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[Le 12-15]

Jean-Claude Mailly : « On verra si le vote par correspondance a un effet sur la participation »

La rédaction - Le 12-15 - bfm, le 20/11/2008
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Le secrétaire général de Force ouvrière espère qu’avec les nouvelles modalités de vote pour les élections prudh'omales les salariés s’exprimeront massivement.
Jean-Claude Mailly interviewé par Hedwige Chevrillon mercredi 19 novembre 2008
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Hedwige Chevrillon: Les élections prud’homales auront lieu le 3 décembre. Mais on peut commencer à voter par Internet dès aujourd’hui ?
Jean-Claude Mailly : Tout à fait, les élections par vote physique auront lieu le 3 décembre, mais cette année par rapport à la dernière fois, tous les salariés qui le souhaiteront pourront voter par correspondance, ils peuvent démarrer. Sur Paris, le vote Internet est possible. On verra si tout ça a un effet sur le taux de participation.
La SNCF a décidé d’ajourner sa réforme du fret. On va voir ce que les syndicats, ce que vous, entre autre, avez décidé. Quelle est votre position ?
Il appartient aux fédérations des cheminots de se décider.
Certes, mais vous êtes secrétaire général…
Oui, mais je n’ai pas eu le temps de les contacter encore. Ce sont les fédérations qui avaient appelé quatre fédérations à un mouvement à partir de dimanche soir, et il leur appartient de se prononcer. Je pense qu’elles vont le faire rapidement. Je n’ai pas d’information particulière pour le moment.
Dès lors que c’est retiré, il n’y a pas de raison de faire grève ?
Ils vont voir les conditions. On n’a pas le détail, on a juste une information comme quoi, pour le moment, c’est repoussé au 14 décembre. Il y a un recul de la direction uniquement sur les dates, pour le moment. Il faudra donc voir, qu’ils apprécient eux-mêmes la situation.
Est-ce qu’en soit ce n’est pas dangereux ? On sait que le fret est vraiment le talon d’Achille de la SCNF, surtout avec l’ouverture à la concurrence, n’est-ce pas dommage de repousser cette réforme ?
Si c’est pour dégrader les conditions de travail des salariés en question, ça pose quand même un sacré problème. Et c’est toujours la même logique, on dit qu’il y a la libéralisation décidée au niveau européen, ça conduit à de la concurrence, on n’a pas le choix maintenant. Ce sont toutes ces questions qu’il faut remettre sur la table, d’une manière ou d’une autre.
C’est vrai pour la SNCF, comme c’est vrai pour La Poste comme c’est vari pour d’autres services publics. On ne peut pas rester dans une République, si on est attachés aux principes républicains et à un minimum d’égalité de droits entre les citoyens, en remettant en cause systématiquement le service public. Or là, c’est ce à quoi on est en train d’assister dans toute une série de secteurs.
Ce matin, dans les « Echos », Xavier Bertrand, ministre du Travail dit « les entreprises ne doivent pas faire de l’emploi la principale variable d’ajustement ». Est-ce que c’est une main tendue vers vous, alors que le climat se tend entre le Gouvernement et les syndicats ?
Je crois que c’est plutôt une inquiétude du ministre du Travail, parce qu’on est effectivement dans une situation de crise, il y a effectivement des entreprises qui ont des difficultés, il y a aussi des entreprises qui saisissent aussi la masse des annonces en se disant que personne ne les verra.
Pour que les entreprises n’utilisent pas l’emploi comme variable d’ajustement, il faut aussi que le Gouvernement prenne des décisions, il ne suffit pas de faire des incantations, de menacer verbalement, si ce n’est pas suivi d’effets.
Lorsque l’on voit les constructeurs automobiles, aux Etats-Unis ou en Europe, qui appellent au secours les Etats, est-ce que vous avez des remontées ? On sait qu’il y a encore un mouvement de grèves chez Renault Sandouville ? Est-ce que vous avez des remontées inquiétantes sur le fond de l’emploi ?
Oui. Il n’y a pas que la filière automobile d’ailleurs. Je visite beaucoup d’entreprises de manière régulière, encore plus en ce moment. Dans la filière automobile, il y a aujourd’hui du chômage technique, il y a des annonces de suppressions d’emplois. Et c’est toute la filière et non pas uniquement les constructeurs, mais aussi les sous-traitants qui ont des problèmes aujourd’hui.
Il y a également des problèmes dans le bâtiment dans les travaux publics, il y a des problèmes dans l’industrie agroalimentaire. Plusieurs dirigeants responsables de grands magasins m’ont dit qu’ils avaient une chute de la consommation de l’ordre de 5%. Ça se répercute sur l’activité des grandes surfaces, mais aussi sur les entreprises qui fournissent dans l’agroalimentaire, par exemple.
