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Michel Sapin : « Les militants ont hâte que le PS soit en ordre, quel que soit le vainqueur »

La rédaction - Le Grand Journal - bfm, le 07/11/2008
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A une semaine du Congrès de Reims, le secrétaire national du Parti socialiste à l’économie et à la fiscalité, député de l’Indre, souhaite que la motion qui se détachera puisse stabiliser le parti.
Michel Sapin interviewé par Fabrice Lundy le 6 novembre 2008
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Fabrice Lundy : Vous soutenez la motion Delanoë c’est ça ?
Michel Sapin : Exactement.

A quelques heures du dépouillement, qui aura lieu cette nuit, on annonce un résultat extrêmement serré…
Je ne sais pas quel sera le résultat, personne ne peut le savoir. Ce qui est certain c’est qu’il y a des motions qui sont issues de l’ancienne majorité et qu’à partir du moment où l’ancienne majorité perce, c'est-à-dire que ça crée une situation nouvelle, personne ne peut aujourd’hui prédire l’exact rapport de force.
Mon sentiment, c’est que celle de Bertrand Delanoë n’est pas trop mal placée, et je souhaite surtout que, parmi les trois grandes motions, il y en ait vraiment une qui se détache et qui puisse prendre la responsabilité de stabiliser le parti, de lui permettre de travailler, d’avoir une direction qui puisse travailler dans la durée, avec une vraie homogénéité. Bref, une direction et un parti qui puissent se faire entendre des Français. On en a besoin.

Est-ce que vous sentez un engouement chez les militants socialistes autour de ce vote, dans la préparation du Congrès de Reims, la semaine prochaine ?
Pas un engouement, mais un intérêt, oui. Engouement, non, parce que les militants socialistes sont des Français comme les autres, ils ont le sentiment que la démocratie dans leur parti, c’est très important, mais que la crise que subit le monde, et la France, c’est encore plus important.
Donc, ils ont hâte que le Parti socialiste soit en ordre, quel que soit le vainqueur, s’il devait y avoir un vainqueur de ce Congrès, de ce vote. C’est qui peut paraître comme un décalage entre notre vie interne nécessaire, particulièrement démocratique, particulièrement libre, avec les problèmes du monde, qui fait qu’il n’y a pas d’engouement, mais il y a un intérêt.

C’est une façon de dire que l’on s’y intéresse, mais que ce n’est pas la folie autour de cette campagne interne ? On est loin celle des primaires, il y a deux ans, en vue de la présidentielle ?
Tout à fait. D’ailleurs, au fond, c’est quand même plus passionnant, on vient de le voir avec l’élection présidentielle aux Etats-Unis, d’avoir de l’engouement, de la passion pour des personnes, avec ce que cela provoque de relations, avec un visage, une manière d’être, des paroles prononcées, que de se passionner pour des textes, d’autant plus que beaucoup de ces textes se ressemblent énormément.

C’est vrai que, quand on les lit, on dit qu’il n’y a pas vraiment beaucoup de différences. Vous parliez de l’élection américaine, toute proportion gardée, bien sûr, faisons la comparaison. L’élection de Barack Obama ne donne-t-elle pas un coup de vieux à la politique française avec ce que l’on voit depuis 48 heures ? 
Si cela devait donner un coup de vieux, ça le donnerait à tout le monde. Il faut faire attention à une chose, c’est que le caractère révolutionnaire de cette élection, c’est aux Etats-Unis que c’est révolutionnaire, parce que c’est voir un noir accéder à la présidence des Etats-Unis alors qu’il y a cinquante ans les noirs et les blancs étaient encore séparés dans leur vie quotidienne, il y a donc là quelque chose d’absolument inouïe et, effectivement, très émouvant pour les Américains et pour tous ceux qui avaient envie d’aimer à nouveau l’Amérique.
C’est le deuxième élément, c’est le sentiment que le visage de cet homme permet aux démocrates du monde entier de retrouver un lien avec l’Amérique qui ne l’aimait plus. C’est pour cela que c’est énorme, considérable et qu’au fond il faut se méfier des comparaisons avec des villes internes parce que nous ne sommes pas des ces situations là.

Ségolène Royal, votre rivale, du moins celle de Bertrand Delanoë, voit dans la victoire du président américain, un mouvement contre les appareils…
Je ne vois pas pourquoi elle dit ça, d’autant plus que, quand on est dans une motion, on est dans un appareil, et qu’elle est à la tête d’un appareil. Barack Obama était le candidat d’un très bel appareil, le Parti démocrate.

