Fabrice Lundy : Vous êtes le chef des négociations sur un accord antifraude avec l’Union européenne. Ce matin, La Tribune publiait une grande enquête titrée « Les Princes voyous du Liechtenstein ». L’Allemagne avait sonné la charge en début d’année contre ces riches contribuables allemands qui grugent les impôts. Charges lancées également contre l’un de leurs refuges, vous, la petite principauté du Liechtenstein dans les Alpes. Est-ce que vous pensez ppartenir à une liste noire ? A un pays voyou ?
Son Altesse le Prince Nikolaus de Liechtenstein : Non, nous respectons le droit international à la lettre. La question qui se pose, c’est la coopération fiscale. Jusqu’à maintenant, c’est vrai, on n’a pas fait beaucoup dans ce sens, mais on a déjà eu des accords sur la coopération fiscale.
On veut que ça aille plus loin, qu’il y ait moins de secrets bancaires. Nous sommes prêts à dialoguer là-dessus, d’ailleurs, nous avons presque terminé des accords avec l’Union européenne et avec tous ses 27 membres. Nous sommes prêts à aller vers les Etats-Unis, mais de l’autre côté, nous demandons objectivité dans cette liste et une coopération honnête et ouverte.
Vous demandez à quitter la liste noire des paradis fiscaux. Parmi les pratiques que l’on vous reproche : le fait que la grande banque du Liechtenstein, la SGT, n’aurait apparemment aucune idée de l’origine de l’immense fortune qu’elle gère pour le compte de ses clients. On vous reproche aussi que, pour transférer les capitaux, vous utilisiez de multiples écrans de fumée via le Panama, les Îles vierges britanniques, le Canada, le Nigeria, la Suisse. On vous reproche enfin ces fondations qui favorisent l’évasion fiscale des contribuables étrangers. Est-ce que toutes ces pratiques sont en voie de disparition ? Ou sont-elles bien vivaces ans dans votre principauté ?
Ce sont d’anciennes lois qui en soi fonctionnent bien mais, dans beaucoup de pays, apparemment, il y a des problèmes de contrôles. Cette liberté que nous donnons est de plus en plus utilisée par des cercles financiers des autres pays, dans des affaires pas claires. C’est pour ça que nous sommes prêts à coopérer plus et pleinement dans les mesures de l’Union européenne contre le blanchiment d’argent.
Quand on vous écoute, on a le sentiment que les problèmes résident dans les autres pays et plus forcément dans le Liechtenstein, c’est ça ?
Non, je dis qu’il est sûr qu’il faut plus de concertation internationale face à ces questions, parce que l’argent bouge de plus en plus vite, et de plus en plus d’argent bouge. Quand on pense à ces questions qui ont fait débuter la crise, le Liechtenstein n’est vraiment pas dedans, on n’a pas de Aids Fonds.
La prospérité du Liechtenstein repose quand même exclusivement sur l’industrie bancaire ?
Non, plus de 40% de notre produit international brut, c’est l’industrie. Les services financiers sont en dessous de 30%.
Si vous montrez un peu plus de bonnes intentions, si vous dites que vous allez coopérer plus sur le plan fiscal, c’est parce que vous agissez sous la pression, vous avez peur des mesures de rétorsion que les Etats, victimes d’évasions fiscales comme l’Allemagne et peut-être la France, pourraient prendre contre vous, toujours sur la liste noire ?
Il y a des négociations depuis des années, donc elles viennent à leur terme, on espère bientôt pouvoir conclure. Je pense que ce sera dans quelques semaines. Nous avons donc cette politique depuis déjà un certain temps, mais il est clair que plus les problèmes s’accentuent et plus naturellement, il y a pression pour tout le monde. Il faut trouver des moyens de coopérations, et nous sommes prêts de jouer avec.