Il y a donc une généralisation de difficultés sur l’emploi, qui nécessite d’ailleurs, selon nous, que le Gouvernement prenne des dispositions politiques, en matière de politique économique, de relance de l’activité, de la consommation. Ça m’apparaît comme indispensable dans un pays où l’activité dépend à 60% de la consommation. Il y a donc des décisions qui peuvent être prises, certaines sont de la responsabilité du Gouvernement, d’autres de la responsabilité du patronat.
Qu’est-ce que vous attendez ? Beaucoup de choses sont déjà faites, mais vous voulez que ça aille encore plus loin ? Vis-à-vis de la consommation, il n’y a rien pour le moment. Même les seuls signes sociaux donnés par le Gouvernement ces derniers temps, ce sont des signes sociaux négatifs. Mis à part quelques dispositions de type curatif, du type contrat de transition professionnelle, pour le reste c’est travailler le dimanche, assouplir les CDD, passer à 70 ans pour l’âge de la retraite. Ça, ce sont des signaux négatifs.
Vis-à-vis des entreprises, ce n’est pas nouveau, je l’ai déjà dit, souvent dans les PME, le premier problème d’un patron ce sont les relations avec son banquier. Ça ne s’est pas arrangé avec la crise, c’est évident. Ce n’est pas parce que le Gouvernement, sous une forme qui est selon moi contestable, il aurait dû rentrer dans le capital des banques, ne serait-ce que pour avoir son mot à dire. Je ne dis pas qu’il faut nationaliser les banques, c’est ce qu’ont fait beaucoup d’autres pays, notamment plus libéraux, comme les Etats-Unis.
C’est ce qu’il s’est passé aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, mais parce que la situation l’imposait. Ce n’est absolument pas le cas en France ?
Ça a été le cas pour Dexia quand même…Quand vous regardez les 10,6 milliards qui ont été accordés aux banques, quel le droit de regard de l’Etat, rien, il n’a aucun droit de regard. M. Ricol a été nommé médiateur mais qui va réellement contrôler que les entreprises vont bien voir leur situation en matière de crédits se détendre.
Et on s’est bien endettés pour les 10,6 milliards, donc le discours selon lequel on ne pouvait plus accroître l’endettement ne tient pas la route. Il y a des signes forts vis-à-vis des banques, mais les banques continuent à gérer comme elles l’entendent. C’est ce que ça signifie quand l’Etat n’a pas de regard sur la gestion des banques, ne serait-ce qu’en conseil d’administration.
Donc vous estimez que l’épée de Damoclès qu’a fait mis Nicolas Sarkozy au-dessus des banques, en disant que celles qui ne joueront pas le jeu n’auront pas d’argent ne suffit pas ? C’est un bras de fer insuffisant ? Bien sûr. Les banques françaises ont un taux de fonds propres de 8 à 9%, ce qui est bien inférieur maintenant à ce qu’ont les banques d’autres pays, y compris aux Etats-Unis, où c’est monté à 12 ou à 13%. Le problème est de comprendre pourquoi l’Etat prête de l’argent sans avoir de droit de regard.
Pour le pouvoir d’achat, qu’est-ce que vous demandez ? Une hausse de salaire, ce n’est vraiment pas le moment ? Et pourquoi pas…
Vu l’état des entreprises…
Je veux bien, mais on peut aussi se tirer une balle dans le pied. L’Etat, vis-à-vis des fonctionnaires, peut rouvrir des négociations, ce qu’il ne veut pas.
L’Etat ne veut pas rouvrir de négociations ?
L’Etat ne veut pas ! Ce n’est pas qu’il ne peut pas, il ne veut pas.
Pourquoi ? Il l’avait promis ?
Non, sur les augmentations générales, les fonctionnaires ont 0,8% d’augmentation aujourd’hui. On accepte d’alourdir l’endettement pour les banques, par exemple, mais quand il s’agit de donner un coup de main à la consommation à travers notamment des salaires, les portes se ferment.
Il peut très bien aussi, donner un coup de pouce au Smic, ça peut être un élément. La prime transport aussi, qui n’a été faite qu’à moitié. Il y a toute une série de choses qui donneraient un signal positif aux salariés, qui pour le moment n’en ont pas.
Vous demandez une hausse du Smic pour le 1er juillet ou avant ?
Le Smic augmentera désormais le 1er janvier. C’est une nouvelle règle et c’est quelque chose qui est positif. Le Gouvernement peut très bien décider de donner un coup de pouce au Smic.
