Benoît Roger-Vasselin : « Le taux de syndicalisation est trop faible en France »
La rédaction - Le 12-15 - bfm, le 01/12/2008
Le président de la commission relations du travail et politique de l’emploi du Medef évoque la crise actuelle ainsi que les élections prud'homales du 3 décembre prochain.
Benoît Roger-Vasselin, interrogé par Hedwige Chevrillon dans Le 12-15 du 28 novembre 2008.
Benoît Roger-Vasselin, président de la commission relations du travail et politique de l’emploi du Medef.
Hedwige Chevrillon : Hier, très mauvais chiffre du chômage. On est repassé au-dessus du seuil des deux millions de chômeurs, les chômages techniques se multiplient... Est-ce que vous le sentez au sein du Medef et au sein de votre commission ? Est-ce que cela remonte aussi fort ?
Benoît Roger Vasselin : Oui cela remonte. Le Medef a pris des dispositions très importantes pour aider en particulier les PME qui sont touchées de plein fouet par la crise que nous traversons et nous avons deux secteurs particulièrement touchés qui sont l’automobile et le bâtiment. Laurence Parisot a déclaré il y a 24 heures qu’elle était prête, dans les négociations qui sont actuellement en cours avec nos partenaires, à ce que l’on puisse, au-delà des mesures de fond et de durée que nous essayons de préparer, parler des événements conjoncturels. Elle ne s'est pas opposée à ce que l'on parle du chômage partiel...
Il faut parler d’activité partielle maintenant ? En tout cas c’est le même concept. C’est-à-dire la manière dont on peut essayer de limiter les effets de la crise pour les entreprises et pour les salariés. Mais la question qui se pose est de savoir comment l’Etat nous aidera à faire face et quelles seront les modalités.
Ce plan de soutien très puissant que vient d’annoncer Nicolas Sarkozy, on a envie de dire que c’est le deuxième ou le troisième. Cela veut dire que cela ne fonctionne pas ? Pourquoi cette superposition de plans ? Je pense que nous sommes à un moment où de toute façon il faut agir. On a reproché au président de la République de faire un peu d’activisme, mais je préfère ça plutôt que de ne rien faire. Il est clair qu’il y a eu plusieurs prises de conscience progressives au niveau de tous les pays occidentaux et même au niveau mondial par rapport aux effets de la crise.
Que le Président français essaie de s’y reprendre à plusieurs fois pour que l’on arrive à ajuster les meilleurs dispositions, je pense que c’est à l'honneur de la France. C’est d’ailleurs également le cas des organisations syndicales et patronales. Si l’on peut solidairement essayer de faire face à cette crise ensemble, c’est-ce que l’on peut faire de mieux.
Est-ce que les élections prud’homales sont aussi importantes pour le Medef qu'elles le sont pour les syndicats ? C’est très important pour le Medef, comme ca l’est pour l’ensemble des employeurs et des salariés, parce que c’est une spécificité française qui permet que les litiges individuels du travail soient jugés par des gens qui travaillent dans l’entreprise. Que l’on soit jugé par ses pairs. Donc nous y attachons une grande importance.
Nous avons, avec la quasi-totalité des organisations patronales, présenté une liste unique, qui s'appelle l’union pour les droits des employeurs, pour mobiliser les employeurs afin qu’ils votent le plus nombreux possible.
Visiblement cela ne les mobilise pas beaucoup. Selon les informations de Nicolas Lagrange, qui suit les relations sociales à BFM, il n’y a que 500 000 employeurs sur 3 millions d’employeurs qui se présentent ? Ce n’est pas tout à fait ca. Nous avons eu 500 000 inscriptions sur les listes à la suite d’une mauvaise compréhension des nouvelles manières de s’inscrire sur les listes électorales. Nous avons réussi à en rattraper 160 000, mais les délais ne nous ont pas permis de rattraper plus.
Ce n’est pas beaucoup... 500 000 employeurs, ce n’est tout de même pas ridicule. Je pense que ce qui est très important, c’est que nous ayons le plus possible de participation. Nous avions 19% il y a dix ans, 26,7% il y a cinq ans et notre objectif est de faire mieux cette année.
