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Daniel Soury-Lavergne : «Nous tiendrons nos engagements de créations d'emplois»

La rédaction - Le Grand Journal - bfm, le 11/12/2008
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Le directeur général d’ArcelorMittal France répond aux critiques émises contre le plan de restructuration en cours dans le groupe. Il affirme même que les promesses de créations d'emplois faites il y a deux ans seront tenues.
Daniel Soury-Lavergne, interviewé le 10 décembre 2008 par Fabrice Lundy
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Fabrice Lundy: La direction et les syndicats d’Arcelor avaient rendez-vous ce matin pour discuter du plan de 1400 suppressions d’emplois en France, plan qui s’intègre à un plus vaste dispositif de 9000 suppressions d'emplois partout dans le monde. Le groupe cherche à faire quelque 780 millions d’euros d’économie au terme de ces réductions d’effectifs. Ce plan de 1400 suppressions d’emplois en France, c’est un plan qui se fera sur la base du volontariat, c’est ça?
Daniel Soury-Lavergne:
C'est un plan de départs strictement volontaires.

Est-ce qu’il y aura des fermetures de sites en France, et quels seront les sites concernés par ce plan?
Ce n’est absolument pas un plan industriel, donc il ne touchera pas les outils de production, et donc aucun site ne sera fermé. Les sites tertiaires vont bien sûr avoir moins de salariés, mais en France, tous les sites seront maintenus.

Comment justifiez-vous ces licenciements, ces suppressions de postes? Je lisais une interview de l’ancien ministre de l’Industrie, François Loos, député UMP, qui disait que Mittal profitait de la crise pour tailler dans les effectifs. Qu’est-ce que vous répondez?
Si je dois répondre dans des termes équivalents, je dirai que la crise conduit ArcelorMittal à réduire ses effectifs. En fait, la crise nous a conduits, dans sa première partie, à réduire l’activité de nos outils de production. C’est ce que nous faisons en France et dans toute l’Europe à l’heure actuelle.
Nos clients, les clients emblématiques, sont ceux de l’automobile. Les chaînes de production automobile seront déjà arrêtées pour toute la période de Noël: pas d’automobile en construction, pas d’acier consommé et donc pas d’acier à produire pour les clients d’automobiles.
Malheureusement, nous avons, au-delà de l’automobile, l’effet du marché de la construction: fin de chantiers et peu de mises en chantier nouvelles, et globalement une activité industrielle qui est en panne.

Quand on voit les baisses de commandes dans l’automobile, dans l’immobilier, vous pensez qu'il s’agit d’une baisse momentanée ou vous êtes beaucoup plus inquiet sur le moyen terme?
Nous avons deux facteurs principaux qui expliquent notre plan. Nous sommes effectivement inquiets et en attente de tout signe positif de reprise d’économique, mais nous pensons que cette reprise prendra beaucoup de temps.
Le deuxième facteur, c’est qu’ArcelorMittal était lancé dans une croissance extrêmement forte au niveau mondial et qu'il s’était organisé pour profiter de cette croissance et assurer pleinement son rôle de leader de l’acier dans le monde. Nos structures étaient organisées dans cette perspective. Nos projets de croissance sont remis à plus tard, même s’ils existent toujours.
Nous sommes donc obligés, avec les effets de la conjoncture et les effets du différé sur toute croissance possible, de baisser nos prêts fixes et donc de réduire nos structures.

Et c’est ce que vous expliquerez au gouvernement? Vous êtes convoqué lundi à Bercy pour vous expliquer sur ces licenciements...
Le contact avec les autorités nationales est un acte permanent, un mode de relation nécessaire entre les grandes entreprises et les autorités. Je suis totalement à la disposition du gouvernement pour donner les renseignements nécessaires.

Vous avez l’impression qu’il y a une exploitation politique du cas Arcelor?
ArcelorMittal a acquis soudainement une assez grande notoriété lors du processus qui a conduit à la fusion d’Arcelor et de Mittal. Depuis, deux facteurs sont à prendre en compte. Nous avons eu effectivement, à un moment donné, dans le dossier Gandrange, une surmédiatisation de la situation.
Par ailleurs, la personnalité de notre dirigeant en fait quelqu'un d'exposé à l’opinion dans un pays où le groupe est quand même très fortement représenté avec ses 28000 salariés.
Pour ce qui est des déclarations de François Loos, nous avons beaucoup travaillé avec lui lorsqu’il était chargé du ministère de l’Industrie, quant aux leaders de l’opinion politique, ils exploitent les événements comme ils pensent devoir le faire. Je n’ai pas de commentaire à faire sur la manière de penser le business model d’ArcelorMittal ni sur l'idée que Mme Royal peut en avoir.

Ce que l’on peut vous reprocher également, c’est que Mittal s’était engagé à créer 2000 emplois il y a deux ans, au moment de la naissance du groupe, et finalement, aujourd’hui, on voit que vous licenciez. Il y a cette question aussi qui revient dans le débat politique, à gauche, au Parti socialiste notamment, sur le contrôle des licenciements: pouvoir interdire des licenciements pour les entreprises qui font des bénéfices, ce qui est le cas d’ArcelorMittal...
La dernière proposition me paraît tellement hors du temps présent que je n’ai pas trop de commentaires à faire. Sur le premier point, l’engagement que nous avons pris – j’étais en première ligne alors et j’y suis toujours – de créer 2000 emplois en France, il s’agit d’une opération de réindustrialisation de six bassins d’emplois, qui a été décidée par M. Loos, lorsqu’il était chargé du ministère de l'Industrie.
Cette opération est un contrat, un mandat d'Etat, qui se finira au 31 décembre de cette année. J'ai dit que je serai prêt à en rendre compte à M. Chatel. Le rendez-vous de la semaine prochaine va probablement anticiper ce point-là, mais je suis tout à fait serein sur cet aspect, car nous serons au rendez-vous avec la création d’emplois annoncée.

Le fait que vous supprimiez des emplois alors que des dividendes sont versés aux actionnaires, est-ce que l’opinion publique est prête à l’entendre, même si vos arguments sont sûrement justifiés?
Si vous parlez des dividendes versés aux salariés du groupe, qui ont mis leurs économies dans des fonds communs de placements en actions d’ArcelorMittal, je pense que l’opinion publique est tout à fait prête à l’entendre.
Ce qui est très important, c’est que l’actionnariat du groupe est composé presque à parité d'une famille qui dirige le groupe et d'un actionnariat totalement atomisé. Dans cet actionnariat, il y a beaucoup de Français, qui sont des petits épargnants et qui vont recevoir des dividendes.
Les actionnaires du groupe ont perdu 75 milliards de dollars dans la crise. Nous avons besoin qu’ils nous accompagnent dans la période de remontée en puissance du groupe et, si nous ne les traitons pas correctement, nous créons une fragilité supplémentaire pour le groupe. Ce n’est peut-être pas très facile à faire entendre à l’opinion publique, mais c’est une réalité forte d’une entreprise industrielle comme la nôtre.



FORUM 1 avis
Daniel Soury-Lavergne : «Nous tiendrons nos engagements de créations d'emplois»
rIGOLADE
posté le 12/12/2008 05:14:37 par Jack26
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