Est-ce que vous le demandez ?
Bien sûr, comme on le réclame depuis des mois, mais ça ne bouge pas. Que les exonérations de cotisations patronales, qui représentent 31 à 32 milliards d’euros par an, soient conditionnées à l’existence d’un accord de salaire dans les entreprises, ce sont des mesures concrètes. Pour le moment le Gouvernement n’a pas bougé là dessus. Il intervient sur les aspects financiers et bancaires, je ne dis pas qu’il ne faut le faire, même si c’est sous des formes contestables, selon moi.
En même temps, il n’y a pas cette dynamique de relance. Il y a une réunion du G20 dont l’un des points abordés que l’on peut considérer comme positif, est un plan de relance coordonné au niveau international, de 2% du PIB. Ça fait 40 milliards en France, si on faisait un plan de relance de 2%, et on va vraisemblablement nous expliquer que c’est déjà ce que l’on a fait. Il faudrait une vraie dynamique, qui pour l’instant n’existe pas.
Est-ce que vous avez le sentiment qu’aujourd’hui le Gouvernement joue cavalier seul ? Est-ce qu’il y a une rupture avec les syndicats ?
Sur toute une série de dossiers, comme l’histoire de la retraite à 70ans, ils n’ont demandé l’avis de personne, ils ont décidé. Ce n’est même pas conforme à la loi de 2007 sur le dialogue social, où l’on demande d’abord aux syndicats et après on prend ses responsabilités. Il y a donc des décisions hâtives qui sont prises sans concertation depuis un bout de temps et ce n’est pas normal. Ça ne fait qu’aggraver le climat social. Je sens très ben qu’il y a de vraies tensions aujourd’hui.
Il y a un triple sentiment chez les salariés : le premier sentiment c’est le problème de pouvoir d’achat qui ne s’arrange pas, ce n’est pas nouveau mais ça continue. Deuxième sentiment, c’est un sentiment d’inquiétude sur l’emploi, qui est en train de monter. Et le troisième sentiment, c’est qu’il n’y a plus de sous dans les caisses. Le Gouvernement pourra expliquer ce qu’il veut, les gens diront non. J’ai eu des réflexions justifiées, ces derniers jours, de salariés qui me disent de regarder les agriculteurs, par exemple, se mobilisent une journée, le Gouvernement dégage 250 millions d’euros. Que doivent alors faire les salariés pour être pris en considération. Le sentiment aujourd’hui c’est qu’ils ne sont pas pris en considération, et ça ne peut pas durer.
Quelque part, ça veut dire que vous n’avez plus de pouvoir ? Les salariés ont l’impression que l’on ne fait rien pour eux, mais normalement c’est vous qui les représentez ?
Non, cela veut dire que le Gouvernement ne répond pas aux revendications des salariés. Il y a des mouvements qui ont lieu sectoriellement, et on est en train de discuter entre organisations syndicales, pour faire une action commune, forte, concertée.
Discussion difficile…
Ce n’est pas facile, mais au moins il y a un point positif, c’est que toutes les organisations syndicales disent qu’il y a nécessité d’agir et que, si les salariés ne bougent pas, ce seront eux qui seront les sacrifiés dans l’affaire.
Est-ce que ce n’est pas votre faiblesse, puisque vous n’arrivez pas à vous mettre d’accord pour une journée intersyndicale ?
Non. Il y a aussi le fait qu’il y a un contexte électoral. Mais ce n’est pas une raison, ce n’est pas parce qu’il y a des élections qu’il ne faut pas essayer de se mobiliser. Une mobilisation qu’il faut réussir et qu’il faut prendre le temps de préparer.
Mais est-ce que vous allez arriver à un accord ?
Je ne sais pas, je ne peux pas vous dire, ce n’est pas moi qui décide tout seul. Je suis mandaté par mon organisation sur des choses précises. Nous pensons que si on appelait ensemble les salariés à cesser le travail une journée sur quelques revendications clés, pour montrer qu’il y a un vrai mécontentement, que ça pourrait avoir de l’effet. On en discute entre nous en ce moment.
Est-ce qu’il y a de la tension au sein de Force ouvrière ? Est-ce qu’il y a un peu de débats sur la position à avoir face au Gouvernement ?
Sur la question de l’appel à une journée de grève, le parlement de FO l’a décidé à l’unanimité, donc il n’y a pas de tension, on est tous sur la même longueur d’onde.
