que les investissements que l'on a mis en jeu l'année dernière sur nos cœurs de métier, le lancement de Meetic Afinity et la puissance de marketing que l'on a mis en Angleterre ont fait que Match, en Europe, est venu nous voir en nous disant que ce serait quand même mieux s'ils nous confiaient leurs activités européennes. Ça s'est très bien passé. C'est un peu ce que l'on avait en tête. On ne savait pas que Match allait venir nous voir, mais on savait que l'on allait investir sur nos métiers d'origine, c'est ce que l'on voulait faire. La Bourse n'y a pas cru un instant, mais nous ça ne nous a pas surpris.
On était tout à l'heure avec le patron de Promo Vacances, qui dit qu'il y a quand même quelque chose d'important dans l'économie Internet, c'est que les jeunes patrons d'il y a dix ou quinze ans ont dix ou quinze de plus, qu'ils ont maintenant de l'expérience et savent gérer un business. Est-ce qu'il y a des leçons à tirer de tout ça? L'idée que vous devez finalement aujourd'hui avoir exactement les mêmes réflexes que les business classiques? Je ne pense pas, à part l'agilité et l'erreur. Un business Internet ça ressemble à un business industriel. L'erreur, parce qu'un cycle industriel c'est trois, quatre ou cinq ans, alors qu'un cycle Internet c'est trois mois. On va lancer, développer, ouvrir, fermer un projet en trois mois. Evidemment, on fait des erreurs, mais des erreurs à quelques millions d'euros, ce ne sont pas des erreurs industrielles. Evidemment, on se trompe beaucoup plus que dans l'industrie, c'est ce que les analystes ont beaucoup de mal à comprendre. Ils demandent des prévisions à trois ans, et je leur explique que Meetic a cinq ans, et que ce n'est donc pas possible. En dehors de ça, ce sont des business classiques, on gère 500 personnes, on a des investissements, on a du placement de trésorerie, on a des problèmes d'entreprise normale.
L'idée de devenir un portail féminin, vous maintenez cette idée? Mais je vous vois faire la moue, je suppose donc que vous ne voulez plus en entendre parler? On a lancé ça parce qu'on voulait augmenter de quelques millions d'euros notre chiffre d'affaires en vendant de la publicité sur nos pages. C'était le premier projet. Le deuxième projet était de lancer un nouveau site et de voir s'il marchait. On a lancé un site View, qui aurait fait, s'il avait marché, 3 ou 4 millions d'euros dans deux ou trois ans, sauf que l'on a lancé un site Meetic Affinity qui a fait un million d'euros par mois dès le premier mois. On est donc pragmatiques.
Qu'est-ce que Meetic Affinity?
C'est un site de matchmaking. Pour vous donner
une image, Meetic, c'est une boîte de nuit dans laquelle il y a 100000 personnes
qui dansent et vous vous débrouillez pour aborder les gens. Meetic Affinity,
c'est un club de rencontres où vous allez vous décrire très précisément et où on
va vous présenter quelques personnes qui sont très en affinité avec ce que
vous cherchez. C'est l'opposé d'usage de Meetic, et ça a démarré tellement fort
que l'on a complètement abandonné tous les projets, qui étaient des cacahuètes.
Vous vouliez justement vous appuyer sur la connaissance ultrafine que vous avez de vos clients, grâce à l'ensemble des infos qu'ils vous donnent, pour aller vendre de la publicité ultraciblée, ultrafine. Ça ne marche pas? C'était le projet, c'était un rêve. Peut-être qu'il aurait marché, le problème c'est qu'on a lancé un site basé sur les revenus publicitaires, au moment où la crise est arrivée et au moment où les revenus publicitaires s'effondraient. On a donc dit qu'il valait mieux arrêter d'essayer de vendre de la publicité en ce moment.
Sauf qu'on a cru à un moment, et c'est
peut-être ce qui est en train de s'effondrer, que pour Internet on pourrait prolonger
les courbes publicitaires, on a cru qu'Internet
resterait à l'écart de la tourmente publicitaire...
C'est un sujet complexe. Tout le monde a cru que
beaucoup de sites allaient pouvoir vivre du display, que le fait de mettre des
bannières sur un site le ferait vivre. La plupart des sites sont basés sur ces
revenus-là. C'est très difficile, parce que le gâteau publicitaire display a
une taille assez réduite et le nombre de sites qui essaient d'en vivre est
exponentiel. Donc forcément, le gâteau se divise.
Le display, à mon avis, n'est
pas un vrai bon moyen de monétiser. Il y a très peu de sites qui gagnent de
l'argent en vendant des bannières, il ne faut pas se mentir, la plupart en
perdent beaucoup. Sauf Google qui dit «Je ne vends pas des bannières, je
vends au rendement, donc quand vous achetez de la pub, vous avez le contrôle
permanent de votre dépense en temps réel, et vous pouvez ajuster.» Ils ont
raison. Le gâteau publicitaire va passer de la télé, de la radio, de la presse,
vers l'Internet, mais pas forcément vers le display. Ce qui est très difficile,
c'est de trouver de la publicité au rendement, comment monter des systèmes de publicité
au rendement. A part Google et quelques exemples... Si je prends Facebook, 200
millions d'utilisateurs, c'est deux fois le chiffre d'affaires de Meetic, c'est
ridicule, parce qu'il n'y a pas de publicité au rendement. Ce qui est difficile,
c'est ce que Google a fait.
Il faut que l'annonceur en ait pour son argent, sur Internet comme ailleurs? C'est une forme de principe de réalité qui doit s'imposer à l'économie Internet? L'intérêt d'Internet, c'est que tout est traçable et que tout est mesurable. Si je me sers d'Internet et que je ne mesure rien, je suis aussi bien en télé.
Sur des blogs spécialisés en ce moment, il semble que Facebook soit en train de chercher de l'argent et que la valorisation de Facebook tombe à l'occasion de ces discussions avec des investisseurs de quinze milliards de dollars à quatre ou peut-être deux milliards de dollars. On a là une bulle qui se dégonfle? J'ai dit qu'il y avait une bulle 2.0 il y a un an et demi, j'en entends encore parler, donc il se trouve que je n'avais peut-être pas complètement tort. La meilleure phrase que j'ai entendue sur Facebook, c'est Barry Diller, le patron de Match.com, qui avait dit, quand Microsoft était entré dans Facebook pour quinze milliards de dollars, «Je croirai à la valeur de 15 milliards de dollars le jour où les 14,995 millions auront été vendus.» Je trouve que ça résume extrêmement bien le propos.
Autre propos de la nuit, il est signé du patron de Google, qui parle d'un autre site, Twitter, c'est du micro-blogging, mais c'est en train de monter en puissance de manière très forte. Il dit «On aimerait bien aujourd'hui leur apprendre à gagner de l'argent.» Est-ce que c'est ça l'enjeu pour l'ensemble de cette économie Internet, cette économie 2.0? Je trouve que c'est une belle phrase quand on veut acheter quelqu'un, mais ça va être un des vrais challenge de tous ces sites: comment monétiser cette énorme audience, qui est très volatile, de gens qui passent quelques minutes sur un site? Il y a un truc extraordinaire que les gens ignorent sur Facebook: tout le monde y va pour son réseau, pour ses amis, son réseau social. Vous savez combien de gens en moyenne sont les réseaux des gens, c'est entre 5 et 6. Ça veut dire que c'est pire que la vraie vie. Les gens ont des centaines d'amis mais ils ne communiquent de manière active qu'à 5 ou 6. En gros, on se demande à quoi ça sert, ça relativise un peu tout ça.


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