Jean-François Dehecq : Non, je pense que l'on n'a pas besoin d'ailleurs de commenter plus qu'il ne le faut. Le président de la République a dit extrêmement clairement les objectifs, à la fois les objectifs offensifs et défensifs. Il n'est pas question de soutenir ou de défendre des entreprises qui n'ont pas d'avenir. La première chose, soutenir les PME en croissance, qui ont besoin de fonds propres et qui ne les trouvent pas, qui n'ont pas de quoi se financer sur le marché. Elles sont donc très fragilisées par la crise, or elles sont porteuses de l'avenir de l'emploi. C'est donc le premier objectif en matière offensive. Ensuite, aider les entreprises innovantes et les filières technologiques d'avenir, parce que là encore, ce sont bien ces entreprises innovantes et la création et le développement de filières technologiques qui peuvent amener de l'emploi dans le futur, ce qui est quand même notre grand objectif aussi. Sur l'aspect défensif, stabiliser le capital des entreprises cotées, qui pourraient être vulnérables par leur structure actionnariale. Ce fonds peut donc servir à protéger des intérêts souverains de ce pays.
Donc pour
vous, le cahier des charges est clair : les règles, les doctrines
d'investissement sont parfaitement établies ?
Les doctrines d'investissement, on va les
établir dans les prochaines semaines, parce que pour l'instant, on a donné ces
objectifs. Personnellement, je suis à la fois très fier et conscient de la
gigantesque responsabilité que cela représente de reparler un peu de politique
industrielle dans ce pays, mais ça correspond tellement à ma vision et à ma vie
industrielle pendant trente ans, que je crois que tout ce que l'on peut faire,
dans ce domaine, est quelque chose qui est très utile pour le pays. J'ai dit
depuis trente ans que dans une entreprise il y a bien sûr les clients qui sont
fondamentaux, mais ça sert aussi et peut-être d'abord, à faire vivre des femmes
et des hommes, et c'est donc le problème de l'emploi, de la responsabilité
sociale. On a un vrai sujet : après la crise financière, on a une crise
économique. Il faut donc faire très attention à ce qu'elle ne tourne pas en une
crise sociale, qui serait donc une crise sociétale. On a donc des choses à
faire. Après bien sûr, il faut penser aux actionnaires, et c'est tout à fait
normal qu'ils prêtent de l'argent. Et il y a aussi une troisième chose, c'est
qu'il faut préparer l'avenir en pérennisant les entreprises, à la fois pour les
gens qui sont dedans, et pour nos enfants. Ce qui a toujours été dans ma tête
est un peu l'objectif qui est poursuivi là, donc c'est avec beaucoup de
volonté que j'ai accepté ce poste.
20 milliards
d'euros, est-ce suffisant, comparé à la puissance des fonds souverains
étrangers ? Qui va-t-on pouvoir sauver avec 20 milliards d'euros ?
D'abord le monde a changé. Quand vous parlez
des fonds souverains étrangers, il faut savoir que tout ça est en train de
bouger aussi. En ce qui concerne le Conseil d'orientation du fonds stratégique
dont je suis le président, je crois que l'on va regrouper une vingtaine de
personnes. Ce qui est à mon avis passionnant, c'est que l'on n'est pas parti
pour prendre des grands spécialistes. Le Président a dit que l'on allait
essayer de mettre ensemble des organisations syndicales, qu'elles soient celles
des salariés ou des entreprises, on va mettre le monde économique, et on va
mettre aussi le monde académique, et c'est important, parce que la partie
recherche et innovations est fondamentale. Donc toutes ces personnalités
qualifiées, c'est au fond pour essayer de rassembler la société civile, pour
essayer de régler au mieux ce problème ou en tout cas d'aider à le régler. Je
pense que c'est un vrai grand devoir. Commencer par dire qu'il faut des
centaines de milliards, c'est une chose, mais je pense qu'il ne faut jamais
hésiter à démarrer les choses et quand elles démarrent, on les fait avancer
ensuite. Quand j'ai démarré, c'était avec 10 millions de francs de chiffre
d'affaires, aujourd'hui on est à 30 milliards d'euros, trente-cinq ans après, et
tout le monde disait que l'on n'y arriverait jamais parce qu'on était trop
petit et que l'on n'avait pas assez d'argent. On y est arrivé.
Tout de
même, comment seront respectées les règles européennes en matière de
concurrence ?
Les règles européennes seront très
scrupuleusement respectées. Le président de la République l'a dit clairement,
il n'est pas question de soutenir artificiellement des entreprises qui n'ont
pas de devenir, et il est question de relayer, notamment en termes de crédit.
Ensuite, la volonté de l'Etat n'est pas de rester actionnaire éternellement, il
l'a dit avec clarté.