Un Parti démocrate qui est resté uni malgré la rivalité entre Hilary Clinton et Barack Obama, ce qui n’est pas forcément le cas au Parti socialiste. Comment concilier cette nécessité de reconstruire un parti, comment faire avec trois motions d’égale importance avec les rivalités et les rancœurs ?
Justement, l’exemple américain montre que l’on peut avoir une démocratie interne d’une très grande vivacité et il est certain que la concurrence entre Hilary Clinton et Barack Obama était très vive, dure. On peut donc avoir une très grande dureté dans la concurrence intérieure d’un parti et, ensuite, se retrouver très fort, très uni.
Au fond, c’est ça qu’il faut, c’est ça l’alchimie particulière. C’est beaucoup de démocratie, parfois beaucoup de débats et, ensuite, une vraie capacité à être unis, homogènes, rassemblés, pour se faire entendre des Français qui ont absolument besoin de la Gauche.

Qu’est-ce qui va se passer si les motions arrivent au coude à coude, comme ça semble être le cas ? Il va y avoir des alliances, des risques de magouilles ?
Personne ne peut faire de pronostic de ce point de vue-là. Personne ne peut pronostiquer que ce sera au coude à coude. Mon pronostic c’est plutôt qu’il y en aura une qui va se détacher, ce qui permettra justement de faciliter les résolutions. Il ne faut pas que ce Congrès soit un problème pour les socialistes. Il faut que ce soit une solution.
Pour que ce soit une solution, il faut qu’il y ait une motion qui soit bien en tête, et qui, à partir de là, assume ses responsabilités. Sa responsabilité c’est de rassembler, aucune motion ne sera majoritaire à elle seule, et sa responsabilité aussi c’est de diriger ce parti.

Vous avez été ministre de l’Economie. La vérité du Gouvernement, qui le dit lui-même, ce ne sont plus des estimations venant de différents instituts. Christine Lagarde revoit à la baisse la croissance 2009, une fourchette de 0,2 à 0,5 %, contre 1 à 1,5 % auparavant. Le déficit public qui va se creuser de 2,9 % cette année, à 3,1% l’an prochain, au-delà des 3 % autorisés par Bruxelles. On dépasse un peu, c’est vraiment grave ?
Ce que ces chiffres démontrent, c’est la réalité de la crise et les conséquences en France. Aujourd’hui, c’est assumé par le Gouvernement, c’est mieux que ce que l’on a connu pendant des mois et des mois qui constituait à dire que la crise était aux Etats-Unis et qu’elle ne traverserait pas l’Atlantique. Donc, cette crise est en France, comme elle est en Europe, quand elle est dans le monde, mais elle a une sorte de gravité en France qui tient à la fragilité dans laquelle se trouvait l’économie française, avant même que la crise financière ne vienne la frapper.
La question du déficit pour moi, ce n’est pas une histoire de dogmes, nous sommes aujourd’hui dans une situation exceptionnelle, les pays d’Europe sont dans une situation exceptionnelle. C’est prévu par le Traité de Maastricht et cela autorise à passer la limite de 3 %. Ce qui est grave, c’est que le déficit que nous annonce le Gouvernement c’est un déficit que j’appellerais passif, un déficit constaté. Or, ce qu’il faudrait dans une situation comme celle là, c’est avoir des marges de manœuvre budgétaires pour pouvoir agir, pas pour être passifs mais être actifs.

Le Gouvernement n’a pas l’intention de compenser les pertes de recettes par des augmentations d’impôts. Quel le scénario le plus envisageable ?
C’est là où c’est un peu dommage, je ne lui demande pas de compenser, mais ce qui est tout à fait dommage, et on en voit les effets gravissimes aujourd’hui, c’est cette affaire de paquet fiscal et son coût. Son coût était une marge de manœuvre pour agir, pour être actifs.
Regardez l’Espagne ou la Grande-Bretagne, ils annoncent des plans qui sont peut être valables chez eux, pas forcément chez nous, mais au moins ils font des plans d’action, ils agissent. Ils vont soutenir le bâtiment, l’automobile, tel ou tel secteur de leur économie. Nous sommes passifs. Il n’y a aucun plan de soutien à l’économie active. Il y a eu un plan pour sauver les banques, il le fallait, mais il n’y a aucun plan de soutien à l’économie aujourd’hui, et c’est ça qui est grave.

Il y a le soutien aux PME quand même…
On a annoncé des crédits, mais les entreprises ont besoin de crédits.

Et le plan pour l’emploi aussi…
Oui, mais il n’apporte absolument rien, si ce n’est quelques contrats qui sont utiles, mais qui n’apportent aucun soutien à l’activité économique. Voilà la gravité de la situation. C’est un pays déjà très largement endetté qui aborde la crise financière, un pays où l’économie est en grande difficulté, en particulier, quand on regarde la balance commerciale qui était très déficitaire, un pays qui a dépensé ses marges de manœuvre, là où les autres ont la capacité à agir.

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Michel Sapin : « Les militants ont hâte que le PS soit en ordre, quel que soit le vainqueur »
ss en ordre
posté le 08/11/2008 11:08:25 par mistraül
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