L’élection prud’homale, un enjeu très important. La dernière fois, vous êtes arrivé en troisième position, avec 18.5% des voix, assez loin quand même de la CGT et de la CFDT. Vous espérez faire mieux ? Oui, c’est l’objectif. Il y a trois grandes organisations, il y en a d’autres après, l’objectif c’est de progresser. Il faut bien comprendre qu’il y deux éléments dans cette élection : le premier élément c’est le taux de participation. Le conseil de Prud’homme en tant que tel, ce n’est pas garanti à vie. Si les salariés votent de manière plus importante, ça montre qu’ils sont attachés à cette institution qui est le dernier recours quand il y a un problème en termes de licenciement.
67 % d’abstention en 2002 ?
Oui, mais pour différentes raisons. Déjà, ce n’est pas toujours simple quand on est dans une entreprise, d’aller voter. Ils pourront maintenant le faire par correspondance s’ils le souhaitent. Il y a aussi le fait que dans la tête des salariés, c’est un peu comme l’hôpital, c'est-à-dire que quand vous n’êtes pas malade vous n’avez pas trop envie d’en entendre parler, mais vous voulez qu’il existe.
C’est un peu pareil pour les Prud’hommes. On va voir si les nouvelles modalités de votes vont permettre une participation plus forte, et ensuite, ils auront le choix entre le service syndical pour ces élections, et les scores réalisés par les uns et les autres vont jouer aussi sur les choix des salariés vis-à-vis du syndicalisme.  
Est-ce que le Gouvernement ne profite pas un peu de ce contexte politique pour les syndicats avec ces élections prud’homales, pour faire passer un peu en force, sans discuter avec vous justement ?
Oui, mais si c’est vraiment le cas, c’est d’une profonde maladresse, parce que les campagnes électorales vont durer moins longtemps que les impôts. Dans quinze jours, les élections prud’homales seront terminées. On sent bien qu’il y a un double comportement des discours au niveau international, qui effectivement parlent de régulation de réglementation et on continue à déréglementer au niveau national. Ça ce n’est pas acceptable, et on informe même pas les syndicats. Ça génère du mécontentement qui est réel, à la fois sur le fond et sur la forme.
A propos des réglementations sur le travail le dimanche, Force ouvrière était très en pointe là-dessus, on a vu qu’il y avait deux magasins Castorama qui ont été fermés ) la suite de la procédure judiciaire menée par FO. Cela dit, les députés ont adopté l’amendement qui permet de travailler le dimanche, le processus continue ?
Le processus continue bien entendu. Je trouve cela incroyable. On est en pleine illégalité. Les députés et le Gouvernement font le constat que la loi n’est pas respectée, donc on modifie la loi. Par exemple, pourquoi le Gouvernement n’a pas interdit les parachutes dorés ? Il fait confiance au Medef, mais s’il ne se passe rien, et que le Gouvernement fait une loi pour interdire les parachutes dorés, et si six mois après on voit que les patrons ne la respectent pas, alors on modifiera la loi ?
C’est la même logique que pour le travail le dimanche. A partir du moment où il y a une loi, je ne vois pas en quoi cette loi devrait être changée. Pourquoi quand une loi n’est pas respectée, dans ce domaine-là, on dit que c’est normal, il viole la loi donc on va la modifier. Je trouve cela curieux, sur le strict plan de la démocratie. On ne va pas me faire croire un seul instant que si l’extension du travail le dimanche est en place, le jour où tous les commerces et services seront ouverts le dimanche, plus personne n’ira puisque les gens travailleront.  
C’est un aveu de faiblesse de la part des syndicats ?
Non, il y a de l’accumulation de mécontentement. Le Gouvernement essaie, parce qu’on est aussi en train de voir son impuissance sur le terrain économique. Je suis très confiant, au moins pour les salariés, dans les semaines et dans les mois à venir.  
Dernière question, en rapport avec le congrès du Parti socialiste, la question est-ce qu’il faut se rapprocher du centre de l’ultra gauche. Un sondage montrait que les militants socialistes disaient que le parti avait intérêt à se rapprocher des syndicats. Est-ce que vous êtes favorables ?
Que les partis politiques démocratiques aient des contacts avec les organisations syndicales, dans le respect de l’indépendance, en ce qui nous concerne, c’est vrai pour l’UMP, et ce serait bien que ça le soit aussi pour le Parti Socialiste. Les partis politiques font ce qu’ils ont envie, c’est leur responsabilité, mais dans une démocratie, il est toujours bon quand il y a une majorité, qu’il y ait une opposition crédible.  
Vous avez un candidat pour le Parti socialiste ?
Je ne me prononcerais pas là-dessus.
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Jean-Claude Mailly : « On verra si le vote par correspondance a un effet sur la participation »
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posté le 21/11/2008 09:48:41 par cluc
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