En même temps, vous aviez envie de faire une mise au point. Il y a des questions de gros sous et des questions de répartition, non ? Disons que nous avons effectivement un budget qui, pour les élections prud’homales, est d’environ cinq millions d’euros, pour l’ensemble des organisations qui présentent les candidats. Sur ces cinq millions d’euros, il y en a un peu plus de 650 000 qui sont donnés aux organisations d’employeurs et pas tout à fait 4,4 millions qui sont donnés aux organisations syndicales.
Nous posons deux questions : premièrement quelle est la clef de répartition, quelle en est la logique ? Et deuxièmement, à l’occasion, que l’on en profite pour organiser la transparence dans l’utilisation de ces budgets.
Juste un point, on parlait de l’enjeu pour les syndicats. J’imagine que vous avez vu la vidéo qu’a faite Force ouvrière, qui s’appelle «une boîte formidable», où l’on voit un patron en train d’invectiver littéralement un syndicaliste de FO. C’est assez désagréable pour le Medef, c’est comme ca que vous le ressentez ? C’est désagréable pour les employeurs surtout. La question que nous posons c’est «pourquoi» ? Pourquoi, alors que nous avons des relations courtoises, suivies, dans le cadre de négociations ?
Ca n’est pas la réalité ? Non, ca n’est pas la réalité. C’est une caricature des relations avec les employeurs et ca n’est pas conforme à l’idée que nous nous faisons de la qualité du dialogue social. Nous avons été tout de même un peu choqués que l’on en revienne à des caricatures dont on pensait qu’elles n’existaient plus depuis plusieurs décennies. C’est dommage.
Vous n’allez pas faire la même chose car il y a aussi la CFTC qui s'y est mis ? Sûrement pas. La CFDT, la CGT ont eu un comportement tout à fait courtois, ils défendent leurs valeurs. Nous défendons les nôtres. C'est tout à fait légitime.
Pourquoi FO alors ? C’est exactement la question que je posais : pourquoi. Nous ne comprenons pas qu’ils se soient cru obligés de faire une campagne aussi caricaturale et qui ne correspond pas à la qualité des relations que nous avons, tant dans les entreprises que dans les négociations de branches ou interprofessionnelles.
On parle beaucoup des PME. On dénonce notamment beaucoup la difficulté d’avoir des syndicats dans les PME. Est-ce que c’est vrai ? Est-ce qu’il faut une amélioration de ce point de vue là ? Vous avez lu que la loi sur la représentativité qui a repris la position commune signée en avril 2008, change très profondément les règles de représentativité. C'est donc un élément de réponse important par rapport au problème que vous posez, qui est tout à fait légitime. La question qui se posait était de savoir quelle était la représentativité réelle des personnes qui seraient amenées à avoir un rôle syndical dans les entreprises.
Nous avons, je crois, fait un grand pas en avant avec nos partenaires, pour justement améliorer cette représentativité, y compris dans les PME.
Est-ce que vous reconnaissez qu’il y a un taux de syndicalisation qui est trop faible dans les petites et moyennes entreprises ? Le taux de syndicalisation est surtout trop faible en France en soi. Si nous avons souhaité, avec nos partenaires, signer cette position commune au mois d’avril dernier, c’est parce que précisément nous souhaitons améliorer l’ensemble du problème, c’est-à-dire la présence syndicale, pour que nous puissions avoir des partenaires avec lesquels nous puissions travailler d’une façon constructive, et surtout la véritable représentativité de ces organisations syndicales.
Vous parlez transparence, c’est très important. Vous disiez que c’est aussi l’occasion du contrôle de toutes ces subventions. Est-ce que vous avez aujourd’hui les moyens de contrôler ? Nous pensons qu’à l’occasion du réexamen des subventions qui sont accordées pour les campagnes prud’homales, ce serait également l’occasion, l’opportunité idéale, pour que l’on organise la transparence en commun avec nos partenaires et avec les pouvoirs publics.
Pour ces élections, vous êtes confiant, un peu inquiet ?
Disons attentif, on verra bien. On essaie surtout de mobiliser l’ensemble des employeurs et si j’ai juste un mot à leur dire c’est de voter pour les élections prud’homales du 3 décembre. Plus nous serons nombreux, plus nous serons représentatifs, plus ensemble, nous rebâtirons la jurisprudence.
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