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Luc Chatel: «Nous regardons toutes les petites mesures pour faciliter la croissance»

La rédaction - Good Morning Business - bfm, le 01/12/2008
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Le secrétaire d’Etat chargé de l’Industrie expose les pistes explorées par le gouvernement pour soutenir l'activité industrielle, notamment automobile, et la consommation en cette période de crise.
Luc Chatel, interviewé le 28 novembre 2008 par Stéphane Soumier
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Stéphane Soumier: Où sont les milliards promis de l’épargne réglementée? Ils sont dans le circuit?
Luc Chatel:
Oui. Ce que nous avons mis en place, ce sont de systèmes de garantie. Nous avons créé plusieurs sociétés de financement, qui permettent de lever des fonds sur le marché puis de les prêter aux banques ou de les investir dans les banques en cas de besoin. Tout ça est en place mais n’est pas pas forcément activé, parce que ça ne l’est qu’en cas de besoin. 

C’est vrai que l’on a quand même l’impression que le circuit a du mal à venir. Nicolas Sarkozy a l’air de dire que ça ne va pas assez vite, est-ce que c’est votre avis aussi?
Bien sûr, ça ne va jamais assez vite. Simplement, nous avons mis en place des indicateurs qui nous permettent justement de suivre la situation au jour le jour. Ça fait un mois que l’on a mis cela en place, ça paraît une éternité mais ça ne fait qu’un mois. Nous suivons cela d’extrêmement près.
Chaque semaine, les préfets, avec les trésoriers payeurs généraux, réunissent les banques de leur département, leurs entreprises. Ils font le point, dossier par dossier. Je l’ai fait dans mon département. On a fait le point et on a regardé dans le détail pourquoi il y avait des banques qui avaient vu leurs lignes de trésorerie supprimées ou leurs conditions revues. C’est au cas par cas que l'on doit traiter ces dossiers-là.
C’est un peu tôt pour faire un bilan global, mais au niveau départemental et au niveau national, on aura des indicateurs qui nous permettront, s'il y a des abus de la part des banques, de les dénoncer fortement.

On a l’impression qu’il y a une urgence presque presque quotidienne autour de l’industrie automobile et de la sous-traitance automobile. On nous promet un paquet automobile depuis une semaine...
L’industrie automobile est arrêtée depuis le mois d’octobre. Elle s’est arrêtée parce qu’il n’y a plus de demande de voitures. Comme nous sommes dans un cycle extrêmement court, les usines automobiles se sont arrêtées. L’automobile, c’est 2,5 millions d’emplois si on compte la totalité, 700000 dans la filière directe et indirecte, c’est-à-dire les constructeurs et leurs fournisseurs directs, leurs sous-traitants, mais si on compte l’ensemble de la filière aval, notamment la distribution automobile, on atteint 10% de la population active, c’est considérable.
Ça veut dire que l’impact, il est chez les constructeurs, mais qu'il est aussi dans les PME d’industrie métallurgique, plasturgique, qui sont les fournisseurs de l’industrie automobile. Donc nous avons pris des mesures pour inciter les constructeurs à investir, à ne pas faire de mauvais choix, comme de partir dans d’autres pays, mais à rester chez nous, à conforter des sites de production existants. C’est la fameuse suppression de la taxe professionnelle. Depuis le 23 octobre, tous les nouveaux investissements sont exonérés.

Là, il y a des situations d’urgence?
Oui, ce sont les nouveaux investissements d’aujourd’hui. Ça veut dire que, alors que jusqu’à présent des constructeurs ou des sous-traitants automobiles pouvaient se dire qu’il valait mieux investir en République tchèque, ils se disent maintenant qu’ils seront exonérés de taxe professionnelle.

Sur l’urgence, il y avait par exemple cette idée d’accélérer les remboursements de TVA. C’est une idée que le gouvernement pourrait regarder?
C’est une piste sur laquelle nous travaillons. Nous sommes en train de regarder toutes les petites mesures qui nous permettraient de faciliter la croissance, notamment dans l’industrie automobile. Celle que vous évoquez fait partie de ces mesures. Je travaille également avec les constructeurs automobiles pour qu’ils accompagnent l’ensemble de la sous-traitance, de leurs fournisseurs, parfois des PME de 50 ou 100 personnes, qui ont des difficultés parce que leurs commandes se sont arrêtées.

Christine Lagarde a parlé hier de contreparties demandées aux grands constructeurs automobiles si l’on injecte de l’argent directement dans le secteur...
Bien sûr, notamment des contreparties pour accompagner la filière. Pour l’aéronautique, par exemple, on avait créé un fonds d’investissement avec les donneurs d’ordres, avec Airbus industrie, avec Safran, pour prendre des participations dans leurs sous-traitants. Nous travaillons sur la même idée pour le secteur automobile. C’est une hypothèse. Ensuite, nous avons l’accompagnement de tous les projets du futur, il va y avoir des investissements monstrueux pour, demain, être les premiers en matière de véhicules propres, de dépollution. Là-dessus, donc, nous travaillons.

