Combien y a-t-il aujourd'hui d’auto-entrepreneurs ?
A l'heure où l’on parle, on est à 137 000. Je trouve que c'est extraordinaire.
Pourquoi extraordinaire ?
Parce que c'est très simple et surtout que cela correspond à une aspiration des Français de pouvoir développer une activité, soit à titre principal soit à titre accessoire, quand ils le souhaitent.
La question, maintenant, c'est quand même de savoir si ces 137 000 auto-entrepreneurs sont tous des créateurs de valeur. On a énormément vanté ce dispositif, on s'y est presque associés tellement c'est magnifique, mais on a le droit de poser quelques questions. Est-ce que ce sont des créateurs de valeur ?
La réponse est oui. La création de valeur, ça naît de l'échange, d'une production, d'un commerce, d'un service que l'on rend. De ce point de vue, dès qu'il y a du chiffre d'affaires, c'est qu'il y a eu cet acte.
Sauf si ce chiffre d'affaires est pris ailleurs, si c'est la pure substitution d’un chiffre d'affaires qui se faisait ailleurs ?
Non, je ne suis absolument pas d'accord avec cette thèse, puisqu’en fait l'histoire économique enseigne qu'il y a de la valeur ajoutée. C'est bien ça le secret de l'économie, c'est de créer de la valeur. Cette création de valeur ne provient pas d'une valeur que l'on prend à un autre, elle s'opère par la magie de l'échange, du commerce, de la production. Il y a donc de la création de valeur. Le problème est de savoir quelle quantité de valeur sera créée, et c'est une grande interrogation. Je suis persuadé qu'il y a beaucoup de travail qui se faisait auparavant dans des conditions « grises » et qui va apparaître au grand jour. C'est une très bonne nouvelle.
D'accord, c'est une très bonne nouvelle pour le fisc...
Et pour les organismes sociaux...
Par pour le produit intérieur brut, on est d'accord ?
Si, parce que le produit intérieur brut, ce sont des statistiques officielles, et le travail des auto-entrepreneurs va entrer dans les statistiques officielles. Si l'Italie par exemple faisait apparaître tout le travail au noir qui s'opère dans ce merveilleux pays, il y aurait forcément une croissance supérieure. Ça va s'opérer de la même manière dans notre pays, on fera les comptes, mais ce statut permettra vraiment de créer de la valeur.
Il y a quelques jours, vous avez dit que l'on n'allait pas « les laisser dans la nature », ces auto-entrepreneurs. Qu'est-ce que ça veut dire exactement ?
Ça veut dire que je suis très content qu'il y ait des initiatives individuelles qui se multiplient comme cela, et on doit trouver le rôle de l'accompagnement, du conseil, du soutien. C'est pour ça que j'ai lancé le partenariat avec La Poste, La Banque postale, pour faire en sorte que, si l'on va dans un guichet de La Poste, quand on est auto-entrepreneur, on soit accueilli dans un guichet dédié, que l’on soit soutenu et que l’on puisse bénéficier de facilités de caisse. C'est de l'accompagnement et il faut aller plus loin, parce que c'est un nouveau statut.
C'est quelque chose de très important et de très innovant qui s'installe aujourd'hui au cœur de la société française, et c'est vrai que ces auto-entrepreneurs doivent être défendus. C'est pour cela que j'assisterai tout à l'heure à la création de l'Union des auto-entrepreneurs, avec une charte qui va insister sur l'accompagnement, sur ce qu'il faut faire et ne pas faire lorsque l'on est auto-entrepreneur. Cette Union des auto-entrepreneurs, sur laquelle je fonde beaucoup d'espoir, est présidée par François Hurel, qui m'avait remis ce rapport que j'ai mis dans la loi.
Défendus contre qui et contre quoi ? C'est vrai que les banques jouent à fond la carte de l'auto-entrepreneur, mais on se lance sans avoir fait de business model, on n'a pas fait d'étude de marché, on n'a rien fait de tout cela...
C'est pour cela que tous les réseaux d'accompagnement sont les bienvenus. Il y a les réseaux bancaires qui s'y intéressent, c'est normal, c'est une clientèle. Il y a les réseaux des assurances qui s'y intéressent, c'est aussi une clientèle pour eux. Il y a aussi les réseaux d'accompagnement qui, aujourd'hui, travaillent sur la création d'entreprises, pour accompagner les entrepreneurs. Ces réseaux vont se mobiliser. Il y a l'Union des auto-entrepreneurs, c'est la fédération de toutes celles et de tous ceux qui entendent voir leur statut défendu. Ce statut est un nouveau statut, il subit des critiques.
Des artisans et des professions libérales notamment ?
Oui, mais les professions libérales sont plus nuancées parce qu'il y a un syndicat qui s'est prononcé contre et un syndicat qui s'est prononcé pour. Quant aux artisans, dans cette période difficile, ils émettent un certain nombre de craintes. Je comprends ces craintes face à quelque chose qui est radicalement nouveau. Il faut être très attentif à cela, mais il ne faut pas que, pour des craintes légitimes, on encadre et finalement on tue ce statut. Si on tue le statut des auto-entrepreneurs, on va tuer l'espoir, l'espoir de s'en tirer, l'espoir de pouvoir travailler, transformer son talent en revenu.
Il va donc falloir les soutenir, les défendre, et ils ont des revendications, des points de vue à faire valoir. Tous les jours, je me bats au sein du gouvernement, avec le soutien du président de la République, pour faire en sorte que ce statut soit conforté, qu’il ne soit pas un statut attrape-tout qui déçoive. Nous avons besoin que les auto-entrepreneurs prennent leur destin en main.
Quand on est auto-entrepreneur, on l'est pour combien de temps ?
Pour la vie si on le souhaite. Il n'y a pas de limitation de ce statut. Il y a des plafonds de chiffre d'affaires, mais on l'est pour la vie.
Les artisans voudraient que ce soit un peu limité...
Les artisans voudraient un statut biodégradable. Je ne le souhaite pas. Je ne souhaite pas que ce statut s'amoindrisse, puis s'appauvrisse, puis meure, car s'il meurt c’est l'espoir de l'égalité des chances au regard de l'entreprise qui va s'éteindre.
Votre conviction c'est que ce sont d'abord des petits salaires qui se font auto-entrepreneurs ?
On a fait un profil type, on s'est livrés à la première enquête sur les deux premiers mois, donc c'est significatif : il y avait 70 000 auto-entrepreneurs. Il y a 35 % de salariés qui ont en outre opté pour le régime de l'auto-entrepreneur, et 25 % de chômeurs. C'est-à-dire que vous avez 60 % des auto-entrepreneurs qui sont soit salariés soit chômeurs. On est donc loin des grands chefs d'entreprise dont on parle beaucoup, on est au cœur de la société française.
L'épreuve de vérité, ce sera l'épreuve du fisc ? Est-ce que tous les auto-entrepreneurs vont déclarer l'ensemble de leur activité ? Est-ce que vous aurez les moyens de contrôler l'ensemble de cette activité ? C'est une vague, ça part dans tous les sens, et ce sont des micro-activités à chaque fois...
Bien sûr, mais elles ont vocation, pour certaines, à grandir. Vous savez, c'est très bien fait, Internet. Dès que vous vous déclarez sur Internet, votre déclaration va au fisc et aux organismes de Sécurité sociale. Ce sont des organismes qui ont une longue histoire de contrôle, et je leur fais tout à fait confiance dans ce domaine.


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