Jean-Claude Gruffat : « Citigroup est la seule institution qui a plus recapitalisé qu'elle a perdu »
La rédaction - Le Grand Journal - bfm, le 25/11/2008
Le directeur général de Citigroup en France parle du plan du Gouvernement américain pour soutenir l'établissement bancaire.
Jean-Claude Gruffat interrogé par Fabrice Lundy dans le Grand Journal du 24 novembre 2008.
Jean-Claude Gruffat, directeur général de Citigroup en France.
Fabrice Lundy : L’Etat fédéral apporte une garantie de plus de 300 milliards de dollars sur les actifs de Citigroup, contre une entrée dans le capital. Un tel accord était vivement espéré par le marché. Est-ce que cela va redonner confiance ?
Jean-Claude Gruffat : Le marché se prononcera, mais notre sentiment est que récemment, toute une série de réactions de marché ont été en fait précipitées par une espèce de psychologie de baisse des titres et notamment des titres des valeurs financières. Ce programme, qui concerne évidemment Citigroup mais plus largement l’industrie bancaire, est une réponse tout à fait appropriée des autorités fédérales américaines.
Citigroup avait déjà été aidé par le Trésor à hauteur de 20 milliards de dollars, mais finalement de façon insuffisante ? Cette fois cela sera suffisant ? Je ne crois pas que l’on puisse poser la question en ces termes là. Une partie du programme dit TARP, « Troubled Assets Relief Program », avait effectivement été décidée contre un certain nombre d’institutions américaines. Dans le cadre de l'accord passé ce week-end entre les autorités fédérales américaines et la banque, il a été convenu qu’effectivement, il y avait un signal à envoyer aux marchés sur la solidité et la fiabilité du système financier américain.
Encore une fois, je crois qu’il faut quand même bien prendre en considération que ce qui a été décidé, c’est tout simplement la garantie potentielle si des actifs se détérioraient dans des proportions tout à fait significatives. Je vous rappelle que dans le cadre de ce programme, les 29 milliards de premières pertes sont pour le compte de la banque, et que ça n’est que si les pertes dépassaient un montant additionnel de 29 milliards qu’effectivement le programme entrerait en ligne de compte.
Par ailleurs, Citigroup a eu des pertes importantes ces derniers trimestres mais le montant des recapitalisations de Citi a été pour l’instant supérieur au montant des pertes. Je crois que c’est la seule institution qui a plus recapitaliser qu’elle n’a perdu.
Le plan, pour être concret, c’est une protection contre la possibilité de pertes importantes, c’est une garantie ? Au-delà des 29 milliards de pertes additionnelles, ce qui est quand même un scénario relativement pessimiste.
Le Gouvernement apporte des garanties aux actifs toxiques sans les racheter, c’est ça ? 306 milliards effectivement couverts par la garantie potentielle.
C’est original, ça innove par rapport à d’autres modèles. Est-ce que ça pourrait être suivi d’autres exemples ? Est-ce que ça pourrait faire jurisprudence pour d’autres banques ? Il ne m’appartient pas de me prononcer là-dessus. Encore une fois, c’est une solution de marché, puisque cette garantie est rémunérée, que l’apport en capital se fait sous forme d’actions de préférence. Donc ces actions n’emportent pas le droit de voix, donc il n’y a pas de nationalisation.
L’Etat américain va détenir une participation d’un peu moins de 8%, mais il ne s’agit pas d’une nationalisation ? Il s’agit d’actions de préférence. Ce sont des titres qui sont perpétuels mais qui peuvent être rachetés et qui portent intérêt, au taux de 8% je crois. C’est une solution de marché. Il faut quand même respecter les règles de la concurrence. Il y a une garantie, mais cette dernière est rémunérée.
Les banques européennes et les banques françaises en particulier ont une garantie également de la société de financement de l’économie, qu’elles vont payer sur la base de leur CDS. C’est un système différent, mais qui ne l’est pas fondamentalement, et ça n’est ni un sauvetage, ni une nationalisation. C’est une assurance donnée aux marchés.
Ce n'est donc pas un sauvetage à chaud comme pour Bear Stearns ou la nationalisation d'AIG... Si vous voulez, il y a des hypothèses qui sont faites sur la détérioration d’un certain nombre d’actifs. Ces actifs, ce sont les portefeuilles, pas seulement les portefeuilles de prêts hypothécaires qui sont maintenant largement couverts, les fameux supbrimes. Ou peut-être pas à un niveau suffisant mais ça c'est l'évolution de la situation de l'immobilier qui le dira.
Ce qui est couvert c’est une détérioration potentielle, significative, dans le cas d’une récession longue et durable, des portefeuilles des cartes de crédit, des portefeuilles de prêts à la consommation… Donc on prend des scénarios pessimistes et on dit que si tout se passe très mal et que les fonds propres de la banque -qui sont déjà élevés- ne peuvent pas couvrir, alors il y aura une garantie du Gouvernement.
C’est véritablement un filet de sécurité.
Il faut quand même prendre en compte que maintenant, les fonds propres de la banque sont un peu inférieurs à 15%. Le fameux TIR One pour lequel les autorités européennes se contentent d’un taux minimum de 4% et les autorités américaines demandent un taux minimum de 6%, pour Citi, il est inférieur à 15%.C’est-à-dire que l’on met plus du double du ratio demandé par les autorités américaines pour être une banque bien capitalisée. On a des hypothèses de pertes qui sont tout à fait considérables et franchement irréalistes.
Vous nous parlez de filet de sécurité. Le Gouvernement américain n’avait pas d’autre choix que de mettre la main à la poche ? Nous considérons que la banque est bien capitalisée. Elle a subi des pertes c’est vrai, mais le marché a une espèce de psychose de pertes additionnelles, dans le cas d’une récession prolongée et durable. Le Gouvernement américain met donc en place un filet de sécurité, il prend, en contre-partie, une participation, pour faire rémunérer cette prime d’assurance.
Un mot sur l’actualité politique américaine : Timothy Geithner choisi par Barack Obama comme futur secrétaire au Trésor... Rien que des bonnes nouvelles.
Pour quelles raisons ? Parce que je crois que ce qui est important c’est que les premières nominations annoncées par la nouvelle administration américaine, sont celles de personnalités incontestables, qui sont des professionnels qui ont fait leurs preuves.
On peut rajouter au Conseil économique de la Maison blanche Lawrence Summers... Oui, ancien président de Harvard et ancien adjoint de l’ancien secrétaire au Trésor.
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