Coup d'éclat en interne
Deuxième hypothèse : trouver une issue au climat social qui est plutôt tendu actuellement chez EDF. Cet été, les syndicats ont bloqué certains réacteurs nucléaires. C'est donc le cœur du business du groupe qui est sous pression.
Avec ces déclarations, Henri Proglio cherche donc sûrement à remotiver ses troupes, à montrer aux salariés et aux syndicats qu'il entend être un patron fort qui veut redonner son leadership à EDF, quitte à semer la zizanie dans un secteur énergétique tricolore qui essayait de maintenir une entente cordiale depuis plusieurs années maintenant... (Photo :
salle de commande automatisée de la centrale nucléaire de Civaux (Vienne))
Partir à point dans la course nucléaire
Pourquoi Henri Proglio a-t-il décidé de donner un tel coup de pied dans la fourmilière nucléaire française à quelques jours de son arrivée officielle à la tête d'EDF ? A priori deux hypothèses, qui ne sont d'ailleurs pas forcément dissociées, peuvent l'expliquer.
La première : Henri Proglio veut profiter d'entrée de jeu d'un momentum. En ce moment, Areva et sa présidente Anne Lauvergeon sont clairement affaiblis. Le réacteur de nouvelle génération EPR ne fonctionne pas comme prévu. Le groupe a besoin d'argent et le gouvernement doit faire des choix.
Du coup, le futur patron d'EDF donne sa vision de ce que devrait être le nucléaire et il est impensable qu'il l'ait fait sans en avoir informé l'Élysée auparavant. (Photo : construction de l'EPR de Flammanville en 2008).
Vers un démembrement d'Areva ?
Henri Proglio serait lui intéressé par la création d'un pôle "Framatome" fort : un "pure player" de la conception de réacteurs atomiques, qui serait éventuellement adossé à d'autres acteurs français ou étrangers mais sur lequel il aurait une vraie emprise. En résumé : Henri Proglio prône le démembrement d'Areva, concurrent de fait d'EDF dans l'exploitation et la maîtrise des sites nucléaires.
Cette position fait grincer des dents chez Areva, mais aussi du chez GDF Suez, et les nouveaux entrants potentiels sur le marché, comme Total.
Manque de souplesse et d'efficacité
Le statut d'Areva et son modèle tout intégré sont plus un handicap qu'un avantage en matière de compétitivité : tel est l'analyse du futur patron d'EDF.
Selon lui, dans le contexte actuel, un conglomérat qui gère la filière du début à la fin, réacteur, combustible et gestion du cycle, n'est ni assez performant, ni assez souple pour relever les défis du moment.