Stéphane Soumier : Est-ce que M6 vit l’impact de la crise comme certaines entreprises ? Nicolas de Tavernost : Nous allons certainement vivre l’impact de la crise, parce que la publicité est en bout de ligne pour les grands annonceurs, nous devons donc nous organiser pour résister à la crise, prouver que la publicité fait vendre. La deuxième chose, c’est d’aller chercher des sources de revenus lorsque la publicité fléchit.
Certains publicitaires disent que cette fois-ci les grands annonceurs pourraient comprendre qu’il ne faut pas couper les dépenses publicitaires, parce que derrière, au moment du rebond, c’est du retard que l’on n’arrive pas à rattraper. Est-ce que vous êtes optimiste là-dessus ? Il y a deux catégories. Il y a ceux qui peuvent ne pas couper, et ceux qui sont obligés de faire des restrictions. A nous de leur démontrer qu’ils ont un rendement rapide de leurs investissements publicitaires.
Vous vous mettez en ordre de bataille d’une certaine manière ? Est-ce que vous avez déjà prévu une grille moins chère pour 2009 ? Nous avons plusieurs possibilités. Pour le moment, nous ne prévoyons pas de couper notre dépense de programmes, parce que c’est le pétrole de la chaîne. Il est évident que s’il y avait plus de difficultés, on ferait un certain nombre d’économies. On cherche surtout à avoir de nouvelles recettes comme dans le mobile, par exemple, ou dans la vente à distance.
Je crois que le chiffre d’affaires publicitaire de M6, c’est 50 % du CA de l’ensemble de la chaîne ? 50 % fait par M6, et 50% qui sont faits par plein d’autres choses, dont nos chaînes numériques mais également le pôle vente à distance, la téléphonie mobile. Nous allons fêter notre millionième et demi d’abonnés à M6 Mobile, qui est un énorme succès, et ça nous procure des sous pour résister à la crise.
Cette diversification-là, c’est peut-être maintenant que vous allez en goûter les fruits ? J’espère, mais il faut continuer à la développer.
On est là pour parler de la haute-définition. Il y a un truc qui doit vous énerver, quand on feuillette les journaux, les informations qui circulent autour de cette HD, il y a un parfum d’arnaques. Tout à coup, on se rend compte que le téléviseur que l’on avait acheté est HD Ready et pas Full HD et que ça ne veut pas dire la même chose. On se rend compte qu’il va falloir en plus un décodeur, une centaine d’euros en plus pour recevoir vraiment la haute-définition. Est-ce que ça vous inquiète ?
Je vous raconte une petite anecdote. Lorsque nous avions dit, il y a quelques années, qu’il valait mieux commencer par le décodeur dit MP4, c'est-à-dire la dernière génération de décodeur, au moment où l’on lançait la TNT, on nous a dit que c’était pour retarder une fois de plus la TNT. Finalement, on a sorti le MP2, puis le MP4 quelques mois plus tard. Résultat aujourd’hui, il y a un double parc et quand vous avez le MP2, vous ne pouvez pas recevoir la HD.
Donc, de temps en temps, il faut écouter les professionnels pour ne pas vouloir aller trop vite ou faire des effets d’annonces. Il n’empêche que la HD, ce sera, dans cinq à six années, ce qu’a été la couleur au noir et blanc, c'est-à-dire que plus personne n’acceptera de recevoir une image dégradée. Ce que nous avons fait hier avec nos collègues TF1, France Télévision, ARTE, c’est de lancer un réseau de télévisions gratuit, dans lequel aujourd’hui se couvre à peu près le tiers de la population française, notamment la région parisienne où nous sommes, avec le bon téléviseur et le bon décodeur.
C’est ce qui est compliqué : il n’y a pas un moyen d’imposer aux marchés un label très clair, comme cela a été fait pour la TNT ?
C’est ce que les pouvoirs publics ont fait, c’est ce qu’a annoncé M. Besson, il y aura une obligation de vendre progressivement des téléviseurs qui seront HD Ready quand ils auront une certaine dimension, et ils auront le décodeur intégré. Quand on ira dans les grands magasins acheter un téléviseur à écran plat d’une certaine dimension, il sera automatiquement HD Ready, et il aura automatiquement le décodeur pour recevoir la TNT en haute définition.
On est obligés d’en passer un peu par là, parce qu’il y a une multitude de parcs et donc les choses ne sont pas aussi simples. Ce que je peux vous garantir, c’est que ça ira vite parce que le consommateur verra des émissions en qualité cinéma, c'est-à-dire qualité d’images.
On voit des démonstrations de temps en temps dans les grands magasins, et cela met presque parfois mal à l’aise de voir à quel point la qualité de l’image est troublante…
Cela ne met pas mal à l’aise. On a une bonne série de qualités artistiques cinéma qui s’appelle NCIS, ce soir, vous êtes plus de 7 millions à la regarder. Quand vous la regardez en SD, c’est une bonne série télévisée, mais lorsque vous le regardez en HD, c'est-à-dire avec son et image, vous êtes au cinéma.
