Stéphane Soumier : Vous vous faites au titre de ministre
de la Relance ?
Patrick Devedjian : Oui, enfin ça
correspond aussi à l’attente de notre pays. Je ne suis pas là pour me faire
plaisir.
Mais quand on a été très libéral, ministre de la Relance ça a un côté très incantatoire,
très surprenant ?
Je n’ai jamais pensé que l’Etat devait être inerte face à l’économie. L’Etat
a le droit d’être stratège, il a le droit d’être comme un entrepreneur. Je suis
libéral parce que je crois à la liberté, mais la liberté n’est pas du tout le
laisser-faire. Ce qui s’est passé aux Etats-Unis d’ailleurs et qui a généré la
crise, c’était du laisser-faire. La jungle n’est pas la liberté.
Cela donne l’impression que la relance se décrète...
Non, la relance ça ne se décrète pas. Mais la crise de 1929,
comme le savent tous les étudiants en économie, va quand même nous donner quelques
enseignements. Au moment de la crise de 1929, tout le monde vous explique que
la grande erreur a été de restreindre les crédits et de verrouiller l’économie,
ce qui a aggravé la crise.
Aujourd’hui, toutes les économies des pays développés savent qu’il faut faire
le contraire. Donc le plan de relance se situe dans cette leçon de la crise de 1929.
On a tous été étudiants et on a tous tiré des leçons.
Vous vous êtes replongé dans vos bouquins ?
Absolument. J’ai relu Keynes, bien sûr. Ce qui est recherché, c’est l’effet
massif et l’effet rapide. On va essayer de dépenser pour 75% dès 2009, la
dernière partie en 2010, et on va essayer en même temps, d’avoir un effet
multiplicateur, c’est-à-dire que chaque fois que l’Etat dépense un euro, cela
entraîne un investissement trois fois supérieur.
Venu du secteur privé alors ?
Venu du secteur privé, venu des collectivités locales. Par exemple, 75% de
l’investissement public vient des collectivités locales, donc elles ont un rôle
formidable à jouer. En plus, elles ont des projets d’infrastructures qui sont
souvent prêts dans leur carton. Il faut choisir judicieusement.
Vous allez bientôt quitter ce studio et je voudrais savoir ce que vous allez
faire concrètement ? Comment est-ce qu’on met en œuvre la relance ? Qu’est-ce
que vous faites un lundi matin aux alentours de huit heures ?
Lundi matin à huit heures, j’ai une réunion de mon cabinet avec les
différents acteurs spécialisés dans chaque secteur de la relance : les
infrastructures, l’équipement, le logement, l’automobile, le bâtiment… Les ministères
ont eux-mêmes fait des propositions d’actions, ils ont sélectionné un certain
nombre de projets.
La relance concerne tous les Français et le chômage aussi. Il ne faut pas
s’amuser, il faut être honnête. Donc les préfets de région vont être le relais
de tout ça, en sélectionnant des projets qui seront utiles et qui peuvent
démarrer. Il faut être utile, il ne s’agit pas non plus de dépenser de l’argent
pour le plaisir.
Un secteur privilégié ?
Ca peut aller vite dans le domaine de l’infrastructure, où il y a des projets
qui ne demandaient que d’avoir de l’argent pour démarrer. Ils vont améliorer
l’attractivité de notre territoire, notre compétitivité. Il y a le BTP, le
logement et les travaux publics qui sont évidemment pourvoyeurs pour beaucoup
d’emplois.
Justement, les promoteurs disent que c’est très long. Le patron du conseil général
des Hauts-de-Seine sait très bien que le foncier, il faut le définir, le
logement social il faut savoir où on l’installe, il faut modifier les plans...
Ils ont raison. C’est pour cela d’ailleurs que l’on va aussi faire une loi -le
projet de loi est en préparation- de simplification des mesures
administratives, de simplification des procédures d’appel d’offres et des
seuils d’appel d’offres, donc on pourra procéder à l’adjudication sans
formalité d’un certain nombre de marchés.
Y compris le logement social ?
Surtout dans le logement social bien sûr. Par exemple, les permis de construire
qui normalement sont valides deux ans, le seront trois ans. On leur donne un délai
supplémentaire de validité.
Le problème principal qu’a l’industrie notamment, c’est la trésorerie ?
Vous avez raison.
Premier point, accélération visiblement des remboursements de TVA. Est-ce
que l’Administration va aller vite sur ces procédures ?
Bien sûr, c’est un de nos soucis. Je prends les moyens pour cela, c’est
d’ailleurs pour ça que je m’entoure d’une équipe qui est issue des circuits de
financement de notre Administration et qui sait donc où ça grippe.
Par exemple, je vais me faire adresser la liste des administrations qui paient
de gros intérêts moratoires. Vous savez que la loi prévoit que si vous ne payez
pas dans les délais, vous avez des intérêts moratoires à payer. Ceux qui paient
de gros intérêts moratoires, ça prouve qu’ils ont des pratiques administratives
qui font qu’ils paient tard. On va donc mettre la loupe sur eux pour qu’ils
paient vite.
Tous les moyens sont bons pour faire
payer vite aujourd’hui ?
Oui, bien sûr. Les trésoriers payeurs généraux, la Banque de France, les préfets
de région, l’administration du Budget. Eric Woerth va jouer un rôle important.
Est-ce qu’il ne faut pas aller plus loin là-dessus ? Yvon Jacob, patron du
groupement des fédérations d’industriels, par exemple demande un moratoire sur
les charges sociales pour les six premiers mois de l’année...
Ce que je veux, c’est créer de l’emploi. Et ce qui crée le plus d’emploi, ce
sont les petites entreprises et les PME.
Le but c’est de ne pas en détruire avant d’en créer...
Bien sûr, on sait qu’il faut leur donner du travail. Pour ne pas détruire de
l’emploi, il faut vraiment avoir des marchés. C’est-ce que l’on fait, il y a
quatre milliards d’euros pour les infrastructures par le budget de l’Etat,
quatre milliards par les entreprises nationales, donc on est à huit, plus les
projets des collectivités locales avec le raccourcissement du délai de TVA qui
donne deux milliards et demi, donc tout ça, cela fait quand même beaucoup
d’argent et beaucoup de chantiers qui peuvent démarrer.
Donc pas de moratoire ?
Moi je veux que l’on embauche, parce qu’il y a quand même 45 000 chômeurs. Les
TPE, les très petites entreprises, sont celles qui sont le plus aptes à
embaucher rapidement, donc exonération totale des charges patronales pour toute
embauche dans l’année 2009, quand elles ont moins de dix employés.
Est-ce que vous êtes en quête d’un symbole ? Il faudrait que la relance,
l’efficacité de la relance s’incarne quelque part assez vite quand même ?
On dit que « quand le bâtiment va tout va », j’y crois quand même. Donc
il faut relancer le bâtiment, d’abord parce qu’il y a un besoin de logements
qui est demandé par les Français, logement social en particulier. On a tous les
instruments pour ça. Nous allons mettre 200 millions sur la rénovation urbaine,
nous avons un programme de 100 000 logements, 30 000 logements sociaux, et bien
d’autres mesures encore.
Le symbole c’est les grues ?
Voila, le symbole ce sont les grues. Je voudrais voir pousser les grues.

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