Est-ce que l’on a une idée de la somme totale?
Il est un peu tôt pour le dire. Nous avons déjà obtenu de la Banque européenne d’investissement [BEI] un montant de 4 milliards d’euros par an pour l’automobile, sur quatre ans. Ça veut donc dire qu’il y a un engagement fort de la part de la BEI: des crédits à taux préférentiels pour des investissements de long terme chez les constructeurs automobiles.
Il y a également une piste à laquelle nous avons abouti. Il n’y a plus d’achat dans l'automobile, deux véhicules sur trois s’achètent à crédit. Une des raisons pour lesquelles il y a moins d’achats, c’est que les consommateurs ne peuvent plus accéder aux crédits à la consommation. C’est-à-dire que les banques qui sont des filiales du secteur automobile ont du mal à se refinancer sur le marché, et donc ont durci les conditions de leurs crédits à la consommation pour les automobiles.
Nous avons donc débloqué la situation et nous allons permettre aux deux constructeurs automobiles de se refinancer via la société de financement qui a été créée il y a un mois et demi, avec deux fois 500 millions d’euros, qui vont permettre de remettre des liquidités dans les banques des constructeurs automobiles, pour donner aux consommateurs les moyens d'acheter à crédit.

Et les recettes classiques, comme la prime à la casse, la baisse de la TVA sectorielle? On sait que vous travaillez là-dessus, est-ce que l’on peut savoir où vous en êtes exactement?
Il y a un mois, j’étais résolument contre, parce que ce type de prime, d’aide, a toujours des effets pervers. Aujourd’hui, vu la situation, et considérant qu’il va bien falloir qu’il y ait un électrochoc pour la reprise, il faut qu’il y ait de nouveau de la confiance et que les consommateurs commandent des automobiles, reprennent leur acte d’achat classique. C’est donc une piste que nous n’écartons plus, nous travaillons à différentes hypothèses d’aide à la demande automobile, mais rien n’est encore décidé.

C’est ce qui est passionnant, c’est que l’on est face à cette espèce de bête étrange qui s’appelle la crise et que vous êtes obligé de surveiller au jour le jour...
Exactement, au jour le jour. Il faut aussi faire preuve de discernement. On parle d’un secteur qui connaît des difficultés énormes, le secteur automobile, mais en même temps, il y a d’autres secteurs d’activité économique qui continuent à bien fonctionner.

Y compris dans l’industrie?
Oui. Je suis allé au Salon de la sous-traitance industrielle il y a quinze jours et je me suis rendu compte que l’industrie aéronautique, qui a encore de longues séquences, continue à tourner, que l’industrie de sous-traitance dans le domaine de la mécanique ou de la santé par exemple, continue à bien tourner. Il faut donc vraiment traiter au cas par cas.

Après l’urgence, l'industrie de l’avenir: vous étiez à Bruxelles hier, notamment pour discuter sur ce que vous appelez un paquet télécom. Il y a des tas de choses passionnantes là-dedans, je pense notamment à l’idée d’un superrégulateur européen...
L’idée d’un marché européen des télécoms. Aujourd’hui, vous avez 27 conditions de marché, 27 régulateurs différents, des fréquences qui ne sont pas les mêmes. Depuis des années, les 27 ministres et la commissaire européenne travaillaient pour harmoniser le marché européen. Nous avons hier obtenu un accord qui nous permet de nous tourner vers l’avenir, puisque les télécoms sont un des rares secteurs vraiment porteurs sur lesquels l’Europe est bien placée. C’est un quart de la croissance européenne, et c’est 40% des gains de productivité des entreprises.

Pourquoi est-ce que vous allez taxer ce secteur pour financer la télé publique?
Il ne faut pas tout mélanger. Nous avons décidé d’avoir un service public audiovisuel de qualité, qui soit autonome, indépendant.

Vu les urgences décrites...
Le marché de la publicité de la télévision publique va précisément aller sur les chaînes privées de télévision et sur les opérateurs télécom. Aujourd’hui, les annonceurs qui investissaient, qui achetaient les publicités sur France 2 vont modifier leurs règles d’investissement et investir cet argent dans les télécoms et dans les chaînes privées. Donc ce n’est pas anormal qu’une faible partie de cette nouvelle recette soit réaffectée pour financer et garantir les ressources du service public.

Ce que vous avez négocié à Bruxelles, c’est notamment une baisse sur ce que l’on appelle le roaming, les SMS à l’international, etc. Si jamais les opérateurs arguaient de cette nouvelle taxe pour augmenter à nouveau leurs prix, ils ne seraient pas légitimes à le faire?
Non, ils ne sont pas légitimes à le faire. D’ailleurs, ce qui s’est passé depuis un an montre l’inverse, puisque nous avons baissé de manière autoritaire le roaming, les communications téléphoniques en Europe, et on nous avait annoncé que les opérateurs de téléphonie allaient augmenter. C’est tout l’inverse qui s’est passé, on a eu une baisse de 50% de l’itinérance sur la voix et, en parallèle, on n’a pas eu d’augmentation des abonnements, parce que c’était le risque. Nous avons donc voulu aller plus loin hier.
A partir de l’été prochain, normalement, l’itinérance va baisser pour les SMS. Si vous êtes en Belgique et que vous envoyez un SMS en France, c’est 29 centimes en moyenne aujourd'hui, et ça va passer à 11 centimes. Ça va permettre aussi aux consommateurs de changer d’opérateur en 24 heures.

Pas question d’arguer de cette nouvelle taxe pour augmenter les prix?
Non, pas question, parce que c’est un marché en croissance, c’est un marché où la concurrence va mieux jouer grâce à ce paquet télécom que j’ai fait adopter hier. Donc hier on a obtenu des mesures favorables à l’industrie européenne et favorables aux consommateurs. Je dirais que c’est donc une bonne journée pour les Européens.

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FORUM 2 avis
Luc Chatel: «Nous regardons toutes les petites mesures pour faciliter la croissance»
TYCO benef maxi chomeurs maxi
posté le 02/12/2008 19:16:34 par christophesavoie
scandale
posté le 02/12/2008 20:35:40 par silvano
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