Cette qualité est valable pour les variétés, pour le sport, pour les journaux télévisés, et je pense qu’il nous restera notre métier, c'est-à-dire faire de bons programmes, mais lorsqu’ils sont diffusés en très bonne qualité, ce à quoi on s’est habitués avec le DVD, c’est déjà excellent.
Ça coûte plus cher de filmer en HD, de produire en HD et de fabriquer la HD ? Ce qui coûte plus cher aujourd’hui c’est d’avoir un double réseau. On a un réseau SD, c'est-à-dire la définition normale pour recevoir la télé, et on a un second réseau, pour transmettre les images chez les gens, qui est un réseau HD. Ça nous coûte cher parce qu’il faut donc payer deux réseaux. La deuxième chose, c’est qu’il faut adapter nos équipements. Par exemple, le journal télévisé que nous voulons lancer le soir.
A quelle heure ? Aux environs de 20 heures. Aujourd’hui, on est en train de rebâtir un studio complètement HD, pour que le présentateur ou la présentatrice soit en HD.
Il va être en HD ? Bien sûr, on ne va pas être en SD alors que l’on veut faire le journal le plus moderne. Il va mettre deux à trois mois à être construit, j’espère donc que nous l’aurons à disposition au début de l’année prochaine. Vous verrez alors la différence. C’est extraordinaire d’avoir la HD pour ça. Donc cela coûte de l’argent.
Combien de temps durera ce journal télévisé ? On prévoit un journal d’environ une vingtaine de minutes. Il sera tellement bien que le temps passera très vite.
C’est notre vie quotidienne que vous êtes tous en train de bouleverser. Le nouveau carrefour de la télé sera à 20h30 ? Un petit peu plus tard, vers 20h40. Tout n’est pas encore tout à fait caler, on verra, mais c’est vrai que la suppression de la publicité après 20 heures sur France Télévisions, va automatiquement entraîner un démarrage un peu plus tôt des programmes de télévision du soir.
Derrière, ça change tout… Il y aura quelques minutes sur lesquelles on démarrera plus tôt.
Ce n’est pas un bouleversement absolu ? Non, simplement il faut bien caler nos grilles de programmes, du fait qu’un de nos concurrents, et c’est un avantage pour lui, n’aura pas de publicité pour démarrer son programme.
L’autre point, à travers la HD, c’est aussi l’image et la télévision numériques, et donc la fragmentation de l’audience. J’imagine que vous y réfléchissez, notamment cette série que vous citez « NCIS », avec 7 millions de personnes devant la télé, mais derrière, est-ce que vous savez combien de personnes vont aller la regarder sur le M6 Replay, le site que vous avez lancé ? Tout ça se diffuse dans tous les sens…
Ce sont des choses différentes. La TNT a permis la multiplication des chaînes, on est aujourd’hui à dix-huit chaînes de télévision gratuites, là où il n’y en avait que six, donc on a multiplié par trois l’offre de la télévision. C’est normal que cela se répartisse. Il n’y a pas de bouleversement. Notre chaîne, par exemple, fait la même chose en octobre 2008 qu’en octobre 2007. On a donc la même part d’audience, le même nombre de téléspectateurs, donc si on sait mettre de bons programmes, on sait résister.
La deuxième chose, c’est que nous profitons de cette multiplication, puisque l’on a une autre chaîne qui s’appelle W9, on a une fenêtre en clair sur Paris Première, charge à nous d’être offensifs et de présenter des programmes intéressants. C’est la première chose. Sur les supports de réception, c’est vrai qu’entre le mobile, la TNT, les clés USB et l’ordinateur, il y en a beaucoup, mais c’est l’occasion de regarder encore un peu plus la télévision.
Toutes sont rentables ? Avez- vous notamment rentabilisé les diffusions Internet ? M6 Replay est un grand succès. On a investi cette année, donc l’année prochaine ce sera rentable. Je regardais l’audience de la télévision en octobre de cette année, les Français ont regardé le même temps la télévision en octobre 2008 qu’en octobre 2007. Donc, contrairement à ce que l’on vous dit, il n’y a pas de baisse de l’écoute télé en France.
On est sur des choses très lourdes, des habitudes de vie très lourdes, qui ne se modifient pas en claquant des doigts…
Oui, mais les gens modifient progressivement leurs habitudes. On a l’habitude, on est arrivé il y a vingt ans sur ce marché, et il n’y avait que trois chaînes. On est alors arrivé avec la 5 qui a fait des bêtises. Puis pour la 6, il a fallu que l’on aille installer des antennes chez les gens, on avait même réfléchi à une campagne publicitaire parce qu’on était les derniers sur le bouton, « la 6 se met en quatre pour aller prendre le bouton 4 ».
Maintenant, on vit une deuxième révolution qui est la révolution numérique, multiplication des chaînes, charge à nous d’avoir des chaînes qui soient efficaces sur la TNT. En plus, avec la qualité technique, je pense que ce qui a été inauguré hier par les pouvoirs publics et nous-mêmes, la HD sera une vraie révolution dans les cinq ans qui viennent, sur l’écoute de la télé.


