Fabrice Lundy :
Une réunion de l’Opep, exactement l’organisation des pays arabes exportateurs
de pétrole, se déroulera ce week-end au Caire. Qu’attendre de cette réunion
dans le contexte actuel de baisse des prix du brut ?
Olivier Appert : Depuis la
réunion de l’Opep qui s’est tenue le 24 octobre, où a été décidée une baisse de
production de 1,5 million de barils par jour, l’ensemble des pays producteurs discutent
très intensément pour voir s’il est nécessaire d’aller plus loin pour stopper
une spirale baissière des prix. Ils profitent donc de la réunion du Caire,
prévue de longue date, pour en discuter.
Je pense que la véritable échéance se situe le mois prochain, à la réunion
officielle de l’Opep d’Oran le 17 décembre.
Que peut-on attendre
de la réunion de l’Opep de demain ou de celle du 17 décembre à Oran ?
Justement, comment freiner la chute du baril ? Quel est le scénario le
plus probable ? Diminuer l’offre ?
On est toujours dans la même situation
sur le marché pétrolier. Lorsque les prix flambent, il faut augmenter
désespérément l’offre. C’est ce que tous les pays du monde ont demandé à
l’Arabie saoudite il y a moins de six mois, le 15 juin. Aujourd’hui, les pays
de l’Opep se doivent de baisser l’offre qui est excédentaire. Il est
significatif de voir qu’en très peu de temps, les prévisions d’évolution de la demande
pétrolière ont considérablement augmenté, parce que la prise de conscience de
la crise économique a très rapidement évolué.
En début d’année, on estimait que la demande en 2008 allait croître de deux
millions de barils jour, et donc on se trouvait dans un scénario de crise par manque de pétrole. Aujourd’hui,
0,1 million de barils jour, qui est l’augmentation sur 2008, c’est plus que
l’offre disponible, donc on est dans une situation de baisse forte des prix.
A un moment on a dit
que la crise était liée à la flambée du pétrole, on était à 150 dollars le
baril. On est maintenant à 50 dollars et cela n’a pas forcément amélioré la
situation, n’est-ce pas ?
Ma thèse c’est que le prix du
pétrole a un faible impact sur l’activité économique, sur la crise. En fait, cela
s’assimile à un rhume. Lorsque le rhume atteint un individu qui est en bonne
santé, il tousse un petit peu. Lorsque le rhume atteint quelqu’un qui est déjà
gravement atteint, alors cela peut le tuer.
On a accusé la flambée du prix du pétrole lors des premier et deuxième chocs
pétroliers dans les années 1970 de tuer l’économie, mais l’économie était déjà
très malade. Au début de la décennie, depuis 2000, l’économie était solide,
dynamique, et donc elle a pu supporter la forte augmentation des prix du
pétrole.
A terme, quel est
votre scénario de l’évolution du prix du baril ?
La période du pétrole bon marché est
derrière nous, la période de l’énergie bon marché est finie. Le prix de 50
dollars le baril d’aujourd’hui était considéré comme élevé il y a peu de temps.
Les prix ne sont pas si bas que ca et plus ils auront tendance à baisser dans
les mois qui viennent et plus cela durera longtemps. Plus le retour de flammes
risque d’être important, avec des flambées.

